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Littérature · Œuvres

Alcools

Alcools est un recueil de poèmes de Guillaume Apollinaire publié en 1913. Il réunit des pièces écrites de 1898 à 1912 et mêle tradition lyrique et modernité, de « Zone » au « Pont Mirabeau ».

Mis à jour le 4 min de lecture

Alcools est le premier grand recueil de Guillaume Apollinaire (1880-1918). Publié au Mercure de France en avril 1913, il rassemble des poèmes écrits sur une quinzaine d’années. Il marque un passage décisif entre la poésie du XIXe siècle, héritée du symbolisme, et les avant-gardes du XXe siècle. Son audace la plus visible : l’absence totale de ponctuation.

L’auteur

Né à Rome en 1880 d’une mère polonaise, Apollinaire s’installe à Paris en 1899. Ami de Picasso, de Braque, d’Alfred Jarry, il défend le cubisme et invente le mot « surréalisme » (1917). En 1911, il est brièvement incarcéré à la prison de la Santé, soupçonné à tort dans l’affaire du vol de La Joconde. Engagé volontaire en 1914, blessé à la tête en 1916, il meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918. Son autre grand recueil, Calligrammes, paraît en 1918.

La composition du recueil

Le recueil ne suit pas l’ordre chronologique. Apollinaire place en tête « Zone », écrit en dernier (1912), et termine sur « Vendémiaire ». Les poèmes renvoient à plusieurs périodes :

PériodeExpériencePoèmes
1901-1902Séjour en Rhénanie comme précepteur ; amour pour Annie Playden« Les Rhénanes » (« Nuit rhénane », « Mai », « La Loreley »), « La Chanson du Mal-Aimé »
1907-1912Liaison avec la peintre Marie Laurencin« Le Pont Mirabeau » et plusieurs poèmes de la rupture
1911Emprisonnement à la Santé« À la Santé »
1912Rupture, modernité parisienne« Zone », « Vendémiaire »

Le titre évoque l’ivresse, la transformation (l’alcool comme distillation de la vie en poésie) et le feu de la création : « Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie », lit-on dans « Zone ».

La suppression de la ponctuation

Sur les épreuves, Apollinaire supprime toute la ponctuation du recueil. Il s’en explique : le rythme et la coupe des vers suffisent, selon lui, à la ponctuation véritable. Ce choix libère la lecture, multiplie les ambiguïtés et donne au vers une fluidité musicale.

Les poèmes majeurs

« Zone »

Poème d’ouverture, long monologue en vers libres et rimes irrégulières, il célèbre la modernité urbaine dès le premier vers : « À la fin tu es las de ce monde ancien ». Le poète erre dans Paris, du matin au matin suivant ; il évoque la tour Eiffel, les avions, les affiches, les émigrants, son enfance pieuse et ses amours perdues. Le dernier vers, « Soleil cou coupé », est d’une brutalité saisissante.

« Le Pont Mirabeau »

Le poème le plus célèbre du recueil, élégie sur l’amour qui passe comme l’eau sous le pont :

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu’il m’en souvienne La joie venait toujours après la peine »

Le refrain « Vienne la nuit sonne l’heure / Les jours s’en vont je demeure » oppose l’écoulement du temps à la permanence douloureuse du poète. Le poème est lié à la fin de la liaison avec Marie Laurencin.

« La Chanson du Mal-Aimé »

Long poème né de l’amour malheureux pour Annie Playden, gouvernante anglaise rencontrée en Rhénanie. Il mêle souvenirs, mythes, légendes et ruptures de ton.

« Les Colchiques »

Poème bref où les fleurs vénéneuses de l’automne figurent les yeux de la femme aimée, poison lent : « Le pré est vénéneux mais joli en automne ».

Les thèmes

  • L’amour malheureux et la mélancolie : la figure du « mal-aimé » traverse le recueil.
  • La fuite du temps : l’eau, l’automne, la mémoire.
  • La modernité : la ville, la technique, la vitesse, les foules.
  • Les mythes et légendes : Rhénanie, Loreley, figures bibliques et antiques.
  • L’identité du poète : errant, déraciné, fragmenté.

Tradition et modernité

Alcools mêle vers réguliers (octosyllabes, alexandrins, quintils), chansons populaires, légendes rhénanes et vers libres. Apollinaire hérite du lyrisme de Villon, Verlaine et Rimbaud, mais il ouvre la voie à la poésie moderne et au surréalisme. Le collage, la juxtaposition d’images et la simultanéité rapprochent certains poèmes du cubisme. Voir aussi la versification.

Questions fréquentes

Pourquoi Alcools n’a-t-il pas de ponctuation ?

Apollinaire l’a supprimée sur les épreuves en 1913, estimant que le rythme des vers suffit. Ce choix rend la lecture plus libre et plus musicale.

Pourquoi le recueil s’appelle-t-il Alcools ?

Le titre évoque l’ivresse poétique et la distillation de l’expérience vécue en poésie. Apollinaire avait d’abord envisagé Eau-de-vie.

Pour qui a été écrit Le Pont Mirabeau ?

Pour Marie Laurencin, peintre avec qui Apollinaire a vécu une liaison de 1907 à 1912 environ. Le poème évoque la fin de leur amour.

Quel est le premier poème d’Alcools ?

« Zone », le dernier écrit mais placé en ouverture comme un manifeste de modernité.

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