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Histoire · Histoire de France

Le Front populaire

Le Front populaire est une coalition des partis de gauche (socialistes, radicaux, communistes) qui gagne les élections de 1936. Le gouvernement de Léon Blum instaure les congés payés et la semaine de 40 heures.

Mis à jour le 6 min de lecture

Le Front populaire est l’alliance électorale et politique formée en 1935 par la SFIO (socialistes), le Parti radical et le Parti communiste, avec le soutien des syndicats et de nombreuses associations, pour lutter contre le fascisme et la crise économique. Victorieux aux élections législatives d'avril-mai 1936, il porte au pouvoir Léon Blum, premier socialiste à diriger le gouvernement français, le 4 juin 1936. Porté par une immense vague de grèves, le gouvernement obtient en quelques semaines des réformes sociales majeures : accords Matignon, congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives. Confronté aux difficultés économiques et à la guerre d’Espagne, le Front populaire se délite en 1937-1938.

Chronologie

DateÉvénement
6 février 1934Émeute antiparlementaire des ligues à Paris
12 février 1934Grève générale et manifestations antifascistes
27 juillet 1934Pacte d’unité d’action entre socialistes et communistes
14 juillet 1935Grand rassemblement populaire ; serment du Front populaire
Janvier 1936Publication du programme commun
26 avril et 3 mai 1936Élections législatives : victoire du Front populaire
Mai-juin 1936Grèves avec occupations d’usines
4 juin 1936Léon Blum président du Conseil
7-8 juin 1936Accords Matignon
20-21 juin 1936Lois sur les congés payés et la semaine de 40 heures
Juillet 1936Début de la guerre d’Espagne
Août 1936Choix de la non-intervention en Espagne ; nationalisation des industries d’armement ; Office du blé
Septembre-octobre 1936Dévaluation du franc
13 février 1937Blum annonce une « pause » dans les réformes
21-22 juin 1937Démission de Blum, mis en minorité au Sénat
1er janvier 1938Création de la SNCF
Mars – avril 1938Second gouvernement Blum
Avril – novembre 1938Gouvernement Daladier ; remise en cause des 40 heures

Les origines

La crise et la peur du fascisme

La crise de 1929 touche la France à partir de 1931 : chômage, baisse des prix agricoles, déflation. La vie politique est discréditée par les scandales, notamment l’affaire Stavisky. Le 6 février 1934, des ligues d’extrême droite et d’anciens combattants manifestent violemment devant la Chambre des députés ; la nuit fait une quinzaine de morts. La gauche y voit une tentative de coup de force fasciste, dans une Europe où Mussolini et Hitler sont au pouvoir (voir montée des totalitarismes).

L’union des gauches

Le 12 février 1934, socialistes et communistes défilent ensemble. Sur ordre de Moscou, qui change de stratégie face au nazisme, le Parti communiste de Maurice Thorez se rapproche de la SFIO. Le pacte d’unité d’action est signé en juillet 1934, puis élargi aux radicaux d'Édouard Daladier. Le 14 juillet 1935, des centaines de milliers de personnes défilent à Paris. Le programme commun, publié en janvier 1936, porte la devise « Le pain, la paix, la liberté ». La CGT et la CGTU, syndicats rivaux, se réunifient en mars 1936.

La victoire de 1936 et les grèves

Les élections des 26 avril et 3 mai 1936 donnent une nette majorité au Front populaire. Pour la première fois, la SFIO est le premier groupe de la Chambre ; les communistes progressent fortement mais refusent de participer au gouvernement. Léon Blum forme le gouvernement le 4 juin ; il y nomme trois femmes sous-secrétaires d’État (Irène Joliot-Curie, Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore), alors que les femmes n’ont pas encore le droit de vote.

Dès la mi-mai, une vague de grèves avec occupation d’usines, joyeuse et pacifique, touche tout le pays : elle concerne près de deux millions de grévistes en juin. Le patronat, inquiet, accepte de négocier.

