Aller au contenu
connaissance.org

Histoire · XIXe siècle

L’ère Meiji

L’ère Meiji (1868-1912) correspond au règne de l’empereur Mutsuhito. En quarante ans, le Japon passe d’un pays féodal fermé à une puissance industrielle et militaire capable de vaincre la Chine et la Russie.

Mis à jour le 5 min de lecture

Meiji signifie « gouvernement éclairé ». C’est le nom de l’ère choisie pour le règne de l’empereur Mutsuhito (1852-1912), monté sur le trône en 1867 à quatorze ans. La restauration de Meiji (Meiji ishin), proclamée le 3 janvier 1868, met fin au shogunat Tokugawa et rend en principe le pouvoir à l’empereur. En réalité, le pays est dirigé par une oligarchie de jeunes samouraïs issus surtout des domaines de Satsuma et de Chōshū. Leur mot d’ordre : fukoku kyōhei, « pays riche, armée forte ». Leur but : éviter le sort de la Chine, soumise aux puissances occidentales après les guerres de l’opium.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1853-1854Arrivée du commodore Perry ; ouverture forcée du Japon
1867Le shogun Tokugawa Yoshinobu remet le pouvoir à l’empereur
3 janvier 1868Proclamation de la restauration impériale
1868-1869Guerre de Boshin contre les partisans du shogunat
Avril 1868Serment en cinq articles
1868-1869Edo, rebaptisée Tokyo, devient la capitale
1871Suppression des domaines féodaux, création des préfectures
1871-1873Mission Iwakura en Amérique et en Europe
1872Première ligne de chemin de fer Tokyo-Yokohama ; école obligatoire
1873Conscription ; réforme de l’impôt foncier ; calendrier grégorien adopté
1877Rébellion de Satsuma menée par Saigō Takamori
11 février 1889Promulgation de la Constitution
1890Première Diète élue ; Rescrit impérial sur l’éducation
1894-1895Guerre sino-japonaise ; annexion de Taïwan
1902Alliance anglo-japonaise
1904-1905Guerre russo-japonaise ; victoire de Tsushima
1910Annexion de la Corée
30 juillet 1912Mort de l’empereur Meiji

La fin de l’ordre féodal

Le Serment en cinq articles d’avril 1868 annonce l’esprit du nouveau régime : délibération publique, ouverture aux idées nouvelles, recherche du savoir « dans le monde entier ». En quelques années, les dirigeants démantèlent le système des samouraïs et des daimyos :

  • 1869-1871 : les daimyos rendent leurs domaines à l’empereur, puis les domaines sont remplacés par des préfectures dirigées par des fonctionnaires nommés par Tokyo ;
  • abolition des quatre ordres : tous les sujets sont égaux devant la loi ;
  • 1873 : création d’une armée de conscription ouverte à tous les hommes, qui retire aux samouraïs leur monopole militaire ;
  • 1876 : interdiction du port du sabre et conversion des pensions des samouraïs en obligations d’État.

Ces mesures provoquent des révoltes d’anciens samouraïs. La plus importante, la rébellion de Satsuma (1877), menée par Saigō Takamori, l’un des artisans de la restauration, est écrasée par la nouvelle armée. Saigō meurt à la fin du combat de Shiroyama, le 24 septembre 1877.

Apprendre de l’Occident

La mission Iwakura (1871-1873), une cinquantaine de hauts responsables partis près de deux ans aux États-Unis et en Europe, étudie les institutions, les usines, les écoles et les armées occidentales. Le Japon fait venir des milliers de conseillers étrangers (oyatoi) et envoie des étudiants à l’étranger. Il choisit ses modèles pays par pays :

DomaineModèle principal
MarineRoyaume-Uni
Armée de terreFrance, puis Allemagne à partir des années 1880
Constitution et droit publicPrusse et Allemagne
Code civilInfluences française puis allemande
Système éducatifFrance, États-Unis, Allemagne

L’industrialisation

L’État joue un rôle moteur : il construit des chemins de fer (Tokyo-Yokohama en 1872), le télégraphe, des arsenaux et des filatures modèles comme celle de Tomioka (1872, inscrite au patrimoine mondial), créée avec l’aide d’ingénieurs français. Dans les années 1880, il revend ces entreprises à des groupes privés, qui deviennent les grands conglomérats familiaux, les zaibatsu : Mitsui, Mitsubishi, Sumitomo, Yasuda.

