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Histoire · XXe siècle

La crise des missiles de Cuba

La crise des missiles de Cuba est l’épreuve de force d’octobre 1962 entre les États-Unis et l’URSS, née de l’installation secrète de missiles nucléaires soviétiques à Cuba. Le monde frôle la guerre.

Mis à jour le 5 min de lecture

Le 14 octobre 1962, un avion espion américain U-2 photographie à Cuba des sites de lancement de missiles balistiques soviétiques capables d’atteindre une grande partie des États-Unis. Le président John F. Kennedy en est informé le 16 octobre : commencent les « treize jours ». Après un blocus naval et des négociations secrètes, le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev annonce le 28 octobre le retrait des missiles. La crise est considérée comme le moment le plus dangereux de la guerre froide.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1er janvier 1959Victoire de la révolution cubaine de Fidel Castro
1960-1961Nationalisations à Cuba ; rupture avec les États-Unis ; embargo commercial
17-19 avril 1961Échec du débarquement de la baie des Cochons, organisé par la CIA
Été 1962Opération soviétique « Anadyr » : envoi secret de missiles et de dizaines de milliers de soldats
14 octobre 1962Un U-2 photographie les sites de missiles
16 octobreKennedy est informé ; réunion de l’ExComm
22 octobreDiscours télévisé de Kennedy ; annonce d’une « quarantaine » navale
24 octobreEntrée en vigueur du blocus ; des navires soviétiques font demi-tour
25 octobreConfrontation au Conseil de sécurité de l’ONU
26 octobrePremière lettre de Khrouchtchev, conciliante
27 octobre« Samedi noir » : U-2 abattu au-dessus de Cuba ; seconde lettre soviétique
28 octobreKhrouchtchev annonce le démantèlement des missiles
20 novembreLevée du blocus après le retrait des bombardiers soviétiques Il-28

Le contexte

En 1959, Fidel Castro renverse à Cuba la dictature de Fulgencio Batista, alliée des États-Unis. Le nouveau régime nationalise les biens américains et se rapproche de l'URSS. En avril 1961, la CIA organise un débarquement d’exilés cubains dans la baie des Cochons, qui échoue en trois jours. Castro proclame le caractère socialiste de la révolution et craint une nouvelle invasion.

De son côté, l’URSS est en net retard dans la course aux armements : les États-Unis disposent de beaucoup plus de missiles intercontinentaux et ont installé en Turquie et en Italie des missiles Jupiter capables de frapper l’URSS. Khrouchtchev décide d’installer à Cuba, à 150 km des côtes de la Floride, des missiles à moyenne portée (R-12) et à portée intermédiaire (R-14), pour protéger Cuba et rééquilibrer le rapport de force nucléaire.

Les treize jours

La découverte et le débat à la Maison-Blanche

Kennedy réunit un comité restreint, l'ExComm (Comité exécutif du Conseil de sécurité nationale), où l’on discute des options : frappes aériennes sur les sites, invasion de l’île, blocus naval, négociation. Les chefs militaires plaident pour des frappes suivies d’une invasion. Kennedy, soutenu notamment par son frère Robert Kennedy et par le secrétaire à la Défense Robert McNamara, choisit une voie intermédiaire : le blocus, appelé « quarantaine » pour ne pas employer un terme qui signifie, en droit international, un acte de guerre.

Le discours du 22 octobre

Le 22 octobre au soir, Kennedy révèle la présence des missiles dans un discours télévisé, annonce la quarantaine de toutes les livraisons d’armes offensives à Cuba et prévient que tout missile lancé depuis Cuba sera considéré comme une attaque soviétique appelant une riposte totale contre l’URSS. Les forces américaines passent au niveau d’alerte DEFCON 2, le plus élevé jamais atteint.

