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Histoire · Époque moderne

Catherine II de Russie

Catherine II (1729-1796), princesse allemande devenue impératrice de Russie par un coup d’État en 1762, incarne le despotisme éclairé. Amie des philosophes, elle agrandit fortement l’empire.

Mis à jour le 5 min de lecture

Née Sophie Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbst le 2 mai 1729 à Stettin (aujourd’hui Szczecin, en Pologne), petite princesse allemande sans fortune, elle épouse en 1745 l’héritier du trône de Russie, le futur Pierre III. Convertie à l’orthodoxie, elle prend le nom de Catherine (Ekaterina Alexeïevna). Elle s’empare du pouvoir en 1762 et règne jusqu’à sa mort en 1796. Son règne est l’apogée de la Russie impériale du XVIIIe siècle : conquêtes au sud et à l’ouest, rayonnement culturel, mais aussi renforcement du servage. Elle reçoit de son vivant le surnom de Catherine la Grande.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1744Arrivée en Russie ; conversion à l’orthodoxie
1745Mariage avec le grand-duc Pierre
1762Pierre III devient empereur (janvier) puis est renversé (juillet) ; Catherine impératrice
1767Le Nakaz (Instruction) et la Commission législative
1768-1774Première guerre russo-turque ; traité de Koutchouk-Kaïnardji
1772Premier partage de la Pologne
1773-1775Révolte de Pougatchev
1775Réforme des gouvernements (provinces)
1783Annexion de la Crimée
1785Charte de la noblesse et charte des villes
1787Voyage en Crimée avec Potemkine
1787-1792Seconde guerre russo-turque ; traité de Jassy
1793 et 1795Deuxième et troisième partages de la Pologne
17 novembre 1796Mort de Catherine à Tsarskoïe Selo

La prise de pouvoir

Le mariage avec Pierre est malheureux. Catherine, intelligente et ambitieuse, se cultive en lisant Voltaire, Montesquieu et Tacite, et se constitue des appuis à la cour et dans les régiments de la Garde. Devenu empereur en janvier 1762, Pierre III, admirateur de Frédéric II de Prusse, fait la paix avec la Prusse en pleine guerre de Sept Ans et heurte l’Église et l’armée. Le 28 juin 1762 (calendrier julien), les régiments de la Garde, menés notamment par les frères Orlov, proclament Catherine impératrice. Pierre III abdique et meurt quelques jours plus tard dans des circonstances violentes, officiellement d’une « colique hémorroïdale » ; il a très probablement été tué par ses gardiens.

Une souveraine des Lumières

Catherine entretient une correspondance suivie avec les philosophes du siècle des Lumières, qui la célèbrent comme la « Sémiramis du Nord » :

  • avec Voltaire, pendant une quinzaine d’années, jusqu’à la mort de celui-ci en 1778 ; elle achète sa bibliothèque ;
  • avec Diderot, dont elle achète la bibliothèque en 1765 en lui en laissant l’usage et en le payant comme bibliothécaire ; il séjourne à Saint-Pétersbourg en 1773-1774 ;
  • avec d’Alembert, le baron Grimm et d’autres.

En 1767, elle rédige le Nakaz (« Instruction »), largement inspiré de Montesquieu et de Beccaria, destiné à une Commission législative de 564 députés de divers ordres chargée de refondre les lois. La commission se réunit plus d’un an sans aboutir et est suspendue avec la guerre contre les Ottomans en 1768.

Réformes et culture

  • Fondation du musée de l’Ermitage à partir de ses achats de tableaux, dont une collection de 225 tableaux acquise à Berlin en 1764, date considérée comme celle de la fondation du musée.
  • Institut Smolny (1764), première école d’État pour jeunes filles nobles en Russie.
  • Vaccination contre la variole : elle se fait inoculer elle-même en 1768 par le médecin anglais Thomas Dimsdale pour encourager la pratique.
  • Réforme provinciale de 1775, qui divise l’empire en une cinquantaine de gouvernements.
  • Charte de la noblesse (1785) : confirme les privilèges des nobles, exemptés de service obligatoire et de châtiments corporels.
  • Sécularisation des biens de l’Église (1764).
  • Accueil de colons étrangers, notamment des Allemands de la Volga (à partir de 1763).

Le servage et la révolte de Pougatchev

Le règne est aussi celui de l'apogée du servage : les paysans serfs, la majorité de la population, peuvent être vendus, déportés en Sibérie par leur maître et n’ont pas le droit de porter plainte contre lui. Catherine offre à ses favoris et serviteurs des centaines de milliers de paysans d’État, qui deviennent serfs.

En 1773, un Cosaque du Don, Emelian Pougatchev, se fait passer pour Pierre III miraculeusement sauvé et soulève les Cosaques de l’Oural, les ouvriers des mines, les peuples bachkirs et des masses de serfs. La révolte embrase la région de la Volga et de l’Oural, prend Kazan en 1774, avant d’être écrasée. Pougatchev est exécuté à Moscou en janvier 1775. Après cette révolte, Catherine renonce à toute réforme profonde du servage.

Les conquêtes

DirectionAcquisitions
Sud (contre l’Empire ottoman)Littoral nord de la mer Noire (1774), droit de navigation et de protection des orthodoxes ; Crimée (1783) ; région entre le Boug et le Dniestr (1792)
Ouest (Pologne)Biélorussie, Ukraine occidentale, Lituanie, Courlande, lors des trois partages (1772, 1793, 1795)
EstImplantations en Alaska (1784)

Ces victoires sont celles de grands chefs militaires : Roumiantsev, Souvorov et surtout Grigori Potemkine, favori et collaborateur politique, qui organise la « Nouvelle Russie » et fonde Kherson et Nikolaïev ; Odessa est fondée en 1794. Avec la Prusse et l’Autriche, la Russie se partage la Pologne, qui disparaît de la carte en 1795 jusqu’en 1918. Pour la mer Noire, Catherine conçoit même un « projet grec » de restauration d’un empire byzantin sous l’autorité de son petit-fils, prénommé Constantin à dessein.

La fin du règne

La Révolution française effraie Catherine, qui rompt avec l’esprit des Lumières : elle fait condamner l’écrivain Alexandre Radichtchev, auteur d’un Voyage de Pétersbourg à Moscou (1790) dénonçant le servage, et l’éditeur Novikov. Elle meurt d’une attaque le 17 novembre 1796 (6 novembre julien). Son fils Paul Ier, qu’elle avait tenu à l’écart du pouvoir, lui succède.

Questions fréquentes

Catherine II était-elle russe ?

Non, elle était allemande, née princesse d’Anhalt-Zerbst en Poméranie. Elle a appris le russe, s’est convertie à l’orthodoxie et a gouverné en souveraine russe.

Comment Catherine II est-elle arrivée au pouvoir ?

Par un coup d’État, le 28 juin 1762 (calendrier julien), avec l’appui des régiments de la Garde, contre son mari Pierre III, qui fut ensuite assassiné.

Quel lien avec Pierre le Grand ?

Aucun lien de sang. Son mari Pierre III était le petit-fils de Pierre le Grand. Catherine se présente comme la continuatrice de son œuvre et lui fait élever le Cavalier de bronze à Saint-Pétersbourg.

Pourquoi l’appelle-t-on « la Grande » ?

En raison de l’ampleur de ses conquêtes, de la durée de son règne et de son rôle culturel. Le titre lui fut proposé par la Commission législative en 1767 ; elle le refusa officiellement, mais il s’imposa dans l’usage.

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