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Histoire · Histoire de France

La loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État

La loi du 9 décembre 1905 sépare les Églises et l’État en France. Elle garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, et met fin au financement public des cultes. Elle fonde la laïcité française.

Mis à jour le 5 min de lecture

La loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État met fin au Concordat de 1801, qui organisait depuis Napoléon les relations entre l’État et les cultes reconnus (catholique, protestants réformé et luthérien, israélite). Préparée par le député Aristide Briand, rapporteur de la commission, elle repose sur deux principes énoncés dans ses deux premiers articles : la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes ; elle ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Elle est l’acte fondateur de la laïcité à la française, inscrite dans la Constitution depuis 1946.

Chronologie

DateÉvénement
1789-1790Liberté religieuse (DDHC, art. 10) ; nationalisation des biens du clergé ; Constitution civile du clergé
1792Laïcisation de l’état civil
15 juillet 1801Signature du Concordat entre Bonaparte et Pie VII
1881-1882Lois Ferry : école publique gratuite, obligatoire et laïque
1886Loi Goblet : laïcisation du personnel des écoles publiques
1901Loi sur les associations, contraignante pour les congrégations
1904Interdiction d’enseigner aux congrégations ; rupture des relations diplomatiques avec le Vatican
3 juillet 1905Adoption de la loi par la Chambre des députés
6 décembre 1905Adoption par le Sénat
9 décembre 1905Promulgation de la loi
Février 1906Encyclique Vehementer nos de Pie X condamnant la loi
1906Querelle des inventaires
1907Lois facilitant l’exercice public du culte catholique
1921Reprise des relations diplomatiques avec le Saint-Siège
1946 et 1958La laïcité est inscrite dans la Constitution

Le contexte : un long conflit entre la République et l’Église

Depuis la Révolution française, la France est déchirée par le conflit entre l’héritage révolutionnaire et l’Église catholique, souvent alliée des monarchistes. Sous la IIIe République, les républicains veulent soustraire l’école et l’État à l’influence du clergé : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! », lance Gambetta en 1877. Les lois Ferry laïcisent l’école publique.

L'affaire Dreyfus, où une partie de la presse catholique (notamment La Croix des assomptionnistes) s’engage dans le camp antidreyfusard, ravive l’anticléricalisme. Le gouvernement d'Émile Combes (1902-1905) mène une politique hostile aux congrégations religieuses : fermeture de milliers d’écoles congréganistes, interdiction d’enseigner (1904). La rupture des relations diplomatiques avec le Vatican, en 1904, rend le Concordat inapplicable et ouvre la voie à la séparation.

Les principaux acteurs

ActeurRôle
Aristide BriandDéputé socialiste, rapporteur de la commission ; défend une loi de compromis et de liberté
Jean JaurèsChef socialiste, soutient la version libérale de Briand
Émile CombesPrésident du Conseil anticlérical, partisan d’une séparation plus contraignante
Ferdinand BuissonPrésident de la commission, figure de la laïcité scolaire
Maurice RouvierPrésident du Conseil au moment du vote
Pie XPape, condamne la loi

Briand fait prévaloir une loi libérale : l’article 4 confie les biens des Églises à des associations cultuelles constituées « en se conformant aux règles d’organisation générale du culte » qu’elles se proposent d’assurer, ce qui respecte la hiérarchie catholique.

Le contenu de la loi

ArticleContenu
Article 1« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. »
Article 2« La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » Des aumôneries peuvent être financées pour garantir le libre exercice des cultes dans les établissements publics (lycées, hôpitaux, prisons)
Articles 3 à 17Inventaire des biens ; transfert aux associations cultuelles ; les édifices du culte sont laissés gratuitement à la disposition des fidèles
Articles 18 à 24Statut des associations cultuelles
Articles 25 à 36Police des cultes : réunions publiques, sonneries de cloches, interdiction des signes religieux sur les monuments publics érigés après 1905 (sauf exceptions), protection contre les pressions

Les ministres des cultes ne sont plus payés par l’État. Les cathédrales restent propriété de l’État, les églises construites avant 1905 deviennent propriété des communes, qui en assurent l’entretien, tout en étant affectées au culte.

L’application et les résistances

Le pape Pie X condamne la loi par l’encyclique Vehementer nos (février 1906) et interdit aux catholiques de former des associations cultuelles. Les inventaires des biens des églises provoquent des affrontements, surtout dans l’Ouest et le Nord, qui font un mort à Boeschepe (Nord) en mars 1906. Le président du Conseil Clemenceau suspend alors les inventaires là où ils menacent l’ordre public. Des lois de 1907 permettent au culte catholique de continuer dans les églises sans associations cultuelles. La paix religieuse s’installe progressivement ; des associations diocésaines, acceptées par le pape en 1924, règlent la question.

Une exception : l’Alsace-Moselle

L'Alsace et la Moselle étaient allemandes en 1905. Revenues à la France en 1918, elles ont conservé le régime concordataire : les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite y sont reconnus, et leurs ministres rémunérés par l’État. Le Conseil constitutionnel a jugé en 2013 ce régime conforme à la Constitution. D’autres régimes particuliers existent outre-mer, comme en Guyane.

La laïcité aujourd’hui

La loi de 1905 reste en vigueur, modifiée à plusieurs reprises, notamment par la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République ». La laïcité s’est enrichie d’autres textes :

  • Loi du 15 mars 2004 : interdiction des signes religieux ostensibles dans les écoles, collèges et lycées publics.
  • Loi du 11 octobre 2010 : interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public.
  • Neutralité des agents publics, qui ne peuvent manifester leurs convictions religieuses dans l’exercice de leurs fonctions ; les usagers, eux, restent libres de le faire, sauf exceptions prévues par la loi.

Le 9 décembre, date anniversaire de la loi, est célébré comme journée de la laïcité dans les établissements scolaires.

Questions fréquentes

Que dit l’article 1 de la loi de 1905 ?

« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. »

Le mot « laïcité » figure-t-il dans la loi de 1905 ?

Non. Le mot n’y apparaît pas. Il est inscrit dans la Constitution de 1946, puis à l’article 1er de la Constitution de 1958.

Pourquoi la loi de 1905 ne s’applique-t-elle pas en Alsace-Moselle ?

Parce que ces territoires appartenaient à l’Allemagne en 1905. Lors de leur retour à la France en 1918, la population a souhaité conserver le Concordat, qui y est toujours appliqué.

Qui entretient les églises en France ?

Les églises construites avant 1905 appartiennent aux communes, qui peuvent financer leur entretien ; les cathédrales appartiennent à l’État. Les édifices construits après 1905 appartiennent en général aux associations diocésaines ou cultuelles.

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