Histoire · Époque moderne
Toussaint Louverture
Toussaint Louverture (v. 1743–1803), ancien esclave de Saint-Domingue, devient le chef militaire et politique de la colonie. Arrêté sur ordre de Bonaparte, il meurt au fort de Joux en 1803.
Mis à jour le 4 min de lecture
Toussaint Louverture, né vers 1743 sur l’habitation Bréda, près du Cap-Français, et mort le 7 avril 1803 au fort de Joux, dans le Jura, est la grande figure de la révolution haïtienne. Né esclave, affranchi vers l’âge de 30 ans, il rejoint l’insurrection de 1791, devient général de la République française après l’abolition de l’esclavage, puis gouverneur de toute l’île. Déporté par Bonaparte, il ne voit pas l’indépendance d’Haïti, proclamée neuf mois après sa mort.
Fiche d’identité
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Naissance | vers 1743, habitation Bréda, Haut-du-Cap (Saint-Domingue) |
| Nom de naissance | Toussaint Bréda, du nom de la plantation |
| Statut | esclave, puis affranchi vers 1776 |
| Rôle | chef insurgé (1791), général de la République (1794), gouverneur général (1801) |
| Texte majeur | Constitution de Saint-Domingue, 8 juillet 1801 |
| Arrestation | 7 juin 1802, par traîtrise, sur ordre du général Leclerc |
| Mort | 7 avril 1803, fort de Joux (Doubs) |
Un esclave instruit
Toussaint grandit sur l’habitation Bréda, où il est cocher et soigneur de bêtes. Il apprend à lire, sans doute auprès d’un parrain ou de religieux, et acquiert des connaissances en plantes médicinales. Affranchi vers 1776, il exploite ensuite une petite caféière, avec quelques esclaves selon des documents découverts par les historiens. Catholique fervent, il est marié à Suzanne Simone-Baptiste.
De l’insurrection au ralliement à la France
Lors de l’insurrection d'août 1791, Toussaint, déjà âgé de près de 50 ans, rejoint les insurgés du Nord comme médecin, puis comme officier. Il prend le nom de Louverture, qu’il explique par son art d'« ouvrir » des brèches.
En 1793, comme d’autres chefs insurgés, il combat aux côtés des Espagnols, ennemis de la République. Après l’abolition proclamée à Saint-Domingue, puis votée par la Convention le 4 février 1794, il passe au service de la France en mai 1794 avec ses troupes aguerries. Ce ralliement est décisif.
L’ascension vers le pouvoir
| Date | Étape |
|---|---|
| 1794 – 1795 | Victoires contre les Espagnols, puis contre les Britanniques |
| 1796 | Nommé lieutenant-gouverneur après avoir délivré le gouverneur Laveaux, prisonnier de mulâtres révoltés |
| 1797 | Général en chef ; il pousse au départ le commissaire Sonthonax |
| 1798 | Négocie l’évacuation des Britanniques avec le général Maitland |
| 1799 – 1800 | Guerre du Sud contre le général de couleur André Rigaud |
| Janvier 1801 | Prise de la partie espagnole de l’île |
| 8 juillet 1801 | Promulgation d’une constitution qui le nomme gouverneur à vie |
Un gouvernement autoritaire
Toussaint veut faire de Saint-Domingue une société libre mais productive. Il rappelle des planteurs blancs émigrés et impose aux anciens esclaves, devenus « cultivateurs », un travail obligatoire sur les plantations, sous contrôle militaire, contre une part des récoltes. La répression d’une révolte de cultivateurs en 1801 conduit à l’exécution de son propre neveu, le général Moïse. Il entretient aussi des relations commerciales avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.
L’arrestation et la déportation
En février 1802, l’armée du général Leclerc, envoyée par Napoléon Bonaparte, débarque. Toussaint ordonne la résistance et la politique de la terre brûlée. Après plusieurs mois de combats et la défection de ses généraux Christophe et Dessalines, il se soumet en mai 1802 et se retire sur ses terres.
Le 7 juin 1802, attiré à un rendez-vous par le général Brunet, il est arrêté et embarqué pour la France avec sa famille. En montant à bord, il aurait déclaré qu’en le renversant, on n’abattait que « le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs », qui repousserait par ses racines.
La mort au fort de Joux
Enfermé au fort de Joux, près de Pontarlier, dans un cachot froid et humide, Toussaint est interrogé sur un prétendu trésor caché. Il écrit des mémoires pour se justifier auprès du Premier consul, qui ne lui répond pas. Privé progressivement de nourriture et de chauffage, il meurt le 7 avril 1803. Le 1er janvier 1804, ses anciens lieutenants proclament l’indépendance d’Haïti.
Mémoire
- En 1998, pour le 150e anniversaire de l’abolition définitive de l’esclavage en France, une inscription en son honneur est placée au Panthéon.
- Il est célébré par Wordsworth dans un sonnet, par Lamartine dans un drame et par Aimé Césaire dans un essai historique.
- Surnommé le « Spartacus noir » ou le « Napoléon noir », il reste en Haïti le « précurseur » de l’indépendance.
Questions fréquentes
Toussaint Louverture a-t-il proclamé l’indépendance d’Haïti ?
Non. Il a gouverné la colonie de façon autonome, sans rompre avec la France. L’indépendance est proclamée par Dessalines le 1er janvier 1804, après sa mort.
Pourquoi s’appelle-t-il Louverture ?
Il a pris ce nom vers 1793. La tradition l’explique par sa capacité à ouvrir des brèches dans les lignes ennemies ; d’autres hypothèses existent.
Où est mort Toussaint Louverture ?
Au fort de Joux, près de Pontarlier (Doubs), le 7 avril 1803, des suites de sa détention.
Toussaint Louverture était-il esclave ?
Oui, il est né esclave sur l’habitation Bréda. Il a été affranchi vers 1776, bien avant la révolution.