Histoire · Histoire de France
Philippe le Bel
Philippe IV le Bel (1268-1314), roi de France de 1285 à 1314, renforce l’État royal avec ses légistes, s’oppose au pape Boniface VIII, réunit les premiers États généraux et fait détruire l’ordre du Temple.
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Philippe IV, dit Philippe le Bel (1268-1314), petit-fils de Saint Louis, règne de 1285 à 1314. Roi froid et énigmatique, entouré de juristes formés au droit romain, les légistes, il affirme la souveraineté du roi face au pape et aux grands féodaux. Son règne est marqué par le conflit avec le pape Boniface VIII, la réunion des premiers États généraux (1302), les difficultés financières et le procès des Templiers (1307-1314). Ses trois fils régneront après lui sans laisser d’héritier mâle : ce sont les « rois maudits ».
Repères
| Date | Événement |
|---|---|
| 1268 | Naissance à Fontainebleau |
| 1284 | Mariage avec Jeanne, reine de Navarre et comtesse de Champagne |
| 1285 | Devient roi à la mort de Philippe III |
| 1296 | Bulle Clericis laicos : le pape interdit de taxer le clergé sans son accord |
| 1302 | Premiers États généraux à Paris ; défaite de Courtrai face aux Flamands |
| 1303 | Attentat d’Anagni contre Boniface VIII |
| 1304 | Victoire de Mons-en-Pévèle sur les Flamands |
| 1306 | Expulsion des Juifs du royaume et confiscation de leurs biens |
| 13 octobre 1307 | Arrestation des Templiers dans tout le royaume |
| 1309 | Le pape Clément V s’installe à Avignon |
| 1312 | Suppression de l’ordre du Temple au concile de Vienne ; rattachement de Lyon |
| Mars 1314 | Exécution du grand maître Jacques de Molay |
| 1314 | Scandale de la tour de Nesle |
| 29 novembre 1314 | Mort à Fontainebleau |
Le gouvernement des légistes
Philippe le Bel gouverne avec des conseillers issus de la petite noblesse ou de la bourgeoisie, formés au droit romain dans les universités : Pierre Flote, Guillaume de Nogaret, Enguerrand de Marigny. Ils défendent l’idée que « le roi est empereur en son royaume » : il ne reconnaît aucun supérieur au temporel, ni l’empereur ni le pape. L’administration se spécialise : le Parlement pour la justice, la Chambre des comptes pour les finances.
Le conflit avec Boniface VIII
Pour financer ses guerres contre l’Angleterre en Guyenne et contre la Flandre, le roi taxe le clergé. Le pape Boniface VIII s’y oppose par la bulle Clericis laicos (1296), puis le conflit se durcit en 1301 après l’arrestation d’un évêque. Pour obtenir le soutien du royaume, Philippe réunit à Notre-Dame de Paris, en avril 1302, une assemblée des trois ordres (clergé, noblesse et représentants des villes) : ce sont les premiers États généraux. Le pape répond par la bulle Unam sanctam (1302), qui affirme la supériorité du pouvoir spirituel.
En septembre 1303, Nogaret, allié à la famille romaine des Colonna, surprend le pape dans sa résidence d'Anagni pour l’arrêter et le faire juger : c’est l'attentat d’Anagni. Boniface est libéré par la population mais meurt un mois plus tard. En 1305 est élu un pape d’origine gasconne, Clément V, qui s’installe en 1309 à Avignon, où la papauté restera jusqu’en 1377.
L’argent du roi
Les besoins financiers de la monarchie sont considérables. Philippe le Bel recourt à des expédients :
- manipulations monétaires (baisse de la teneur en métal précieux), qui lui valent le surnom de « roi faux-monnayeur » ;
- impôts nouveaux et taxes sur les ventes, mal acceptés ;
- expulsion des Juifs (1306) et des banquiers lombards, et confiscation de leurs biens ;
- enfin, la destruction de l’ordre du Temple, créancier de la couronne.
Le procès des Templiers
Un ordre puissant
L'ordre du Temple, fondé à Jérusalem vers 1120 pour protéger les pèlerins, est un ordre militaire et religieux devenu très riche grâce aux donations. Il gère des fonds importants, dont le trésor royal, conservé au Temple de Paris. Après la perte des dernières places de Terre sainte (Acre, 1291), sa raison d’être est contestée.
L’arrestation du 13 octobre 1307
Sur ordre secret du roi, tous les Templiers du royaume sont arrêtés à l’aube du vendredi 13 octobre 1307. Ils sont accusés d’hérésie, de reniement du Christ, de crachat sur la croix et de pratiques obscènes. Sous la torture, la plupart avouent, dont le grand maître Jacques de Molay. Le pape Clément V, sous pression, finit par ouvrir sa propre enquête.
La suppression
En 1310, 54 Templiers qui étaient revenus sur leurs aveux sont brûlés comme relaps près de Paris. Au concile de Vienne, Clément V supprime l’ordre par la bulle Vox in excelso (22 mars 1312), sans le condamner formellement ; ses biens sont attribués aux Hospitaliers. En mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, qui se rétractent publiquement, sont brûlés sur l’île aux Juifs, à la pointe de l’île de la Cité. La légende veut que Molay ait maudit le roi et le pape sur le bûcher ; tous deux meurent dans l’année, ce qui a nourri cette légende, sans source contemporaine fiable.
Les historiens s’accordent à considérer que les accusations étaient sans fondement et que les motivations du roi étaient à la fois financières, politiques (affirmer son autorité sur l’Église) et peut-être religieuses.
La fin du règne et les « rois maudits »
En 1314, le scandale de la tour de Nesle éclate : deux belles-filles du roi, Marguerite et Blanche de Bourgogne, sont reconnues coupables d’adultère et enfermées ; leurs amants sont exécutés. Philippe le Bel meurt le 29 novembre 1314. Ses trois fils, Louis X, Philippe V et Charles IV, règnent successivement jusqu’en 1328 sans fils survivant : la couronne passe aux Valois, ce qui contribue au déclenchement de la guerre de Cent Ans. Voir Capétiens. Le cycle romanesque Les Rois maudits de Maurice Druon (1955-1977) a popularisé cette période.
Questions fréquentes
Pourquoi Philippe le Bel a-t-il fait arrêter les Templiers ?
Les motifs sont multiples : s’emparer de leurs richesses et effacer ses dettes, affirmer l’autorité royale sur un ordre qui ne dépendait que du pape, et se poser en défenseur de la foi. Les accusations d’hérésie étaient très probablement fausses.
Le vendredi 13 porte-t-il malheur à cause des Templiers ?
C’est une explication souvent avancée, mais elle n’est pas démontrée : la superstition du vendredi 13 n’est attestée qu’à partir du XIXe siècle.
Qu’est-ce que l’attentat d’Anagni ?
La tentative d’arrestation du pape Boniface VIII par Guillaume de Nogaret et Sciarra Colonna, en septembre 1303, dans la ville italienne d’Anagni. Elle marque l’humiliation de la papauté face au roi de France.
Pourquoi l’appelle-t-on « le Bel » ?
En raison de sa beauté physique, remarquée par les contemporains. Un évêque adversaire, Bernard Saisset, l’aurait comparé à une statue, belle mais muette.