Histoire · XXe siècle
Winston Churchill
Winston Churchill (1874-1965) est le Premier ministre britannique qui refuse de négocier avec Hitler en 1940 et mène son pays à la victoire en 1945. Il fut aussi prix Nobel de littérature.
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Sir Winston Leonard Spencer Churchill naît le 30 novembre 1874 au palais de Blenheim, dans l’Oxfordshire, et meurt le 24 janvier 1965 à Londres. Député pendant plus de soixante ans, ministre à de nombreuses reprises, il est Premier ministre de 1940 à 1945 puis de 1951 à 1955. Pour les Britanniques, il incarne la résistance face à l’Allemagne nazie lorsque le Royaume-Uni se retrouve seul en 1940. En 2002, un grand sondage de la BBC l’a désigné comme le « plus grand Britannique de tous les temps ». Son bilan comporte aussi des échecs militaires et des positions coloniales très critiquées.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 30 novembre 1874 | Naissance à Blenheim |
| 1895-1899 | Officier et correspondant de guerre (Cuba, Inde, Soudan, Afrique du Sud) |
| 1899 | Prisonnier des Boers, il s’évade |
| 1900 | Élu député conservateur |
| 1904 | Passe au Parti libéral |
| 1911-1915 | Premier Lord de l’Amirauté |
| 1915 | Échec des Dardanelles ; il démissionne et part combattre sur le front |
| 1924-1929 | Chancelier de l’Échiquier (conservateur) |
| 1929-1939 | « Traversée du désert » ; il alerte sur le danger nazi |
| 3 septembre 1939 | De nouveau Premier Lord de l’Amirauté |
| 10 mai 1940 | Premier ministre d’un gouvernement d’union nationale |
| 1941 | Charte de l’Atlantique avec Roosevelt |
| 1943-1945 | Conférences de Téhéran, Yalta et Potsdam |
| Juillet 1945 | Battu aux élections par les travaillistes |
| 5 mars 1946 | Discours du « rideau de fer » à Fulton |
| 1951-1955 | Second mandat de Premier ministre |
| 1953 | Prix Nobel de littérature |
| 24 janvier 1965 | Mort à Londres ; funérailles nationales |
Un aristocrate aventurier
Fils de lord Randolph Churchill, homme politique conservateur, et de l’Américaine Jennie Jerome, il est issu de la famille des ducs de Marlborough. Élève peu brillant, il entre à l’académie militaire de Sandhurst et sert comme officier de cavalerie en Inde et au Soudan, où il participe à la charge d’Omdurman (1898). Correspondant de guerre en Afrique du Sud, il est fait prisonnier par les Boers en 1899 et s’évade, ce qui le rend célèbre. Il publie récits et reportages, puis entre au Parlement en 1900.
Un ministre controversé
Churchill change deux fois de parti : conservateur, puis libéral en 1904, à nouveau conservateur en 1924. Ministre libéral, il participe aux réformes sociales (bourses du travail, salaire minimum dans certaines branches). Premier Lord de l’Amirauté au début de la Première Guerre mondiale, il porte la responsabilité politique de l'expédition des Dardanelles (1915), échec sanglant à Gallipoli contre l'Empire ottoman. Il démissionne et va commander un bataillon dans les tranchées en Belgique.
Chancelier de l’Échiquier de 1925 à 1929, il rétablit l’étalon-or à l’ancienne parité, décision critiquée par l’économiste Keynes. Dans les années 1930, isolé, il s’oppose à l’autonomie de l’Inde et dénonce le réarmement allemand et la politique d'apaisement de Neville Chamberlain. Après les accords de Munich (1938), il déclare aux Communes que le pays a subi « une défaite totale et absolue ».
