Histoire · Histoire de France
Philippe Auguste
Philippe II Auguste (1165-1223) est le roi capétien qui, de 1180 à 1223, arrache la Normandie aux Plantagenêts, remporte la bataille de Bouvines (1214) et fait du roi le maître de son royaume.
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Philippe II, dit Philippe Auguste (1165-1223), est le septième roi capétien. En quarante-trois ans de règne (1180-1223), il fait passer la monarchie d’une puissance moyenne à la première du royaume : il enlève au roi d’Angleterre la Normandie, l’Anjou, le Maine et la Touraine, écrase une coalition à Bouvines le 27 juillet 1214 et dote la royauté d’une administration. Il est aussi le premier roi à se faire appeler régulièrement roi de France (rex Franciae) et non plus roi des Francs.
Repères
| Date | Événement |
|---|---|
| 21 août 1165 | Naissance, fils de Louis VII et d’Adèle de Champagne |
| 1er novembre 1179 | Sacré à Reims du vivant de son père |
| 18 septembre 1180 | Devient seul roi à la mort de Louis VII |
| 1190-1191 | Troisième croisade avec Richard Cœur de Lion |
| Vers 1190 | Début de l’enceinte de Paris et du château du Louvre |
| 1193 | Mariage avec Ingeburge de Danemark, répudiée le lendemain |
| 1200 | Interdit pontifical sur le royaume ; privilèges accordés à l’université de Paris |
| 1202 | La cour du roi confisque les fiefs français de Jean sans Terre |
| 1204 | Prise de Château-Gaillard et de Rouen : la Normandie est française |
| 27 juillet 1214 | Victoire de Bouvines |
| 14 juillet 1223 | Mort à Mantes ; inhumé à Saint-Denis |
Le roi face à l'« empire Plantagenêt »
À l’avènement de Philippe, le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt contrôle, comme vassal du roi de France, plus de la moitié ouest du royaume : Normandie, Anjou, Maine, Touraine et Aquitaine, apportée par son mariage avec Aliénor, ex-épouse de Louis VII. Le domaine royal capétien est nettement plus petit.
Philippe exploite les divisions des Plantagenêts. Il soutient les fils révoltés d’Henri II, dont Richard Cœur de Lion, avec qui il part à la troisième croisade (prise d’Acre en juillet 1191). Rentré tôt, il profite de la captivité de Richard pour attaquer la Normandie, mais Richard, libéré en 1194, le bat à Fréteval, où Philippe perd ses archives, puis construit la forteresse de Château-Gaillard.
La conquête de la Normandie
Après la mort de Richard (1199), son frère Jean sans Terre lui succède. Philippe utilise le droit féodal : saisie par les vassaux de Jean, la cour du roi de France condamne celui-ci en 1202 à la commise, confiscation de ses fiefs pour manquement à ses devoirs de vassal. Philippe passe à l’action : Château-Gaillard tombe en mars 1204, Rouen en juin. Le Maine, l’Anjou et la Touraine suivent. Le domaine royal est multiplié par trois ou quatre selon les estimations.
Bouvines (1214)
Jean sans Terre organise une coalition avec l’empereur Otton IV, le comte de Flandre Ferrand et le comte Renaud de Boulogne. L’attaque doit venir de deux côtés :
- au sud-ouest, Jean est mis en fuite par le prince Louis, fils de Philippe, à La Roche-aux-Moines, près d’Angers, le 2 juillet 1214 ;
- au nord, Philippe affronte les coalisés à Bouvines, entre Lille et Tournai, le dimanche 27 juillet 1214. Le roi est jeté à bas de son cheval mais l’armée française, avec ses chevaliers et les milices communales, l’emporte. Ferrand et Renaud sont faits prisonniers, Otton s’enfuit.
Bouvines consolide les conquêtes, provoque la chute d’Otton IV au profit de Frédéric II et, en Angleterre, affaiblit Jean, contraint d’accorder la Grande Charte (Magna Carta) en 1215. Le retour triomphal du roi à Paris a souvent été présenté comme l’un des premiers moments d’élan « national », une lecture aujourd’hui nuancée.
Gouverner le royaume
Philippe Auguste crée les outils d’un État :
- les baillis dans le nord et les sénéchaux dans le sud, agents royaux rémunérés et révocables, qui rendent la justice, lèvent les revenus et convoquent l’armée ;
- des archives royales conservées à Paris, constituées après la perte de Fréteval ;
- des registres de fiefs et de revenus, et un trésor gardé par les Templiers au Temple de Paris ;
- l’appui aux communes urbaines, alliées contre les seigneurs.
Paris, capitale
Avant de partir en croisade, Philippe ordonne en 1190 la construction d’une enceinte autour de Paris, sur les deux rives, et d’une forteresse, le Louvre, pour protéger la ville vers l’ouest. Il fait paver certaines rues, aménage les halles et accorde en 1200 des privilèges aux maîtres et étudiants, à l’origine de l'université de Paris. Voir histoire de Paris.
Une vie conjugale tumultueuse
Veuf d'Isabelle de Hainaut (morte en 1190), qui lui a apporté l’Artois et donné le futur Louis VIII, Philippe épouse en 1193 Ingeburge de Danemark, qu’il répudie dès le lendemain des noces pour des raisons restées obscures. Il se remarie avec Agnès de Méranie ; le pape Innocent III jette l'interdit sur le royaume en 1200. Philippe finit par reprendre Ingeburge en 1213.
Questions fréquentes
Pourquoi l’appelle-t-on « Auguste » ?
Le surnom lui est donné par son chroniqueur, le moine Rigord de Saint-Denis : comme les empereurs romains, il a « augmenté » (augere) le royaume. Rigord rappelle aussi qu’il est né au mois d’août.
Qu’est-ce que la bataille de Bouvines ?
La victoire de Philippe Auguste, le 27 juillet 1214, sur une coalition réunissant l’empereur Otton IV, les comtes de Flandre et de Boulogne, alliés du roi d’Angleterre. Elle assure à la France la conquête de la Normandie et de l’Anjou.
Que reste-t-il de l’enceinte de Philippe Auguste ?
Plusieurs vestiges visibles à Paris, notamment rue des Jardins-Saint-Paul (Marais), dans la cour du Commerce-Saint-André et sous le musée du Louvre, où l’on peut voir les fondations du château médiéval.