Santé et secours · Urgences courantes
AVC (accident vasculaire cérébral)
Un AVC survient quand une artère du cerveau se bouche ou se rompt. Visage déformé, bras ou jambe paralysé, trouble de la parole : au moindre signe, appelez le 15, même si les symptômes disparaissent.
Mis à jour le 6 min de lecture
L’accident vasculaire cérébral (AVC), qu’on appelait autrefois « attaque cérébrale » ou « congestion cérébrale », est l’interruption brutale de la circulation sanguine dans une partie du cerveau. Privés d’oxygène, les neurones meurent rapidement : on estime qu’environ deux millions de neurones sont perdus chaque minute lors d’un AVC ischémique non traité. En France, environ 140 000 à 150 000 AVC surviennent chaque année. C’est la première cause de handicap acquis de l’adulte, la deuxième cause de démence et l’une des premières causes de mortalité. Des traitements très efficaces existent, mais ils ne sont possibles que dans les premières heures : la rapidité de l’alerte détermine le pronostic.
Reconnaître un AVC : la méthode VITE
En France, la campagne de sensibilisation utilise l’acronyme VITE, adaptation du FAST anglo-saxon (Face, Arm, Speech, Time). Au Québec, la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC utilise VITE également (Visage, Incapacité, Trouble de la parole, Extrême urgence).
| Lettre | Signe | Comment le vérifier |
|---|---|---|
| V | Visage paralysé | Demandez à la personne de sourire : un côté de la bouche tombe-t-il ? |
| I | Inertie d’un membre | Demandez-lui de lever les deux bras devant elle : l’un retombe-t-il ? |
| T | Trouble de la parole | Demandez-lui de répéter une phrase simple : parle-t-elle mal, ou dit-elle des mots incompréhensibles ? |
| E | En urgence, appelez le 15 | Notez l’heure du début des symptômes |
Les autres signes possibles
Les signes surviennent brutalement et touchent souvent un seul côté du corps :
- engourdissement, fourmillements ou faiblesse d’un côté (visage, bras, jambe) ;
- perte de la vision d’un œil, ou d’une moitié du champ visuel, vision double ;
- trouble de l’équilibre, de la marche, de la coordination, vertige intense ;
- maux de tête soudains, violents, inhabituels (« en coup de tonnerre »), évocateurs d’une hémorragie ;
- confusion, difficulté à comprendre.
La perte de connaissance est rare au début d’un AVC ; elle concerne surtout les hémorragies graves ou les AVC du tronc cérébral.
Que faire face à un AVC, étape par étape
- Appelez immédiatement le 15 (ou le 112 ; 911 au Québec). Dites clairement : « Je pense qu’il s’agit d’un AVC. » Le SAMU orientera directement la personne vers une unité neurovasculaire (UNV) capable de la traiter.
- Notez l’heure du début des symptômes, ou l’heure à laquelle la personne a été vue normale pour la dernière fois (par exemple au coucher, si elle se réveille avec les signes). C’est l’information la plus importante pour les médecins.
- Installez la personne en position allongée, la tête légèrement relevée (environ 30°), ou dans la position où elle est le plus à l’aise si elle est consciente.
- Si elle est inconsciente et respire, mettez-la en position latérale de sécurité ; si elle ne respire pas, commencez le massage cardiaque.
- Ne lui donnez rien à boire ni à manger : l’AVC peut perturber la déglutition et provoquer une fausse route.
- Préparez ses ordonnances, la liste de ses médicaments (en particulier anticoagulants), sa carte Vitale.
- Restez avec elle, rassurez-la et surveillez-la jusqu’à l’arrivée des secours.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Ne pas attendre que les symptômes passent, ni « dormir dessus ».
- Ne pas appeler d’abord le médecin traitant ou se rendre seul aux urgences les plus proches : le 15 oriente vers le bon hôpital.
- Ne pas conduire la personne soi-même, sauf consigne du SAMU.
- Ne pas donner d’aspirine ou un autre médicament : en cas d’AVC hémorragique, l’aspirine est dangereuse, et seule l’imagerie permet de distinguer les deux types.
- Ne pas donner à boire ou à manger.
AIT : l’alerte à ne jamais négliger
L'accident ischémique transitoire (AIT) est un « mini-AVC » : mêmes signes, mais qui disparaissent en quelques minutes (généralement moins d’une heure), sans lésion visible. Il est une urgence absolue : le risque de faire un véritable AVC est élevé dans les jours qui suivent, surtout les premières 48 heures. Même si tout est rentré dans l’ordre, appelez le 15.
