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Histoire · XXe siècle

Le mouvement des droits civiques

Le mouvement des droits civiques est la lutte des Afro-Américains, surtout de 1954 à 1968, contre la ségrégation et pour l’égalité des droits. Il aboutit au Civil Rights Act (1964) et au Voting Rights Act (1965).

Mis à jour le 6 min de lecture

Un siècle après l’abolition de l’esclavage à l’issue de la guerre de Sécession, les Afro-Américains du Sud des États-Unis vivent sous un régime de ségrégation légale et sont, dans les faits, privés du droit de vote. Entre le milieu des années 1950 et la fin des années 1960, un mouvement de masse, largement non violent, combinant actions en justice, boycotts, sit-in, marches et inscriptions sur les listes électorales, contraint le gouvernement fédéral à intervenir. Ses figures les plus connues sont Martin Luther King, Rosa Parks, John Lewis et, dans un registre différent, Malcolm X.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1896Arrêt Plessy v. Ferguson : la Cour suprême valide la doctrine « séparés mais égaux »
1909Fondation de la NAACP
1948Truman met fin à la ségrégation dans l’armée
17 mai 1954Arrêt Brown v. Board of Education : la ségrégation scolaire est inconstitutionnelle
Août 1955Lynchage d’Emmett Till, 14 ans, dans le Mississippi
1er décembre 1955Rosa Parks refuse de céder sa place dans un bus à Montgomery
1955-1956Boycott des bus de Montgomery (381 jours)
Septembre 1957Crise de Little Rock
Février 1960Sit-in de Greensboro ; création du SNCC en avril
1961Freedom Rides
1963Campagne de Birmingham ; marche sur Washington (28 août)
15 septembre 1963Attentat contre une église baptiste de Birmingham : quatre fillettes tuées
Été 1964Freedom Summer au Mississippi ; assassinat de trois militants
2 juillet 1964Civil Rights Act
21 février 1965Assassinat de Malcolm X
7 mars 1965« Bloody Sunday » à Selma
6 août 1965Voting Rights Act
4 avril 1968Assassinat de Martin Luther King
11 avril 1968Fair Housing Act

La ségrégation : les lois Jim Crow

Après la Reconstruction (1865-1877), les États du Sud adoptent des lois dites Jim Crow, du nom d’un personnage caricatural de spectacles racistes. Elles imposent la séparation des Noirs et des Blancs dans les écoles, les transports, les restaurants, les hôpitaux, les cimetières, et interdisent les mariages mixtes. En 1896, l’arrêt Plessy v. Ferguson de la Cour suprême déclare ces lois conformes à la Constitution, à condition que les équipements soient « séparés mais égaux », ce qu’ils ne sont jamais.

Le droit de vote, garanti en principe par le 15e amendement (1870), est contourné par des taxes électorales (poll taxes), des tests d’alphabétisation arbitraires et l’intimidation. Au Mississippi, en 1964, moins de 7 % des Noirs en âge de voter sont inscrits. La terreur est entretenue par le Ku Klux Klan et par les lynchages : plusieurs milliers d’Afro-Américains sont lynchés entre 1882 et 1968.

Les premières victoires judiciaires

La NAACP (Association nationale pour la promotion des gens de couleur), fondée en 1909, mène une longue bataille juridique, conduite par l’avocat Thurgood Marshall, futur premier juge noir de la Cour suprême. Le 17 mai 1954, dans l’arrêt Brown v. Board of Education, la Cour suprême présidée par Earl Warren déclare à l’unanimité que « les équipements scolaires séparés sont intrinsèquement inégaux ». Mais les États du Sud résistent. En septembre 1957, à Little Rock (Arkansas), le président Eisenhower doit envoyer des parachutistes de l’armée pour escorter neuf lycéens noirs, les « Neuf de Little Rock », dans un lycée blanc.

Les grandes campagnes

Le boycott des bus de Montgomery (1955-1956)

Le 1er décembre 1955, à Montgomery (Alabama), Rosa Parks, couturière et militante de la NAACP, refuse de céder sa place à un passager blanc dans un bus. Son arrestation déclenche un boycott des bus par la communauté noire, qui dure 381 jours. Un jeune pasteur de 26 ans, Martin Luther King, en prend la tête. En novembre 1956, la Cour suprême déclare la ségrégation dans les bus inconstitutionnelle.

