Histoire · XXe siècle
Les manifestations de Tiananmen (1989)
Les manifestations de Tiananmen sont un mouvement de protestation mené surtout par des étudiants à Pékin d’avril à juin 1989. Le régime communiste chinois l’écrase par l’armée dans la nuit du 3 au 4 juin 1989.
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Au printemps 1989, des centaines de milliers d’étudiants, puis d’ouvriers et d’habitants de Pékin, se rassemblent sur la place Tiananmen, cœur politique de la capitale chinoise. Ils dénoncent la corruption et l’inflation et réclament la liberté de la presse et des réformes démocratiques. Après sept semaines de mobilisation et l’instauration de la loi martiale, l'Armée populaire de libération reprend la ville et la place dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, faisant plusieurs centaines, peut-être plus d’un millier de morts. Le sujet reste interdit en Chine. La même année, les régimes communistes d’Europe de l’Est s’effondrent (voir chute du mur de Berlin), mais le Parti communiste chinois, lui, se maintient.
Le contexte
Après la mort de Mao Zedong en 1976, Deng Xiaoping lance à partir de 1978 la politique de « réforme et d’ouverture » : décollectivisation des campagnes, zones économiques spéciales, investissements étrangers. La croissance est forte, mais l’inflation dépasse 18 % en 1988, la corruption des cadres et les privilèges des familles dirigeantes choquent. Sur le plan politique, le parti refuse la démocratisation : Deng fait de la « cinquième modernisation », la démocratie, réclamée dès 1978-1979 par le militant Wei Jingsheng, un sujet tabou. Le secrétaire général Hu Yaobang, jugé trop libéral, a été écarté en 1987 après des manifestations étudiantes.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 15 avril 1989 | Mort de Hu Yaobang ; les étudiants se rassemblent pour lui rendre hommage |
| 26 avril | Éditorial du Quotidien du peuple qualifiant le mouvement de « troubles » |
| 4 mai | Grandes manifestations pour l’anniversaire du mouvement du 4 mai 1919 |
| 13 mai | Début d’une grève de la faim de milliers d’étudiants |
| 15-18 mai | Visite de Mikhaïl Gorbatchev à Pékin, devant les médias du monde entier |
| 19 mai | Le secrétaire général Zhao Ziyang vient parler aux grévistes ; il est ensuite limogé |
| 20 mai | Proclamation de la loi martiale |
| 30 mai | Installation d’une statue de la « Déesse de la démocratie » face au portrait de Mao |
| Nuit du 3 au 4 juin | Les troupes et les chars avancent vers la place en tirant ; la place est évacuée à l’aube |
| 5 juin | Un homme seul arrête une colonne de chars sur l’avenue Chang’an |
Les revendications
Le mouvement n’est pas homogène et ne réclame pas en majorité la fin du régime communiste. Les principales demandes sont : dialogue avec les dirigeants, liberté de la presse et d’expression, lutte contre la corruption, réhabilitation de Hu Yaobang, meilleures conditions pour les étudiants et les intellectuels. Des ouvriers forment des syndicats autonomes, ce qui inquiète particulièrement le pouvoir. Le mouvement s’étend à des dizaines d’autres villes chinoises.
La répression
Le Politburo est divisé : Zhao Ziyang veut négocier, le Premier ministre Li Peng veut la fermeté. Deng Xiaoping tranche pour la loi martiale. Dans la nuit du 3 au 4 juin, des dizaines de milliers de soldats entrent dans Pékin. La plupart des victimes tombent dans les avenues qui mènent à la place, notamment à l’ouest, où des habitants tentent de bloquer les troupes. Les derniers étudiants quittent la place à l’aube après négociation.
La photographie de l'« homme au char » (Tank Man), qui se tient seul devant une colonne de chars le 5 juin, devient l’une des images les plus célèbres du XXe siècle ; son identité n’est pas connue avec certitude.
Les conséquences
- Une répression durable : arrestations massives, exécutions de manifestants, surtout ouvriers ; fuite de leaders étudiants vers l’étranger ; Zhao Ziyang reste en résidence surveillée jusqu’à sa mort en 2005.
- Un tabou : en Chine, l’événement est censuré dans les médias, les manuels et sur Internet. Pendant des années, des veillées commémoratives ont eu lieu à Hong Kong chaque 4 juin, jusqu’à leur interdiction en 2020.
- Un choix politique : le parti conserve le monopole du pouvoir tout en accélérant la libéralisation économique à partir de 1992. La Chine devient une grande puissance économique sans démocratisation.
- Les réactions internationales : sanctions occidentales, dont un embargo européen sur les ventes d’armes à la Chine, toujours en vigueur.
Questions fréquentes
Que s’est-il passé sur la place Tiananmen le 4 juin 1989 ?
L’armée chinoise a repris le contrôle de Pékin et de la place, occupée depuis des semaines par des manifestants, en tirant sur la foule. La plupart des morts ont eu lieu dans les rues voisines.
Combien de personnes sont mortes à Tiananmen ?
Le bilan exact est inconnu : de plusieurs centaines à plus d’un millier selon les estimations les plus citées.
Que veut dire Tiananmen ?
« Porte de la paix céleste ». C’est le nom de la porte monumentale de la Cité interdite qui donne sur la place, où Mao a proclamé la République populaire de Chine le 1er octobre 1949.