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Arts · Musique

Erik Satie

Erik Satie (1866-1925) est un compositeur français inclassable, auteur des Gymnopédies. Pianiste de cabaret, humoriste et précurseur, il a influencé Debussy, Ravel, le groupe des Six et la musique minimaliste.

Mis à jour le 4 min de lecture

Erik Satie, né à Honfleur le 17 mai 1866 et mort à Paris le 1er juillet 1925, est l’un des compositeurs les plus singuliers de la musique française. Ses pièces pour piano, brèves, dépouillées et souvent mélancoliques, comme les Gymnopédies (1888), s’opposent à l’emphase romantique et wagnérienne de son temps. Excentrique, provocateur, il a donné à ses œuvres des titres absurdes et des indications de jeu humoristiques, et a anticipé plusieurs courants du XXe siècle.

Repères chronologiques

DateÉvénement
17 mai 1866Naissance à Honfleur, d’un père normand et d’une mère écossaise
1879 – 1886Études irrégulières au Conservatoire de Paris, jugé paresseux
1887S’installe à Montmartre ; pianiste au cabaret du Chat noir
1888Trois Gymnopédies
1890Premières Gnossiennes
1891 – 1892Compositeur de l’ordre de la Rose-Croix du Sâr Péladan
1893Liaison avec la peintre Suzanne Valadon
1898S’installe seul à Arcueil, en banlieue sud de Paris
1905 – 1908Reprend des études de contrepoint à la Schola Cantorum, à près de 40 ans
1911Ravel fait jouer ses œuvres ; début de la reconnaissance
1914Sports et divertissements
1917Parade, ballet avec Cocteau, Picasso et les Ballets russes
1918Socrate, drame symphonique
1920Première « musique d’ameublement »
1924Relâche, ballet avec Francis Picabia et le film Entr’acte de René Clair
1er juillet 1925Mort à Paris d’une cirrhose

La vie d’Erik Satie

Montmartre et les cabarets

Élève médiocre au Conservatoire, Satie s’installe à Montmartre et gagne sa vie comme pianiste dans les cabarets, au Chat noir puis à l’Auberge du Clou, où il rencontre Claude Debussy vers 1891. Les deux hommes restent amis près de trente ans, malgré une brouille finale. Satie compose aussi des chansons de music-hall pour gagner sa vie, comme Je te veux (1897).

Mystique et solitaire

Au début des années 1890, Satie devient le compositeur attitré de l’ordre de la Rose-Croix catholique du Sâr Joséphin Péladan, puis fonde sa propre Église, dont il est le seul fidèle. Sa seule liaison connue, avec la peintre Suzanne Valadon, mère de Maurice Utrillo, dure quelques mois en 1893. En 1898, il se retire à Arcueil, dans une chambre où personne n’entre de son vivant ; il fait chaque jour à pied le trajet vers Paris.

La reconnaissance

En 1905, à près de 40 ans, il reprend des études de contrepoint à la Schola Cantorum, auprès de Vincent d’Indy et d’Albert Roussel. À partir de 1911, Ravel puis Debussy font jouer ses pièces de jeunesse, et les jeunes musiciens voient en lui un précurseur. Avec Parade (1917), ballet créé par les Ballets russes sur un argument de Jean Cocteau, avec les décors et costumes de Picasso, il fait scandale en introduisant dans l’orchestre une machine à écrire, des sirènes et des coups de revolver. C’est dans le programme de Parade qu’Apollinaire emploie l’un des premiers le mot « sur-réalisme ».

Le parrain des Six

Satie devient le mentor du groupe des Six (Auric, Durey, Honegger, Milhaud, Poulenc, Tailleferre), réunis autour de Cocteau, qui prônent une musique simple, claire et ancrée dans la vie moderne. Proche des milieux dadaïstes, il compose en 1924 Relâche, avec Picabia. Il meurt l’année suivante à l’hôpital Saint-Joseph, à Paris.

Le style de Satie

  • Le dépouillement : mélodies simples, harmonies modales et accords inattendus, absence de développement.
  • La répétition : courts motifs repris, sans progression dramatique.
  • L’humour : titres déroutants (Trois morceaux en forme de poire, Véritables préludes flasques (pour un chien), Embryons desséchés) et indications de jeu fantaisistes ou énigmatiques (« Du bout de la pensée », « Questionnez », « Sur la langue », dans les Gnossiennes).
  • Le refus des barres de mesure dans plusieurs pièces, comme les Gnossiennes.
  • La musique d’ameublement : une musique conçue pour ne pas être écoutée attentivement, faisant partie du décor comme un meuble, idée qui annonce la musique d’ambiance.

Œuvres majeures de Satie

ŒuvreGenreDate
Trois GymnopédiesPiano1888
GnossiennesPianoà partir de 1890
VexationsPiano (motif à répéter 840 fois)vers 1893
Je te veuxValse chantée1897
Trois morceaux en forme de poirePiano à quatre mains1903
Véritables préludes flasques (pour un chien)Piano1912
Sports et divertissementsPiano, avec dessins de Charles Martin1914
ParadeBallet1917
SocrateVoix et orchestre, sur des textes de Platon1918
Musique d’ameublementPetit ensemble1920
RelâcheBallet1924

La première Gymnopédie, notée « lent et douloureux », est l’une des pièces pour piano les plus jouées au monde ; Debussy en a orchestré deux en 1897.

Un précurseur

Le compositeur américain John Cage a organisé en 1963 à New York la première exécution intégrale de Vexations : 840 répétitions qui ont duré environ dix-huit heures. La musique minimaliste (Steve Reich, Philip Glass), la musique d’ambiance de Brian Eno et de nombreux musiciens de cinéma revendiquent l’héritage de Satie.

Questions fréquentes

Que signifie « Gymnopédie » ?

Le mot vient des gymnopédies de la Grèce antique, fêtes de Sparte où des jeunes gens dansaient nus. Satie a choisi ce titre savant et mystérieux sans programme précis.

Satie était-il un musicien sérieux ?

Oui, sous son humour. Il a repris des études de contrepoint à 40 ans et ses innovations (dépouillement, répétition, musique d’ameublement) ont été prises très au sérieux par Debussy, Ravel, Stravinsky et Cage.

Où découvrir Satie à Honfleur ?

Sa maison natale abrite les Maisons Satie, un musée scénographié consacré à sa vie et à son œuvre.

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