Histoire · Époque moderne
La société d’ordres
Sous l’Ancien Régime, la société est divisée en trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état. Les deux premiers, privilégiés, ne représentent qu’environ 2 % de la population.
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Sous l'Ancien Régime, la société française est une société d’ordres : chacun appartient, le plus souvent par sa naissance, à l’un des trois groupes que sont le clergé (ceux qui prient), la noblesse (ceux qui combattent) et le tiers état (ceux qui travaillent). Ces ordres n’ont ni les mêmes droits ni les mêmes devoirs. Le clergé et la noblesse jouissent de privilèges, en particulier fiscaux, alors qu’ils ne représentent qu’environ 2 % de la population. Cette organisation, héritée du Moyen Âge, est abolie par la Révolution en 1789. C’est une notion clé du programme de 4e.
Les trois ordres en chiffres (vers 1789)
| Ordre | Effectif estimé | Part de la population | Fonction |
|---|---|---|---|
| Clergé | Environ 130 000 | Moins de 0,5 % | Prier, célébrer le culte, enseigner, soigner |
| Noblesse | Environ 300 000 à 400 000 | Environ 1,5 % | Combattre, servir le roi |
| Tiers état | Environ 27,5 millions | Plus de 97 % | Travailler, produire, payer l’impôt |
Les chiffres sont des estimations : on n’a pas de recensement complet pour l’époque.
Le clergé, premier ordre
Le clergé n’est pas un ordre héréditaire : on y entre par vocation ou par décision familiale.
- Le haut clergé (évêques, archevêques, abbés des grandes abbayes), presque tous issus de la noblesse, est très riche.
- Le bas clergé (curés, vicaires), souvent d’origine modeste, vit parfois chichement de la portion congrue versée par les détenteurs de la dîme.
Privilèges : il ne paie pas d’impôt direct au roi, mais lui verse un don gratuit dont il fixe lui-même le montant ; il perçoit la dîme ; il a ses propres tribunaux. L’Église possède environ 6 à 10 % des terres du royaume. Elle tient les registres paroissiaux (baptêmes, mariages, sépultures), assure l’enseignement et l’assistance.
La noblesse, deuxième ordre
| Type | Origine |
|---|---|
| Noblesse d’épée | Ancienne, liée au métier des armes |
| Noblesse de robe | Obtenue par l’achat de certaines charges de justice ou de finances (parlementaires) |
| Noblesse de cour | Grands nobles vivant à Versailles auprès du roi |
| Noblesse provinciale | Petits nobles vivant sur leurs terres, parfois pauvres (« hobereaux ») |
On est noble par naissance, par anoblissement du roi ou par l’achat d’une charge anoblissante. Privilèges : exemption de la taille et de la corvée royale, droit de porter l’épée, places réservées dans l’armée et l’Église, droits seigneuriaux sur les paysans, tribunaux particuliers, peine de mort par décapitation plutôt que par pendaison. Un noble qui exerce une activité « vile » (commerce de détail, travail manuel) risque la dérogeance, c’est-à-dire la perte de sa noblesse.
Le tiers état, troisième ordre
Le tiers état rassemble tous ceux qui ne sont ni clercs ni nobles : il est très divers.
| Groupe | Situation |
|---|---|
| Paysans (environ 80 % de la population) | Du riche laboureur au journalier ; ils paient la taille, la dîme, les droits seigneuriaux, la gabelle |
| Artisans et ouvriers | Organisés en corporations dans les villes |
| Bourgeoisie | Marchands, banquiers, armateurs, avocats, médecins ; certains sont plus riches que bien des nobles |
| Pauvres et mendiants | Nombreux dans les villes et sur les routes |
Le tiers état supporte l’essentiel des impôts : la taille (impôt direct), la capitation et les vingtièmes au XVIIIe siècle (que les privilégiés paient en partie seulement), la gabelle sur le sel, les aides sur les boissons.
Une société inégale mais pas figée
On peut changer d’ordre, surtout par l'anoblissement : les riches bourgeois achètent des charges anoblissantes (offices de secrétaire du roi, surnommés « savonnettes à vilain »). Mais à la fin du XVIIIe siècle, la bourgeoisie riche et instruite supporte de plus en plus mal d’être exclue des honneurs et des hautes fonctions. Les philosophes des Lumières critiquent les privilèges (voir le siècle des Lumières).
La fin de la société d’ordres
En janvier 1789, l’abbé Sieyès publie Qu’est-ce que le Tiers état ?, qui affirme que le tiers est la nation tout entière. Aux États généraux, les députés du tiers se proclament Assemblée nationale (17 juin 1789). La nuit du 4 août 1789 abolit les privilèges et la Déclaration des droits de l’homme proclame que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».
Exercice corrigé
Classe ces personnes dans le bon ordre : un évêque, un laboureur, un duc vivant à Versailles, un avocat, un curé de village, un conseiller au parlement anobli.
- Clergé : l’évêque, le curé de village.
- Noblesse : le duc, le conseiller au parlement anobli (noblesse de robe).
- Tiers état : le laboureur, l’avocat.
Questions fréquentes
Quels étaient les privilèges du clergé et de la noblesse ?
Surtout des privilèges fiscaux (exemption de la taille), mais aussi honorifiques (places à l’église, droit de porter l’épée), judiciaires (tribunaux particuliers) et économiques (dîme pour le clergé, droits seigneuriaux pour la noblesse).
La bourgeoisie faisait-elle partie de la noblesse ?
Non. La bourgeoisie appartient au tiers état, même si les plus riches bourgeois cherchent à entrer dans la noblesse en achetant des charges anoblissantes.
Quand la société d’ordres a-t-elle disparu ?
En 1789 : les privilèges sont abolis dans la nuit du 4 août, et la noblesse héréditaire est supprimée en juin 1790.