Histoire · XXe siècle
Catastrophe de Tchernobyl
Le 26 avril 1986, le réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine soviétique, explose lors d’un essai. C’est le plus grave accident nucléaire civil de l’histoire, classé au niveau 7.
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La catastrophe de Tchernobyl est l’explosion du réacteur n° 4 de la centrale nucléaire Lénine, près de la ville de Pripiat, dans le nord de l’Ukraine, alors république de l'URSS. Survenue le 26 avril 1986 à 1 h 23, lors d’un essai de sûreté mal conduit, elle détruit le cœur du réacteur et projette dans l’atmosphère d’énormes quantités de matières radioactives, qui contaminent une grande partie de l’Europe. Elle est classée au niveau 7, le plus élevé de l’échelle internationale des événements nucléaires, comme Fukushima en 2011.
L’essentiel en bref
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Date | 26 avril 1986, 1 h 23 (heure locale) |
| Lieu | centrale de Tchernobyl, à environ 100 km au nord de Kiev |
| Réacteur | n° 4, de type RBMK-1000 (modéré au graphite, refroidi à l’eau) |
| Cause immédiate | essai de sûreté conduit hors des règles sur un réacteur instable |
| Évacuation de Pripiat | 27 avril 1986, environ 49 000 habitants |
| Zone d’exclusion | 30 km autour de la centrale |
| Personnes déplacées | environ 116 000 en 1986, environ 350 000 au total |
| Morts directes reconnues | 31 dans les premiers mois (2 lors de l’explosion, 29 de syndrome d’irradiation aiguë) |
| Fermeture de la centrale | 15 décembre 2000 |
Les causes de l’accident
L’équipe de nuit doit tester si, en cas de coupure électrique, l’inertie de la turbine peut alimenter les pompes de refroidissement en attendant le démarrage des générateurs diesel. L’essai, déjà reporté, se déroule dans des conditions dangereuses : puissance très basse et instable, systèmes de sécurité désactivés, presque toutes les barres de contrôle retirées.
Quand l’opérateur déclenche l’arrêt d’urgence, la puissance s’emballe en quelques secondes. Une explosion de vapeur soulève la dalle de plus de 1 000 tonnes qui couvre le réacteur, puis une seconde explosion projette du combustible et du graphite brûlant. Le graphite s’enflamme et brûle pendant une dizaine de jours. Les enquêtes ont mis en cause à la fois les erreurs d’exploitation et les défauts de conception, longtemps cachés par les autorités soviétiques.
La gestion de la crise
| Date (1986) | Événement |
|---|---|
| 26 avril | Les pompiers luttent contre les incendies sans protection ; beaucoup reçoivent des doses mortelles |
| 27 avril | Évacuation de Pripiat, 36 heures après l’explosion, annoncée comme temporaire |
| 28 avril | Une centrale suédoise détecte une radioactivité anormale ; Moscou reconnaît l’accident par un bref communiqué |
| Fin avril – mai | Des hélicoptères larguent sable, plomb, argile et bore sur le réacteur |
| 14 mai | Gorbatchev s’exprime pour la première fois à la télévision |
| Novembre | Achèvement d’un premier sarcophage de béton et d’acier |
Environ 600 000 « liquidateurs », soldats, mineurs, pompiers, ouvriers venus de toute l’URSS, participent à la décontamination et à la construction du sarcophage, souvent exposés à de fortes doses. Le secret initial a accéléré la politique de transparence, la glasnost.
Le nuage radioactif
Les rejets, dont l'iode 131 et le césium 137, sont emportés par les vents vers la Biélorussie, l’Ukraine, la Russie, puis la Scandinavie et une grande partie de l’Europe. La Biélorussie est le pays le plus touché, avec environ 23 % de son territoire contaminé.
En France, la communication officielle a minimisé la contamination, ce qui a donné naissance à la formule ironique du nuage « arrêté à la frontière ». Des dépôts significatifs ont pourtant été mesurés, surtout dans l’Est et en Corse. Voir la radioactivité.
Le bilan sanitaire
Le bilan reste l’objet de débats importants :
- Décès directs : 31 morts reconnus dans les mois qui suivent, parmi les employés et les pompiers.
- Cancers de la thyroïde : plus de 6 000 cas chez des personnes exposées enfants ou adolescents, liés à l’iode radioactif présent dans le lait. Ils sont généralement soignés avec succès, mais une quinzaine de décès avaient été recensés en 2005.
- Décès à long terme : l’Organisation mondiale de la santé estimait en 2005 qu’environ 4 000 décès pourraient survenir à terme parmi les populations les plus exposées ; d’autres études, portant sur l’ensemble de l’Europe, avancent des chiffres beaucoup plus élevés.
- Effets psychologiques et sociaux : déplacements forcés, angoisse, pauvreté, stigmatisation, considérés par l’ONU comme l’une des conséquences les plus lourdes.
La zone d’exclusion aujourd’hui
La zone d’exclusion de 30 km reste interdite à l’habitation permanente. Pripiat est une ville fantôme. En l’absence d’humains, la faune sauvage (loups, élans, sangliers, chevaux de Przewalski) s’y est fortement développée. Le site est devenu un lieu de visites encadrées.
En 2016, une immense arche métallique, le nouveau confinement sûr, a été glissée au-dessus du sarcophage pour une durée prévue d’un siècle. Les derniers réacteurs de la centrale ont été arrêtés en 2000. Pendant la guerre en Ukraine, le site a été occupé par l’armée russe en février-mars 2022, et l’arche a été endommagée par un drone en février 2025.
Questions fréquentes
Combien de morts a fait Tchernobyl ?
31 décès directs sont reconnus dans les premiers mois. Le nombre de décès à long terme, par cancers, est très discuté : de quelques milliers selon l’OMS à des dizaines de milliers selon d’autres études.
Peut-on vivre à Tchernobyl aujourd’hui ?
La zone d’exclusion reste interdite à l’habitation permanente. Quelques centaines de personnes âgées sont toutefois revenues y vivre, et des employés y travaillent par rotation.
Le nuage de Tchernobyl a-t-il touché la France ?
Oui. Il a survolé la France fin avril et début mai 1986, avec des dépôts plus importants dans l’Est et en Corse, contrairement à la communication rassurante de l’époque.
Quelle est la différence entre Tchernobyl et Fukushima ?
Les deux sont classés au niveau 7. À Tchernobyl, le réacteur a explosé et brûlé à l’air libre ; à Fukushima (2011), un tsunami a privé les réacteurs de refroidissement, provoquant des fusions de cœurs et des rejets moins importants.