Histoire · XXe siècle
Le raid de Dieppe
Le raid de Dieppe (opération Jubilee) est une attaque alliée contre le port de Dieppe le 19 août 1942. Mené surtout par des Canadiens, il tourne au désastre : 907 Canadiens tués.
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Le raid de Dieppe, nom de code opération Jubilee, est un débarquement de courte durée lancé le 19 août 1942 contre le port de Dieppe (Seine-Maritime), occupé par l’armée allemande. Environ 6 100 soldats y participent, dont près de 5 000 Canadiens, avec des commandos britanniques, une cinquantaine de Rangers américains et une quinzaine de Français libres. En moins de dix heures, l’opération échoue. Le Canada compte 907 morts et près de 1 950 prisonniers. Douloureux pour la mémoire canadienne, le raid a fourni des leçons utiles pour le débarquement de Normandie de 1944.
Pourquoi attaquer Dieppe ?
En 1942, l’Allemagne domine l’Europe de l’Ouest. L’URSS, qui supporte l’essentiel de la guerre terrestre, réclame l’ouverture d’un « second front » à l’Ouest. Les Britanniques, et Winston Churchill en particulier, ne s’estiment pas prêts pour une grande invasion, mais veulent :
- tester la possibilité de prendre un port fortifié et la défense allemande sur la côte ;
- expérimenter du matériel et des méthodes de débarquement (chars amphibies, péniches) ;
- obliger la Luftwaffe à engager le combat aérien ;
- montrer à Staline et aux opinions que les Alliés agissent.
Le projet est confié au commandement des opérations combinées de lord Louis Mountbatten. Les troupes canadiennes, stationnées en Angleterre depuis 1939-1940 sans avoir combattu, sont choisies pour l’essentiel de l’assaut. Une première version de l’opération, prévue en juillet sous le nom de Rutter, a été annulée, puis reprise.
Le plan
| Secteur | Objectif | Troupes |
|---|---|---|
| Berneval (est) | Détruire une batterie côtière | Commando n° 3 britannique |
| Puys, plage Bleue | Prendre les hauteurs à l’est du port | Royal Regiment of Canada |
| Dieppe, plage principale | Prendre la ville et le port, avec des chars | Essex Scottish, Royal Hamilton Light Infantry, Fusiliers Mont-Royal, chars du Calgary Regiment |
| Pourville, plage Verte | Prendre les hauteurs à l’ouest | South Saskatchewan Regiment, Queen’s Own Cameron Highlanders |
| Varengeville (ouest) | Détruire une batterie côtière | Commando n° 4 britannique |
Le plan reposait sur la surprise et un assaut frontal, sans bombardement aérien lourd préalable ni appui d’un cuirassé, pour éviter de détruire la ville.
Le déroulement
Avant l’aube, une partie de la flottille rencontre par hasard un convoi allemand : l’alerte est en partie donnée. Les débarquements se font souvent en retard et en plein jour.
- À Varengeville, le commando n° 4 de lord Lovat détruit la batterie : c’est le seul vrai succès.
- À Berneval, seule une petite partie du commando n° 3 débarque ; il harcèle la batterie, qui cesse un temps de tirer.
- À Puys, le Royal Regiment of Canada est cloué sur la plage par les mitrailleuses : presque tous les hommes sont tués, blessés ou capturés.
- À Dieppe, les chars ont du mal à franchir les galets et la digue ; l’infanterie est prise sous le feu des falaises. Les Fusiliers Mont-Royal, régiment canadien-français, envoyés en renfort, subissent de lourdes pertes.
- À Pourville, les Canadiens avancent un peu dans les terres, mais ne peuvent atteindre leurs objectifs.
Vers 11 heures, l’ordre de rembarquement est donné ; à 14 heures environ, l’opération est terminée. Une grande bataille aérienne se déroule au-dessus de Dieppe ; les Alliés y perdent plus d’une centaine d’avions.
Le bilan
| Pertes | |
|---|---|
| Canadiens engagés | environ 4 960 |
| Canadiens tués | 907 |
| Canadiens faits prisonniers | environ 1 946 |
| Canadiens revenus en Angleterre | environ 2 200, dont beaucoup de blessés |
| Pertes allemandes | environ 600 tués et blessés |
C’est la journée la plus meurtrière pour l’armée canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux Canadiens reçoivent la croix de Victoria : l’aumônier John Weir Foote, resté sur la plage avec les blessés et fait prisonnier, et le lieutenant-colonel Cecil Merritt.
Les leçons du raid
Le débat sur l’utilité du raid reste vif. Les responsables alliés ont affirmé qu’il avait sauvé des vies en 1944. Parmi les enseignements retenus :
- Ne pas attaquer de front un port fortifié : en Normandie, les Alliés débarqueront sur des plages et apporteront leurs propres ports artificiels (Mulberry).
- Prévoir un bombardement massif aérien et naval avant l’assaut.
- Développer des véhicules spécialisés (chars du génie, chars amphibies).
- Améliorer les communications entre la mer, l’air et la terre.
Questions fréquentes
Pourquoi le raid de Dieppe a-t-il échoué ?
À cause de la perte de l’effet de surprise, d’un plan reposant sur un assaut frontal contre des défenses solides installées sur les falaises, du manque d’appui aérien et naval lourd, et de plages de galets difficiles pour les chars.
Combien de Canadiens sont morts à Dieppe ?
907 Canadiens sont morts lors du raid ou des suites de leurs blessures, et près de 2 000 ont été faits prisonniers.
Quel régiment canadien-français a participé au raid de Dieppe ?
Les Fusiliers Mont-Royal, de Montréal, engagés sur la plage principale de Dieppe.