Le blocus et l’ONU

Le 24 octobre, le blocus entre en vigueur : les navires soviétiques en route vers Cuba ralentissent puis font demi-tour. Le 25, au Conseil de sécurité de l'ONU, l’ambassadeur américain Adlai Stevenson présente les photographies aériennes et somme son homologue soviétique Valerian Zorine de répondre, déclarant être prêt à attendre « jusqu’à ce que l’enfer gèle ». Mais les travaux sur les sites de missiles se poursuivent.

Le « samedi noir »

Le 26 octobre, une longue lettre de Khrouchtchev propose de retirer les missiles en échange d’une garantie de non-invasion de Cuba. Le 27, une seconde lettre, plus dure, exige en plus le retrait des missiles américains de Turquie. Le même jour, un avion U-2 est abattu au-dessus de Cuba et son pilote, le major Rudolf Anderson, tué ; un autre U-2 s’égare dans l’espace aérien soviétique. En mer, des destroyers américains lancent des grenades d’exercice pour forcer un sous-marin soviétique à faire surface ; on apprendra plus tard qu’il portait une torpille nucléaire et que son emploi aurait été envisagé, puis refusé notamment par l’officier Vassili Arkhipov.

L’issue de la crise

Kennedy répond officiellement à la première lettre, en acceptant le principe de la non-invasion. Le soir du 27, Robert Kennedy rencontre secrètement l’ambassadeur soviétique Anatoli Dobrynine et lui fait savoir que les missiles Jupiter de Turquie seront retirés dans quelques mois, à condition que cet engagement reste secret.

Le 28 octobre, Radio Moscou diffuse le message de Khrouchtchev annonçant le démantèlement des missiles sous contrôle. Castro, qui n’a pas été consulté, est furieux. Les missiles sont retirés en novembre ; les États-Unis lèvent le blocus le 20 novembre, après le départ des bombardiers Il-28. Les Jupiter sont retirés de Turquie en avril 1963.

Les conséquences

  • La détente : les deux superpuissances, conscientes d’avoir frôlé la catastrophe, mettent en place en 1963 une liaison directe entre la Maison-Blanche et le Kremlin, le « téléphone rouge » (en réalité un téléscripteur), et signent le traité d’interdiction partielle des essais nucléaires (août 1963), avec le Royaume-Uni.
  • Khrouchtchev affaibli : la crise est perçue par une partie de la direction soviétique comme une humiliation ; il est écarté du pouvoir en 1964 (voir URSS).
  • Kennedy renforcé, jusqu’à son assassinat à Dallas le 22 novembre 1963.
  • Cuba reste communiste, protégée par la garantie de non-invasion, mais sous embargo américain, toujours en vigueur.
  • La course aux armements continue : l’URSS accélère son effort pour atteindre la parité nucléaire, obtenue vers la fin des années 1960.
  • La France de de Gaulle, qui a soutenu sans réserve les États-Unis pendant la crise, en tire la conviction de la nécessité d’une force de dissuasion nationale.

Questions fréquentes

Pourquoi l’URSS a-t-elle installé des missiles à Cuba ?

Pour protéger le régime de Castro d’une invasion américaine, pour répondre aux missiles américains installés en Turquie et en Italie et pour compenser son retard en missiles intercontinentaux.

Combien de temps a duré la crise de Cuba ?

Treize jours, du 16 octobre 1962, quand Kennedy est informé, au 28 octobre, quand Khrouchtchev annonce le retrait des missiles.

Qui a gagné la crise des missiles de Cuba ?

Les deux camps ont obtenu des concessions : l’URSS a retiré ses missiles, les États-Unis ont promis de ne pas envahir Cuba et ont retiré secrètement leurs missiles de Turquie. Sur le moment, Kennedy est apparu comme le vainqueur.

Y a-t-il eu des morts pendant la crise ?

Oui, le pilote américain Rudolf Anderson, abattu au-dessus de Cuba le 27 octobre 1962. Plusieurs autres militaires américains sont morts dans des accidents liés aux opérations.

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