La réforme de l’impôt foncier de 1873, payable en argent selon la valeur de la terre, assure à l’État des recettes stables mais pèse lourdement sur les paysans. La soie grège et les textiles de coton deviennent les principales exportations ; le travail, souvent pénible, repose largement sur de jeunes ouvrières d’origine rurale.

Une monarchie constitutionnelle autoritaire

Sous la pression du mouvement pour la liberté et les droits du peuple, le gouvernement promet une constitution. Rédigée sous la direction d'Itō Hirobumi sur le modèle prussien, la Constitution de l’Empire du Japon est « octroyée » par l’empereur le 11 février 1889.

Le Rescrit impérial sur l’éducation (1890) impose dans les écoles le culte de l’empereur et les valeurs confucéennes de loyauté et de piété filiale. Le shintō est promu comme culte national.

Une nouvelle puissance impérialiste

Le Japon renégocie progressivement les traités inégaux signés avec les Occidentaux : l’extraterritorialité est abolie en 1899, l’autonomie douanière obtenue en 1911. Il se lance dans l’expansion :

  • guerre sino-japonaise (1894-1895) pour le contrôle de la Corée : le traité de Shimonoseki lui donne Taïwan ;
  • guerre russo-japonaise (1904-1905) : la flotte de l’amiral Tōgō détruit la flotte russe à Tsushima (mai 1905). C’est la première victoire d’une puissance asiatique sur une grande puissance européenne à l’époque moderne ; elle a un immense retentissement en Asie. Le traité de Portsmouth, négocié sous la médiation du président américain Theodore Roosevelt, donne au Japon le sud de Sakhaline et des droits en Mandchourie ;
  • annexion de la Corée en 1910, colonie jusqu’en 1945.

Culture et société

L’ère Meiji est celle du bunmei kaika, « civilisation et lumières » : adoption du calendrier grégorien, de l’habit occidental pour les fonctionnaires, de la viande de bœuf, de la photographie, des journaux. Le penseur Fukuzawa Yukichi, fondateur de l’université Keiō, popularise les idées occidentales. Le romancier Natsume Sōseki (Je suis un chat, 1905) décrit les tensions entre tradition et modernité. À l’inverse, l’Europe découvre l’art japonais : c’est la vogue du japonisme, qui marque les impressionnistes.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la restauration de Meiji ?

Le renversement du shogunat Tokugawa en 1867-1868 et le retour théorique du pouvoir à l’empereur. Elle ouvre une période de réformes profondes qui modernisent le Japon.

Pourquoi le Japon s’est-il modernisé si vite ?

Ses dirigeants voulaient éviter la colonisation, en observant le sort de la Chine. Le pays disposait déjà d’un taux d’alphabétisation élevé, d’un réseau commercial développé et d’une élite administrative issue des samouraïs.

L’empereur Meiji gouvernait-il réellement ?

Il incarnait le pouvoir et sa légitimité, mais les décisions étaient prises par un petit groupe d’oligarques, les genrō (Itō Hirobumi, Yamagata Aritomo, Ōkubo Toshimichi), qui gouvernaient en son nom.

Que se passe-t-il après l’ère Meiji ?

Lui succèdent l’ère Taishō (1912-1926), marquée par une démocratisation relative, puis l’ère Shōwa (1926-1989), qui voit la montée du militarisme et la participation du Japon à la Seconde Guerre mondiale.

À lire aussi

XIXe siècle : toutes les fiches