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Histoire · Histoire de France

L’édit de Nantes

L’édit de Nantes, signé par Henri IV en avril 1598, met fin aux guerres de religion en accordant aux protestants la liberté de conscience et un culte limité. Louis XIV le révoque en 1685.

Mis à jour le 4 min de lecture

L'édit de Nantes est un édit de pacification signé par Henri IV à Nantes en avril 1598. Il clôt les guerres de religion en organisant la coexistence entre la majorité catholique et la minorité protestante (environ un million de personnes, soit autour de 5 % à 6 % de la population). Il reconnaît aux protestants la liberté de conscience, une liberté de culte encadrée, l'égalité civile et des garanties militaires. Rogné sous Louis XIII, il est révoqué par Louis XIV par l'édit de Fontainebleau en octobre 1685.

Contexte : un royaume épuisé

Depuis 1562, huit guerres civiles ont opposé catholiques et protestants. Les précédents édits de pacification (Amboise 1563, Saint-Germain 1570, Beaulieu 1576, Poitiers 1577…) n’ont pas duré. En 1598, Henri IV, converti au catholicisme en 1593, vient de soumettre les derniers chefs de la Ligue, dont le duc de Mercœur en Bretagne : c’est à Nantes, où il reçoit sa soumission, qu’il signe l’édit. La paix avec l’Espagne suit à Vervins (2 mai 1598).

Ce que contient l’édit

L’édit se compose de quatre textes : 92 articles généraux, 56 articles particuliers (secrets) et deux brevets royaux.

DomaineDisposition
ConscienceLiberté de conscience dans tout le royaume : nul ne peut être inquiété pour sa religion
Culte protestantAutorisé dans les lieux où il existait en 1596-1597, dans deux localités par bailliage et chez les seigneurs hauts justiciers ; interdit à Paris et dans un rayon de cinq lieues, ainsi qu’à la cour
Culte catholiqueRétabli partout, y compris dans les régions protestantes
Droits civilsAccès des protestants à tous les offices et emplois, aux écoles, universités et hôpitaux
JusticeChambres mi-parties, composées de juges des deux religions, pour juger les affaires concernant des protestants
Garanties (brevets)Environ 150 places de sûreté avec garnisons protestantes payées par le roi, pour huit ans ; subvention aux pasteurs
AmnistieOubli des faits commis pendant les troubles

Le temple de Paris est installé à Charenton, hors du rayon d’interdiction.

Une tolérance limitée

L’édit de Nantes n’établit pas la liberté religieuse au sens moderne. Le catholicisme reste la religion du roi et de l’État ; les protestants doivent payer la dîme, respecter les fêtes catholiques et ne peuvent célébrer leur culte que là où l’édit l’autorise. Il s’agit d’une tolérance civile destinée à rétablir l’ordre, en attendant, dans l’esprit des contemporains, le retour à l’unité religieuse. Le parlement de Paris ne l’enregistre qu’en février 1599, sous la pression du roi, et certains parlements de province plus tard encore.

Le démantèlement progressif

Sous Louis XIII et Richelieu

Les places de sûreté font des protestants une force politique et militaire, un « État dans l’État » selon leurs adversaires. Après plusieurs soulèvements, le cardinal de Richelieu assiège La Rochelle (1627-1628), qui capitule après plus d’un an. La paix d’Alès (édit de grâce, 1629) supprime les places de sûreté mais maintient la liberté de culte.

Sous Louis XIV

À partir des années 1660, Louis XIV applique l’édit de manière de plus en plus restrictive : destruction de temples, exclusion de professions, caisse des conversions. À partir de 1681, les dragonnades consistent à loger des soldats chez les familles protestantes pour les forcer à abjurer. Constatant ces conversions massives, le roi proclame que l’édit n’a plus d’objet.

La révocation (1685)

Par l'édit de Fontainebleau, en octobre 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes :

  • interdiction du culte protestant et destruction des temples ;
  • expulsion des pasteurs qui refusent de se convertir ;
  • baptême et éducation catholiques obligatoires des enfants ;
  • interdiction pour les fidèles de quitter le royaume, sous peine de galères.

Malgré l’interdiction, entre 150 000 et 200 000 huguenots fuient vers les Provinces-Unies, l’Angleterre, la Suisse et la Prusse : c’est le Refuge. Cet exode prive la France d’artisans, de négociants et d’officiers, et nourrit dans l’Europe protestante l’hostilité à Louis XIV. Dans les Cévennes, la guerre des Camisards (1702-1704) témoigne de la résistance protestante.

Après la révocation

Les protestants restent dans la clandestinité (« Église du Désert ») jusqu’à l'édit de tolérance de Louis XVI (1787), qui leur rend un état civil. La Déclaration des droits de l’homme de 1789 proclame ensuite que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses.

Questions fréquentes

Quelle est la date de l’édit de Nantes ?

Avril 1598. La date traditionnellement retenue est le 13 avril 1598 ; certains historiens situent la signature à la fin du mois. Il est enregistré par le parlement de Paris en février 1599.

Pourquoi Louis XIV a-t-il révoqué l’édit de Nantes ?

Pour rétablir l’unité religieuse du royaume, selon le principe « une foi, une loi, un roi », et parce qu’il pensait que les conversions obtenues par la pression avaient rendu l’édit inutile. Le contexte de dévotion de la cour et le désir de se poser en champion du catholicisme ont aussi joué.

Qui sont les huguenots ?

C’est le nom donné aux protestants calvinistes français aux XVIe et XVIIe siècles. Le mot viendrait de l’allemand Eidgenossen (« confédérés »), par l’intermédiaire des Genevois.

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