Histoire · Histoire de France
La guerre d’Algérie
La guerre d’Algérie oppose de 1954 à 1962 l’armée française aux indépendantistes algériens du FLN. Elle aboutit aux accords d’Évian et à l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962.
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La guerre d’Algérie commence le 1er novembre 1954, avec une série d’attentats coordonnés par le Front de libération nationale (FLN), la « Toussaint rouge », et s’achève avec le cessez-le-feu du 19 mars 1962, issu des accords d’Évian, puis l'indépendance proclamée le 5 juillet 1962. Longtemps qualifiée officiellement d'« événements » ou d'« opérations de maintien de l’ordre », elle n’est reconnue comme une guerre par la loi française qu’en 1999. Ce conflit de décolonisation, marqué par le terrorisme, la torture et des violences contre les civils, provoque la chute de la IVe République et le retour au pouvoir du général de Gaulle. Il laisse des mémoires douloureuses des deux côtés de la Méditerranée.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 5 juillet 1830 | Prise d’Alger : début de la colonisation |
| 1848 | L’Algérie est divisée en trois départements français |
| 8 mai 1945 | Répression des émeutes de Sétif et Guelma |
| 1er novembre 1954 | Toussaint rouge : début de l’insurrection |
| 20 août 1955 | Massacres du Constantinois et répression |
| Mars 1956 | Indépendance du Maroc et de la Tunisie ; vote des « pouvoirs spéciaux » |
| Août 1956 | Congrès de la Soummam du FLN |
| Janvier – octobre 1957 | Bataille d’Alger |
| 13 mai 1958 | Émeute à Alger ; Comité de salut public |
| 1er juin 1958 | De Gaulle investi président du Conseil |
| 4 juin 1958 | « Je vous ai compris » à Alger |
| Septembre 1958 | Création du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) |
| 16 septembre 1959 | De Gaulle reconnaît le droit à l’autodétermination |
| Janvier 1960 | Semaine des barricades à Alger |
| 8 janvier 1961 | Référendum : 75 % de oui à l’autodétermination |
| 21-25 avril 1961 | Putsch des généraux |
| 17 octobre 1961 | Répression sanglante d’une manifestation algérienne à Paris |
| 8 février 1962 | Manifestation de Charonne à Paris (9 morts) |
| 18 mars 1962 | Signature des accords d’Évian |
| 19 mars 1962 | Cessez-le-feu |
| 26 mars 1962 | Fusillade de la rue d’Isly à Alger |
| 8 avril 1962 | Référendum en métropole : 90,8 % de oui aux accords |
| 1er juillet 1962 | Référendum d’autodétermination en Algérie : 99,7 % pour l’indépendance |
| 5 juillet 1962 | Proclamation de l’indépendance ; massacres d’Européens à Oran |
Les causes de la guerre
Une colonisation de peuplement
Conquise à partir de 1830 au prix d’une guerre longue et violente, l’Algérie est rattachée administrativement à la France sous forme de départements. C’est une colonie de peuplement : en 1954, environ 1 million d’Européens (les futurs « pieds-noirs ») y vivent aux côtés d’environ 8,5 millions d’Algériens musulmans. Voir colonisation.
Une société profondément inégalitaire
Les Européens détiennent les meilleures terres, l’essentiel de la richesse et du pouvoir. Les Algériens musulmans, longtemps sujets soumis au Code de l’indigénat, n’ont qu’une représentation politique très réduite : le statut de 1947 crée une Assemblée algérienne élue par deux collèges de poids égal, l’un pour environ un million d’Européens et d’assimilés, l’autre pour plus de sept millions de musulmans. Les élections sont truquées. La grande majorité des Algériens est pauvre et très peu scolarisée.
L’essor du nationalisme
Le nationalisme algérien se structure dans l’entre-deux-guerres (Étoile nord-africaine puis Parti du peuple algérien de Messali Hadj, Ferhat Abbas, oulémas réformistes). Le 8 mai 1945, des manifestations nationalistes à Sétif et Guelma dégénèrent en émeutes qui tuent une centaine d’Européens ; la répression fait plusieurs milliers de morts algériens (de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers selon les sources). La défaite française en Indochine (Diên Biên Phu, mai 1954) montre qu’une armée coloniale peut être vaincue.
Le déroulement de la guerre
1954-1958 : l’engrenage
Le 1er novembre 1954, le FLN lance une trentaine d’attentats et appelle à l’indépendance. Le gouvernement Mendès France répond : « L’Algérie, c’est la France. » La guerre s’intensifie : massacres du Constantinois en août 1955, suivis d’une répression massive. En mars 1956, le gouvernement de Guy Mollet obtient les pouvoirs spéciaux et envoie le contingent : les appelés du service militaire. Environ 1,5 million de jeunes Français servent en Algérie pendant la guerre.