Sit-in et Freedom Rides (1960-1961)

Le 1er février 1960, quatre étudiants noirs s’assoient au comptoir réservé aux Blancs d’un magasin Woolworth de Greensboro (Caroline du Nord) et refusent de partir. Le mouvement des sit-in gagne des dizaines de villes. Les étudiants fondent le SNCC (Comité de coordination non violent des étudiants). En 1961, des militants noirs et blancs, les Freedom Riders, voyagent ensemble en bus dans le Sud pour tester l’application de la déségrégation des transports inter-États ; ils sont attaqués et leurs bus incendiés en Alabama.

Birmingham et la marche sur Washington (1963)

Au printemps 1963, à Birmingham (Alabama), le chef de la police Eugene « Bull » Connor fait réprimer des manifestations d’enfants et d’adolescents à coups de lances à incendie et de chiens policiers ; les images choquent le pays. King, emprisonné, écrit sa Lettre de la prison de Birmingham. Le 28 août 1963, la marche sur Washington pour l’emploi et la liberté réunit environ 250 000 personnes devant le Lincoln Memorial, où King prononce son discours « I have a dream ».

Selma et le droit de vote (1965)

Pour obtenir le droit de vote effectif, les militants organisent une marche de Selma à Montgomery. Le 7 mars 1965, sur le pont Edmund Pettus, les marcheurs, dont John Lewis, sont violemment frappés par la police de l’Alabama : c’est le « Bloody Sunday ». La marche finit par atteindre Montgomery le 25 mars, sous la protection de la Garde nationale fédéralisée.

Les grandes lois

LoiDateContenu
Civil Rights Act2 juillet 1964Interdit la ségrégation dans les lieux publics et la discrimination à l’emploi fondée sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale
24e amendement1964Interdit la taxe électorale pour les élections fédérales
Voting Rights Act6 août 1965Interdit les tests d’alphabétisation et place sous contrôle fédéral les inscriptions électorales dans les États discriminatoires
Fair Housing Act11 avril 1968Interdit la discrimination dans le logement

Ces lois sont signées par le président Lyndon B. Johnson, qui a pris le relais de John F. Kennedy, assassiné en novembre 1963. En 1967, l’arrêt Loving v. Virginia invalide les lois interdisant les mariages mixtes.

Des stratégies différentes

CourantFiguresPositions
Non-violence et intégrationMartin Luther King, SCLC, NAACPDésobéissance civile, alliance avec les Blancs libéraux, appel aux principes de la Constitution
Nationalisme noirMalcolm X (Nation of Islam jusqu’en 1964)Fierté noire, autodéfense, méfiance envers l’intégration ; il évolue après son pèlerinage à La Mecque en 1964
Black PowerStokely Carmichael (SNCC), Black Panther Party (1966)Pouvoir politique et économique noir, autodéfense armée, programmes sociaux

Bilan et héritage

Le mouvement met fin à la ségrégation légale et transforme la participation politique des Noirs : au Mississippi, la proportion d’inscrits passe d’environ 7 % en 1964 à près de 60 % en 1968. Mais les inégalités économiques, la ségrégation résidentielle, les violences policières et les émeutes urbaines (Watts en 1965, Detroit en 1967) montrent les limites des victoires juridiques. Le mouvement a inspiré les luttes des femmes, des Hispaniques, des Amérindiens, des homosexuels, ainsi que des mouvements à l’étranger, de l’Irlande du Nord à l'Afrique du Sud.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le mouvement des droits civiques ?

La lutte des Afro-Américains, des années 1950 aux années 1960, pour l’abolition de la ségrégation et l’égalité des droits, notamment le droit de vote, aux États-Unis.

Qui était Rosa Parks ?

Une couturière et militante de la NAACP de Montgomery (Alabama) qui, le 1er décembre 1955, refusa de céder sa place à un Blanc dans un bus. Son arrestation déclencha le boycott des bus de Montgomery. On la surnomme « la mère du mouvement des droits civiques ».

Quand la ségrégation a-t-elle été abolie aux États-Unis ?

Progressivement : l’arrêt Brown (1954) l’interdit dans les écoles publiques, le Civil Rights Act (1964) dans les lieux publics et l’emploi, le Voting Rights Act (1965) supprime les obstacles au vote, et le Fair Housing Act (1968) vise le logement.

Quelle différence entre Martin Luther King et Malcolm X ?

King défendait la non-violence et l’intégration des Noirs dans une société égalitaire. Malcolm X, d’abord porte-parole de la Nation of Islam, prônait la séparation, la fierté noire et le droit à l’autodéfense, avant d’adopter des positions plus ouvertes peu avant son assassinat en 1965.

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