Les réformes

Les accords Matignon (7-8 juin 1936)

Signés à l’hôtel Matignon entre la CGT et la Confédération générale de la production française, sous l’arbitrage de Blum, ils prévoient :

  • des augmentations de salaires de 7 à 15 % ;
  • la généralisation des conventions collectives ;
  • l’élection de délégués du personnel dans les entreprises de plus de dix salariés ;
  • le respect de la liberté syndicale.

Les grandes lois sociales

RéformeDateContenu
Congés payésLoi du 20 juin 1936Deux semaines de congés payés par an pour les salariés
Semaine de 40 heuresLoi du 21 juin 1936Durée légale du travail ramenée de 48 à 40 heures sans baisse de salaire
Conventions collectivesLoi du 24 juin 1936Cadre légal des accords entre syndicats et patronat
ScolaritéAoût 1936Obligation scolaire prolongée jusqu’à 14 ans (loi Jean Zay)
Office du bléAoût 1936Prix du blé garanti aux agriculteurs
Banque de FranceJuillet 1936Réforme réduisant le pouvoir des « deux cents familles »
ArmementAoût 1936Nationalisation des industries d’armement
Ligues18 juin 1936Dissolution des ligues d’extrême droite (loi de janvier 1936)

Le sous-secrétaire d’État aux Loisirs Léo Lagrange crée des billets de train à tarif réduit pour les congés : à l’été 1936, des centaines de milliers d’ouvriers découvrent la mer ou la montagne. Les auberges de jeunesse se développent.

Les difficultés et l’échec

  • L’économie : la hausse des salaires est absorbée par l’inflation ; la production stagne ; les capitaux fuient. Le gouvernement doit dévaluer le franc à l’automne 1936.
  • La guerre d’Espagne : à partir de juillet 1936, Blum hésite à aider la République espagnole face aux troupes de Franco, soutenues par Hitler et Mussolini. Sous la pression des radicaux et du Royaume-Uni, il choisit la non-intervention, ce qui divise la gauche et provoque l’opposition des communistes.
  • L’hostilité de la droite : une presse violemment hostile, souvent antisémite, attaque Blum ; le ministre de l’Intérieur Roger Salengro, victime d’une campagne de calomnie, se suicide en novembre 1936.
  • Le Sénat : il refuse en juin 1937 les pleins pouvoirs financiers à Blum, qui démissionne.

Après un second gouvernement Blum éphémère en mars-avril 1938, le radical Daladier gouverne avec le centre et la droite ; il assouplit les 40 heures (décrets Reynaud de novembre 1938) et brise la grève générale du 30 novembre 1938. Le Front populaire est terminé.

Le bilan

Le Front populaire a duré peu de temps, mais il laisse un héritage social et symbolique considérable : congés payés (portés à trois semaines en 1956, quatre en 1969 et cinq en 1982), délégués du personnel, conventions collectives, SNCF (créée le 1er janvier 1938), démocratisation des loisirs, du sport et de la culture. Il reste une référence pour la gauche française. Ses adversaires lui ont reproché d’avoir affaibli l’économie et le réarmement face à l’Allemagne ; Léon Blum sera d’ailleurs accusé au procès de Riom par le régime de Vichy, qu’il retourne en accusation contre ses juges.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Front populaire ?

Une coalition des partis de gauche (socialistes, radicaux, communistes) formée en 1935 contre le fascisme et la crise, victorieuse aux élections de 1936. Elle a gouverné la France de juin 1936 à avril 1938.

Qui a créé les congés payés en France ?

Le gouvernement du Front populaire de Léon Blum, par la loi du 20 juin 1936, qui accorde deux semaines de congés payés par an aux salariés.

Pourquoi le Front populaire a-t-il échoué ?

En raison des difficultés économiques (inflation, fuite des capitaux, dévaluation), des divisions sur la guerre d’Espagne et de l’opposition du Sénat, qui a provoqué la démission de Léon Blum en juin 1937.

Qui était Léon Blum ?

Le dirigeant de la SFIO (1872-1950), premier socialiste et premier juif président du Conseil en France, en 1936. Déporté par les nazis pendant la guerre, il dirige brièvement le Gouvernement provisoire en 1946-1947.

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