En 1957, pendant la bataille d’Alger, les parachutistes du général Massu démantèlent les réseaux du FLN, en recourant massivement à la torture et aux disparitions forcées (affaire Maurice Audin). L’armée construit des barrages électrifiés aux frontières (ligne Morice) et regroupe de force des populations rurales dans des camps (plus de deux millions de personnes déplacées). Le FLN pratique le terrorisme contre les civils européens et contre les Algériens qui refusent son autorité, et combat le mouvement rival de Messali Hadj, le MNA.
1958 : la chute de la IVe République
Le 13 mai 1958, à Alger, des manifestants européens prennent le siège du gouvernement général et forment, avec des militaires, un Comité de salut public qui réclame le retour du général de Gaulle. La IVe République cède : de Gaulle est investi le 1er juin et fonde la Ve République.
1958-1962 : vers l’indépendance
Le plan Challe (1959) affaiblit militairement l’ALN, la branche armée du FLN, mais la guerre ne peut être gagnée politiquement. De Gaulle reconnaît le droit des Algériens à l'autodétermination le 16 septembre 1959. Les partisans de l’Algérie française se révoltent : semaine des barricades (janvier 1960), putsch des généraux Challe, Jouhaud, Salan et Zeller (21-25 avril 1961), qui échoue, création de l'Organisation armée secrète (OAS), qui multiplie les attentats en Algérie et en métropole. Le 17 octobre 1961, à Paris, la police réprime une manifestation pacifique d’Algériens organisée par le FLN : des dizaines de manifestants sont tués, certains jetés dans la Seine.
Les accords d’Évian, signés le 18 mars 1962, prévoient un cessez-le-feu le lendemain et l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Approuvés en métropole le 8 avril, ils sont suivis du vote des Algériens le 1er juillet. L’Algérie proclame son indépendance le 5 juillet 1962.
Le bilan
| Bilan | Estimation |
|---|---|
| Militaires français tués | environ 25 000 à 30 000 |
| Algériens tués (combattants et civils) | estimé par les historiens autour de 250 000 à 300 000 ; l’État algérien avance 1,5 million |
| Civils européens tués ou disparus | plusieurs milliers |
| Harkis tués après l’indépendance | plusieurs dizaines de milliers selon les estimations |
| Pieds-noirs rapatriés en France | environ 800 000 en 1962 |
Les conséquences
- L’indépendance de l’Algérie, dirigée par le FLN, parti unique ; Ahmed Ben Bella devient le premier président, renversé par Houari Boumediene en 1965.
- L’exode des pieds-noirs : en quelques mois, la quasi-totalité des Européens d’Algérie quitte le pays.
- Le drame des harkis : les Algériens ayant combattu aux côtés de l’armée française sont en grande partie abandonnés ; des dizaines de milliers sont massacrés. Ceux qui rejoignent la France sont souvent parqués dans des camps.
- En France, la guerre a renforcé le pouvoir exécutif et laissé des mémoires concurrentes : appelés, pieds-noirs, harkis, immigrés algériens. Une loi d'octobre 1999 reconnaît officiellement l’expression « guerre d’Algérie ». En 2018, le président Macron reconnaît la responsabilité de l’État dans la mort de Maurice Audin et l’existence d’un système de torture.
Ce conflit s’inscrit dans le mouvement mondial de décolonisation et a profondément marqué la Ve République naissante et la présidence de Charles de Gaulle.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates de la guerre d’Algérie ?
Du 1er novembre 1954 (Toussaint rouge) au 19 mars 1962 (cessez-le-feu), l’indépendance étant proclamée le 5 juillet 1962. Les violences se sont poursuivies après le cessez-le-feu, jusqu’à l’été 1962.
Qu’est-ce que les accords d’Évian ?
Signés le 18 mars 1962 entre le gouvernement français et le GPRA, ils prévoient le cessez-le-feu, un référendum d’autodétermination et des garanties pour les Européens d’Algérie et les intérêts français (bases militaires, pétrole du Sahara).
Qui sont les harkis ?
Des Algériens musulmans qui ont servi dans l’armée française comme supplétifs pendant la guerre. Abandonnés en grande partie après l’indépendance, beaucoup ont été tués ; d’autres ont été accueillis en France dans des conditions difficiles. En 2022, une loi a reconnu la responsabilité de la Nation dans leur sort.
Pourquoi parle-t-on longtemps des « événements d’Algérie » ?
Parce que l’Algérie était juridiquement composée de départements français : l’État parlait d’opérations de maintien de l’ordre et non de guerre. La loi du 18 octobre 1999 a officialisé l’expression « guerre d’Algérie ».