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La Neuvième Symphonie de Beethoven
La Neuvième, dernière symphonie de Beethoven, créée à Vienne en 1824, est la première grande symphonie avec chœur. Son finale chante l’Ode à la joie de Schiller, devenue l’hymne européen.
Mis à jour le 4 min de lecture
Composée alors que Beethoven est totalement sourd, la Neuvième Symphonie est l’une des œuvres les plus ambitieuses de la musique occidentale. Elle étend la symphonie à une durée inédite (plus d’une heure) et, pour la première fois dans une grande symphonie, fait entrer un chœur et des solistes dans le dernier mouvement. Son thème de l'Ode à la joie est aujourd’hui l’une des mélodies les plus connues au monde.
Les quatre mouvements
| Mouvement | Tempo | Caractère |
|---|---|---|
| 1 | Allegro ma non troppo, un poco maestoso | surgissement mystérieux, puis puissance tragique en ré mineur |
| 2 | Molto vivace | scherzo énergique, avec des coups de timbales célèbres |
| 3 | Adagio molto e cantabile | mouvement lent, méditatif, en variations |
| 4 | Presto – Allegro assai… | finale avec solistes et chœur sur l'Ode à la joie |
Beethoven place le scherzo en deuxième position et le mouvement lent en troisième, inversant l’ordre habituel.
1er mouvement
L’œuvre commence dans le flou : quintes à vide aux cordes, sans tierce, si bien qu’on ne sait pas si l’on est en majeur ou en mineur. Puis le thème principal tombe, fortissimo, en ré mineur. Tout le mouvement est marqué par cette naissance progressive à partir du néant.
2e mouvement
Un scherzo construit en fugato, au rythme obstiné, où les timbales, accordées à l’octave, ont un rôle de soliste. Le trio central, plus pastoral, apporte une détente.
3e mouvement
Une double série de variations, lente et chantante, d’une grande sérénité, interrompue à la fin par des fanfares.
4e mouvement : l’Ode à la joie
Le finale s’ouvre sur un chaos dissonant. Les violoncelles et contrebasses, dans un style de récitatif instrumental, semblent rejeter un à un les thèmes des trois mouvements précédents, qui reviennent brièvement. Puis apparaît, très doucement aux basses, le thème de la joie : une mélodie simple, presque populaire, faite de notes conjointes. Il est repris et amplifié par tout l’orchestre.
Le chaos revient ; le baryton solo intervient alors avec des paroles écrites par Beethoven lui-même, qui invitent à chanter des sons plus joyeux. Le chœur et les solistes entonnent ensuite l'Ode de Schiller, dans une succession de variations : marche « turque » avec piccolo, triangle et cymbales, grand passage choral solennel, double fugue, et une coda d’une énergie exaltée.
La création de 1824
Lors de la première, Beethoven, entièrement sourd, se tient sur scène à côté du chef Michael Umlauf, pour indiquer les tempos. Selon un récit souvent rapporté, à la fin, il continuait de battre la mesure sans entendre les applaudissements ; une chanteuse l’aurait tourné vers le public pour qu’il voie l’ovation. Les détails varient selon les témoins, mais le triomphe de la soirée est attesté.
Une œuvre universelle
- Hymne européen : en 1972, le Conseil de l’Europe adopte le thème de l'Ode à la joie comme hymne, dans un arrangement d’Herbert von Karajan ; il devient en 1985 l’hymne officiel des Communautés européennes, aujourd’hui l'Union européenne. L’hymne européen est joué sans paroles, pour ne privilégier aucune langue.
- Mémoire de l’humanité : le manuscrit autographe, conservé principalement à Berlin, est inscrit au registre Mémoire du monde de l’Unesco depuis 2001.
- Symbole de liberté : Leonard Bernstein la dirige à Berlin à Noël 1989, après la chute du Mur, en remplaçant Freude (joie) par Freiheit (liberté). Elle est jouée chaque fin d’année au Japon par des milliers de chanteurs amateurs.
- Format du CD : une légende souvent répétée veut que la durée du disque compact (environ 74 minutes) ait été fixée pour contenir la Neuvième ; elle est plausible mais discutée.
Questions fréquentes
Pourquoi la Neuvième Symphonie est-elle si célèbre ?
Pour son ampleur, l’audace d’introduire un chœur dans une symphonie, et le message de fraternité universelle de l'Ode à la joie, qui en a fait un symbole politique et culturel, jusqu’à l’hymne européen.
Beethoven était-il sourd quand il a composé la Neuvième ?
Oui. Sa surdité, commencée vers 1798, était devenue presque totale au début des années 1820. Il composait grâce à son oreille intérieure et à sa maîtrise de l’écriture.
L’hymne européen a-t-il des paroles ?
Non : officiellement, il est uniquement instrumental. Les paroles allemandes de Schiller ne font pas partie de l’hymne officiel.