Histoire · Histoire de France
Les crises de la conscription
Les crises de la conscription sont deux crises politiques qui divisent le Canada pendant les guerres mondiales, en 1917 et en 1944. Le service militaire obligatoire, réclamé par le Canada anglais, est rejeté massivement par le Québec.
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On appelle crises de la conscription les deux affrontements politiques qui éclatent au Canada lorsque le gouvernement fédéral impose le service militaire obligatoire outre-mer, en 1917 pendant la Première Guerre mondiale et en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale. Une majorité de Canadiens anglais, attachés à l’Empire britannique, y est favorable ; une très large majorité de Canadiens français, en particulier au Québec, s’y oppose. Ces crises approfondissent le fossé entre les « deux solitudes » et nourrissent le nationalisme canadien-français. Elles figurent au programme d’histoire du Québec et du Canada au secondaire.
Pourquoi les Canadiens français s’opposent-ils à la conscription ?
- Un faible attachement à l’Empire britannique : beaucoup estiment que le Canada n’a pas à combattre pour les intérêts de Londres. Le journaliste Henri Bourassa, fondateur du Devoir (1910), défend un nationalisme canadien indépendant de l’Empire.
- Le peu de lien avec la France de la IIIe République, laïque, perçue comme lointaine.
- Le Règlement 17 (1912) en Ontario, qui limite fortement l’enseignement en français : pour les nationalistes, l’ennemi est aussi au pays.
- Une armée anglophone : peu d’unités francophones, commandement en anglais, discriminations.
- Une société rurale où les fils sont indispensables aux fermes, et un clergé réticent.
La crise de 1917
| Date | Événement |
|---|---|
| Août 1914 | Le Canada, dominion britannique, entre automatiquement en guerre ; enrôlement volontaire |
| 1915 | Création du 22e bataillon (canadien-français), futur Royal 22e Régiment |
| Avril 1917 | Bataille de la crête de Vimy ; les pertes dépassent les enrôlements |
| 29 août 1917 | Adoption de la Loi du service militaire par le gouvernement conservateur de Robert Borden |
| Septembre 1917 | Loi des élections en temps de guerre : droit de vote accordé aux femmes parentes de soldats, retiré à certains immigrants |
| 17 décembre 1917 | Élections : le gouvernement unioniste (conservateurs et libéraux anglophones) l’emporte ; au Québec, les libéraux de Wilfrid Laurier, opposés à la conscription, remportent 62 des 65 sièges |
| Janvier 1918 | Motion Francœur à l’Assemblée législative du Québec, évoquant la sortie de la Confédération ; retirée sans vote |
| 28 mars – 1er avril 1918 | Émeutes de Québec contre la conscription |
Lors des émeutes de Québec à Pâques 1918, la foule attaque les bureaux de l’enregistrement militaire. Le gouvernement envoie des troupes de l’Ontario ; le 1er avril, les soldats tirent sur la foule : 4 civils sont tués, de nombreuses personnes blessées. La loi martiale est appliquée à la ville.
Au total, environ 400 000 conscrits sont recensés, mais moins de 25 000 conscrits combattent réellement en France avant l’armistice. La crise brise le Parti conservateur au Québec pour des décennies.
La crise de 1944
Le plébiscite de 1942
En 1939, le Premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King promet qu’il n’y aura pas de conscription pour le service outre-mer. En 1940, la Loi sur la mobilisation des ressources nationales permet la conscription pour la défense du territoire seulement. Le maire de Montréal, Camillien Houde, qui appelle à ne pas s’enregistrer, est interné jusqu’en 1944.
Sous la pression du Canada anglais, King organise le 27 avril 1942 un plébiscite pour être délié de sa promesse. Résultat :
| Oui | Non | |
|---|---|---|
| Canada (ensemble) | environ 64 % | environ 36 % |
| Québec | environ 27 % | environ 73 % (environ 85 % chez les francophones selon les estimations) |
Au Québec, la Ligue pour la défense du Canada, animée notamment par André Laurendeau, mène la campagne du « non ». Le résultat confirme la division. King résume sa politique par une formule restée célèbre : « La conscription si nécessaire, mais pas nécessairement la conscription. »
L’envoi des conscrits outre-mer
Après le débarquement de Normandie et les combats en Italie et aux Pays-Bas, l’armée manque de fantassins. En novembre 1944, King accepte d’envoyer outre-mer 16 000 conscrits. Il y a des protestations au Québec, mais moins violentes qu’en 1918. Environ 2 500 conscrits arrivent au front avant la fin de la guerre, et un peu moins de 70 sont tués.
Les conséquences
- Un fossé durable entre francophones et anglophones, qui alimente le nationalisme québécois.
- La domination du Parti libéral au Québec sur la scène fédérale, l’opposition à la conscription de 1917 restant associée aux conservateurs.
- La naissance du Bloc populaire canadien (1942), parti nationaliste.
- Un argument pour l’autonomie provinciale, défendu ensuite par Maurice Duplessis (voir Grande Noirceur).
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la conscription ?
Le service militaire obligatoire : l’État oblige les hommes d’un certain âge à entrer dans l’armée, par opposition à l’enrôlement volontaire.
Pourquoi le Québec a-t-il voté non au plébiscite de 1942 ?
Parce que la majorité des Canadiens français refusait d’être obligée de combattre outre-mer pour une guerre perçue comme britannique, et se sentait trahie par la promesse non tenue du gouvernement.
Combien de morts lors des émeutes de Québec en 1918 ?
Quatre civils sont tués par les tirs de l’armée le 1er avril 1918.