L’homme de 1940
Le 10 mai 1940, jour de l’offensive allemande à l’Ouest, Churchill remplace Chamberlain à la tête d’un gouvernement d’union avec les travaillistes. En quelques semaines, la France est vaincue. Fin mai, au sein du cabinet de guerre, il s’oppose à l’idée d’explorer une négociation avec Hitler par l’intermédiaire de Mussolini, défendue notamment par lord Halifax. Il galvanise la population par ses discours radiodiffusés :
| Date | Discours | Formule célèbre |
|---|---|---|
| 13 mai 1940 | Premier discours de Premier ministre | « Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. » |
| 4 juin 1940 | Après Dunkerque | « Nous nous battrons sur les plages… nous ne nous rendrons jamais. » |
| 18 juin 1940 | « Leur plus belle heure » | Appel à se conduire de façon que l’on dise : « Ce fut leur plus belle heure. » |
| 20 août 1940 | Hommage aux pilotes de la RAF | « Jamais, dans l’histoire des conflits humains, tant de gens n’ont dû autant à si peu. » |
Pendant la bataille d’Angleterre (été-automne 1940), la RAF résiste à la Luftwaffe et empêche l’invasion. Churchill accueille à Londres le général de Gaulle, qu’il reconnaît le 28 juin 1940 comme chef des Français libres, malgré des relations souvent orageuses. Il ordonne aussi le bombardement de la flotte française à Mers el-Kébir (3 juillet 1940), qui fait près de 1 300 morts chez les marins français.
Le chef de guerre allié
Churchill noue avec le président américain Franklin D. Roosevelt une relation étroite : prêt-bail (1941), Charte de l’Atlantique (août 1941), puis alliance après Pearl Harbor. Il s’allie à Staline dès l’invasion de l’URSS en juin 1941, malgré son anticommunisme. Il participe aux grandes conférences (Casablanca, Téhéran, Yalta, Potsdam) qui préparent le débarquement de Normandie et l’après-guerre. Il approuve les bombardements stratégiques des villes allemandes, dont celui de Dresde (février 1945), sur lequel il prend ensuite ses distances.
Le « rideau de fer » et la fin de carrière
Malgré sa popularité, il est battu aux élections de juillet 1945 par le travailliste Clement Attlee, porté par le désir de réformes sociales. Le 5 mars 1946, à Fulton (Missouri), il dénonce le « rideau de fer » tombé sur l’Europe « de Stettin dans la Baltique à Trieste dans l’Adriatique », discours souvent considéré comme un des actes inauguraux de la guerre froide. À Zurich, la même année, il appelle à créer « une sorte d’États-Unis d’Europe » fondée sur la réconciliation franco-allemande, sans y inclure le Royaume-Uni.
Redevenu Premier ministre de 1951 à 1955, âgé et malade, il démissionne à 80 ans. Ses Mémoires de guerre et son œuvre d’historien lui valent le prix Nobel de littérature en 1953, « pour sa maîtrise de la description historique et biographique ainsi que pour son éloquence brillante dans la défense de valeurs humaines exaltées ». Il meurt en 1965 et reçoit des funérailles nationales, honneur rare pour un non-souverain.
Les zones d’ombre
Les historiens soulignent plusieurs aspects controversés de son action :
- un impérialisme assumé et des propos méprisants envers les peuples colonisés, en particulier les Indiens ; son refus de l’indépendance de l’Inde (voir Empire britannique) ;
- sa responsabilité dans la gestion de la famine du Bengale (1943, environ 3 millions de morts), dont la part exacte fait débat entre historiens ;
- l’échec de Gallipoli et l’emploi de la troupe contre des grévistes, notamment au pays de Galles (Tonypandy, 1910), épisode dont l’interprétation reste discutée ;
- son soutien en 1920 aux unités auxiliaires (Black and Tans) lors de la guerre d’indépendance irlandaise.
Questions fréquentes
Pourquoi Churchill est-il célèbre ?
Pour avoir dirigé le Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale, refusé de négocier avec Hitler en 1940 quand le pays était seul, et galvanisé la population par ses discours jusqu’à la victoire de 1945.
Churchill a-t-il eu le prix Nobel de la paix ?
Non, il a reçu le prix Nobel de littérature en 1953 pour son œuvre d’historien et ses discours.
Qu’est-ce que le « rideau de fer » ?
L’expression, popularisée par Churchill dans son discours de Fulton du 5 mars 1946, désigne la frontière qui sépare l’Europe occidentale de l’Europe de l’Est passée sous domination soviétique.
La phrase « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme » est-elle de Churchill ?
Rien ne l’atteste dans ses écrits ou ses discours. Comme beaucoup de maximes qui lui sont prêtées, elle lui est attribuée sans source. Il faut se méfier des citations de Churchill qui circulent sans référence précise.