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Arts · Mouvements artistiques

Le dadaïsme

Dada est un mouvement artistique et littéraire né à Zurich en 1916, en pleine Première Guerre mondiale. Il rejette la raison, l’art traditionnel et les valeurs bourgeoises par la provocation, le hasard et l’absurde.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le dadaïsme, ou plus simplement Dada, naît en février 1916 à Zurich, en Suisse neutre, parmi des artistes et écrivains réfugiés ou exilés. Face au massacre de la Première Guerre mondiale, ils accusent la civilisation rationnelle et ses valeurs d’avoir conduit à la catastrophe. Leur réponse : la dérision, l’absurde, le hasard et la destruction des conventions artistiques. Le mouvement se diffuse à Berlin, Cologne, Hanovre, Paris et New York, puis s’éteint vers 1922-1924, laissant place au surréalisme.

L’origine du nom

Le mot « dada » (cheval de bois en langage enfantin, ou idée fixe) aurait été trouvé en ouvrant un dictionnaire au hasard. Plusieurs fondateurs se sont disputé la paternité de la trouvaille, et le récit relève en partie de la légende. Le choix d’un mot qui ne veut rien dire est en lui-même un manifeste.

Le Cabaret Voltaire (Zurich, 1916)

Le 5 février 1916, l’écrivain allemand Hugo Ball et la poétesse Emmy Hennings ouvrent le Cabaret Voltaire à Zurich. On y retrouve le poète roumain Tristan Tzara, le peintre et sculpteur Hans (Jean) Arp, le peintre roumain Marcel Janco, l’écrivain Richard Huelsenbeck et l’artiste Sophie Taeuber. Les soirées mêlent poèmes simultanés lus à plusieurs voix, poèmes phonétiques sans mots (Hugo Ball en costume cubiste de carton), musique bruitiste, masques et danses. Tzara publie en 1918 le Manifeste Dada.

Les principes de Dada

  • Le refus de l’art établi, des musées, du beau, du savoir-faire.
  • Le hasard comme méthode : Arp laisse tomber des papiers déchirés et les colle là où ils tombent ; Tzara compose des poèmes en tirant des mots d’un chapeau.
  • La provocation : soirées-scandales, manifestes, insultes au public.
  • Les matériaux pauvres et les objets trouvés : déchets, tickets, objets manufacturés.
  • Le mélange des disciplines : poésie, performance, typographie, collage, photographie.
  • L’internationalisme et l’antimilitarisme.

Les grands foyers et leurs artistes

FoyerDatesArtistesSpécificité
Zurich1916-1919Ball, Hennings, Tzara, Arp, Janco, TaeuberNaissance, soirées du Cabaret Voltaire
New York1915-1921Marcel Duchamp, Francis Picabia, Man RayReady-made, humour mécanique
Berlin1918-1922Raoul Hausmann, Hannah Höch, George Grosz, John HeartfieldEngagement politique, photomontage
Cologne1919-1920Max Ernst, Johannes BaargeldCollages oniriques
Hanovre1919-1948Kurt SchwittersMerz : collages et assemblages de rebuts
Paris1920-1923Tzara, Breton, Aragon, Soupault, PicabiaManifestations littéraires, rupture et naissance du surréalisme

Le ready-made de Marcel Duchamp

Marcel Duchamp, venu du cubisme, invente le ready-made : un objet manufacturé choisi par l’artiste et présenté comme œuvre d’art, sans transformation ou presque. Le geste déplace la valeur de l’œuvre du savoir-faire vers le choix et l’idée.

  • Roue de bicyclette (1913) : une roue fixée sur un tabouret, considérée comme le premier ready-made.
  • Fontaine (1917) : un urinoir en porcelaine posé à plat et signé « R. Mutt 1917 », envoyé à l’exposition de la Society of Independent Artists de New York, qui ne l’expose pas. L’original est perdu ; il est connu par une photographie d’Alfred Stieglitz, et Duchamp en a autorisé des répliques dans les années 1950-1960.
  • L.H.O.O.Q. (1919) : une reproduction de la Joconde à laquelle Duchamp ajoute moustache et barbiche ; les lettres, lues à voix haute, forment une phrase grivoise.

Le photomontage berlinois

À Berlin, au lendemain de la défaite et de la révolution de 1918, Dada devient politique. Hannah Höch et Raoul Hausmann découpent et assemblent des photographies de presse pour créer des photomontages satiriques. Coupe au couteau de cuisine Dada à travers la dernière époque culturelle de la république de Weimar (Höch, 1919-1920, Nationalgalerie de Berlin) en est l’exemple le plus célèbre. La Première foire internationale Dada se tient à Berlin en 1920. John Heartfield utilisera ensuite le photomontage contre le nazisme.

La fin de Dada et son héritage

À Paris, les conflits entre Tzara et André Breton se multiplient à partir de 1921-1922. Breton fonde en 1924 le surréalisme, qui conserve l’esprit de révolte de Dada mais lui donne une méthode : l’exploration de l’inconscient.

L’influence de Dada est considérable. Le ready-made est à l’origine de l’art conceptuel ; le collage et le photomontage, de toute une part de l’image moderne ; les soirées zurichoises, de la performance. Le néo-dada américain (Rauschenberg, Johns), Fluxus, le pop art et une large part de l'art contemporain s’en réclament.

Questions fréquentes

Que veut dire « dada » ?

Rien de précis, et c’est voulu. En français, c’est un mot enfantin pour « cheval » et une expression pour « idée fixe » ; les fondateurs ont choisi un mot absurde, compréhensible dans toutes les langues.

Pourquoi le dadaïsme est-il né pendant la guerre ?

Parce que ses fondateurs, souvent réfugiés en Suisse pour échapper à la guerre, voyaient dans le conflit la faillite de la raison et de la culture européennes. Détruire l’art était pour eux une manière de dénoncer cette culture.

La Fontaine de Duchamp est-elle une œuvre d’art ?

C’est toute la question que pose l’œuvre. En 2004, un sondage auprès de 500 professionnels du monde de l’art britannique l’a désignée comme l’œuvre la plus influente du XXe siècle. Elle a déplacé la définition de l’art de l’objet vers l’intention et le contexte.

Quelle différence entre dadaïsme et surréalisme ?

Dada est surtout destructeur et nihiliste ; le surréalisme, fondé par d’anciens dadaïstes, est constructif : il veut libérer l’inconscient et transformer la vie, avec une théorie et un programme.

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