Les différents types d’AVC
| Type | Fréquence | Mécanisme | Causes principales |
|---|---|---|---|
| AVC ischémique (infarctus cérébral) | Environ 80 % | Une artère est bouchée par un caillot | Athérosclérose, caillot venu du cœur (fibrillation atriale), atteinte des petites artères |
| AVC hémorragique | Environ 20 % | Une artère se rompt, le sang se répand dans le cerveau ou autour | Hypertension artérielle, malformation, anévrisme, traitement anticoagulant |
L’hémorragie méningée, due le plus souvent à la rupture d’un anévrisme, se manifeste typiquement par un mal de tête brutal et d’une violence extrême.
Les traitements en urgence
Ils concernent l’AVC ischémique et dépendent du délai écoulé, d’où l’importance de l’heure de début.
- Thrombolyse intraveineuse : un médicament dissout le caillot. Elle doit être administrée dans un délai de 4 h 30 après le début des symptômes, au plus vite.
- Thrombectomie mécanique : un cathéter introduit dans une artère va retirer le caillot dans les grosses artères cérébrales. Elle est réalisable en général jusqu’à 6 heures, et jusqu’à 24 heures chez certains patients sélectionnés par l’imagerie.
Avant tout traitement, une IRM ou un scanner cérébral est indispensable pour distinguer un AVC ischémique d’un AVC hémorragique. Pour l’AVC hémorragique, le traitement vise à contrôler la tension, corriger un éventuel traitement anticoagulant et, parfois, à opérer.
Les facteurs de risque
Certains facteurs ne se modifient pas (âge, antécédents familiaux, sexe), mais la plupart peuvent être contrôlés :
- hypertension artérielle, premier facteur de risque, à la fois de l’AVC ischémique et hémorragique (voir tension artérielle normale) ;
- tabagisme ;
- diabète ;
- excès de cholestérol ;
- fibrillation atriale (trouble du rythme cardiaque) ;
- surpoids, sédentarité, alimentation trop salée ;
- consommation excessive d’alcool ;
- chez la femme, association contraception œstroprogestative et tabac, migraine avec aura.
Prévention
- Faire mesurer sa tension régulièrement et suivre son traitement s’il est prescrit.
- Arrêter de fumer.
- Pratiquer une activité physique régulière.
- Limiter le sel, l’alcool, les graisses saturées.
- Prendre au sérieux un trouble du rythme cardiaque et le traitement anticoagulant associé.
- Connaître les signes VITE et les apprendre à ses proches.
Après un AVC
La récupération est maximale dans les premiers mois et repose sur la rééducation (kinésithérapie, orthophonie, ergothérapie). Les séquelles possibles sont la paralysie d’un côté (hémiplégie), les troubles du langage (aphasie), les troubles de la mémoire et de l’attention, la fatigue, la dépression. Un traitement de prévention secondaire est presque toujours prescrit pour éviter une récidive.
Questions fréquentes
Un AVC peut-il passer inaperçu ?
Oui, certains AVC de petite taille passent inaperçus ou sont attribués à la fatigue. C’est pourquoi tout trouble neurologique brutal, même discret ou transitoire, doit faire appeler le 15.
AVC et crise cardiaque, quelle différence ?
L’AVC touche le cerveau, l’infarctus du myocarde (« crise cardiaque ») touche le cœur. Les mécanismes sont proches (artère bouchée), mais les signes diffèrent : signes neurologiques pour l’AVC, douleur thoracique pour l’infarctus. Voir malaise cardiaque : les signes.
Peut-on faire un AVC jeune ?
Oui. Environ 10 à 15 % des AVC concernent des personnes de moins de 50 à 55 ans, avec des causes parfois spécifiques (dissection d’une artère du cou, anomalie cardiaque, toxiques).
Que faire si les signes ont disparu ?
Appeler quand même le 15 : il s’agit peut-être d’un AIT, qui annonce un risque élevé d’AVC dans les jours suivants et justifie un bilan en urgence.
Faut-il donner de l’aspirine en cas de suspicion d’AVC ?
Non. Tant que l’imagerie n’a pas exclu une hémorragie, aucun médicament ne doit être donné sans avis médical.