Littérature · Œuvres
Huis clos
Huis clos est une pièce de Jean-Paul Sartre créée en 1944. Trois morts, Garcin, Inès et Estelle, sont enfermés pour l’éternité dans un salon : l’enfer n’a ni flammes ni bourreaux, ce sont les autres.
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Huis clos est la pièce la plus jouée de Jean-Paul Sartre. Créée le 27 mai 1944 au théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, quelques jours avant le débarquement de Normandie, elle met en scène les grandes notions de la philosophie existentialiste exposées l’année précédente dans L’Être et le Néant (1943) : le regard d’autrui, la mauvaise foi, la liberté. Sa réplique « L’enfer, c’est les autres » est l’une des phrases les plus citées du XXe siècle.
Résumé
L’arrivée en enfer
Un garçon d’étage introduit Joseph Garcin dans un salon. Garcin s’attendait à des instruments de torture ; il ne trouve que des canapés, un bronze sur la cheminée et une lumière qui ne s’éteint jamais. Ses paupières ne se ferment plus : il ne dormira jamais. Arrivent ensuite Inès Serrano, puis Estelle Rigault. Aucun bourreau ne viendra.
Les mensonges
Chacun cherche d’abord à cacher la raison de sa damnation. Garcin, journaliste brésilien, se dit pacifiste fusillé pour ses idées. Estelle prétend ne pas savoir pourquoi elle est là. Inès, qui refuse tout mensonge, comprend la première que chacun d’eux sera le bourreau des deux autres. Ils tentent de se taire et de s’ignorer, en vain.
Les aveux
Inès pousse les autres à avouer. Garcin a torturé moralement sa femme pendant des années et, au moment de la guerre, a tenté de fuir au Mexique : il a été arrêté et fusillé comme déserteur. Inès, employée des postes, a séduit Florence, la femme de son cousin, qui est mort écrasé par un tramway ; Florence a ouvert le gaz et elles sont mortes toutes les deux. Estelle, mariée à un homme riche et âgé, a eu un enfant de son amant, Roger ; elle a noyé le bébé, et Roger s’est suicidé.
Le triangle infernal
Un jeu de désirs impossibles s’installe : Inès désire Estelle, Estelle désire Garcin, Garcin veut qu’Inès le reconnaisse comme non lâche. Chacun empêche les deux autres d’obtenir ce qu’ils veulent. Garcin, obsédé par la question de sa lâcheté, frappe à la porte : elle s’ouvre. Mais il ne sort pas : il veut convaincre Inès, car c’est son regard qui le juge. Il conclut : « Pas besoin de gril, l’enfer, c’est les Autres. » Estelle tente de poignarder Inès, en vain : ils sont déjà morts. La pièce s’achève sur ces mots de Garcin : « Eh bien, continuons. »
Les personnages
| Personnage | Vie passée | Faute | Rôle dans l’enfer |
|---|---|---|---|
| Joseph Garcin | Journaliste, homme de lettres | Lâcheté (désertion), cruauté envers sa femme | Veut être jugé courageux |
| Inès Serrano | Employée des postes | A poussé Florence au suicide | Lucide, cruelle, bourreau des autres |
| Estelle Rigault | Bourgeoise mondaine | Infanticide, a causé le suicide de son amant | Veut être désirée, a besoin d’un miroir |
| Le garçon d’étage | — | — | Seul représentant de l’enfer, impassible |
Les thèmes
« L’enfer, c’est les autres »
La phrase est souvent comprise comme une condamnation misanthrope des relations humaines. Sartre a précisé en 1965 qu’il voulait dire autre chose : si nos rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Car les autres sont ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes : nous nous jugeons avec les moyens qu’ils nous ont donnés.
Le regard d’autrui
Sans miroir, Estelle ne peut se voir que dans les yeux des autres ; Garcin ne peut se savoir courageux que par le jugement d’Inès. Le regard d’autrui fige chacun en objet. C’est une illustration directe des analyses de L’Être et le Néant.
La mort et les actes
Être mort, c’est ne plus pouvoir agir : la vie est close, et Inès rappelle à Garcin qu’il n’est rien d’autre que sa vie. Garcin voudrait être jugé sur ses intentions ; Inès lui répond qu’il n’est que ses actes.
La liberté et la mauvaise foi
Les trois personnages se mentent sur ce qu’ils ont fait : c’est la mauvaise foi. Quand la porte s’ouvre, aucun ne part : ils choisissent leur enfer. Sartre insiste sur le fait que nous restons libres de briser le cercle, ce que les morts ne peuvent plus faire.
Une pièce sans action
Aucun événement extérieur : le drame est fait de paroles, d’aveux et de rapports de force. Le lieu clos, l’unité de temps (une éternité qui commence), l’impossibilité de sortir rapprochent la pièce de la tragédie classique. Sartre est souvent rapproché du théâtre de l’absurde, mais son théâtre reste un théâtre d’idées, à la langue claire et argumentative.
Questions fréquentes
Que veut dire « L’enfer, c’est les autres » ?
Que nous dépendons du regard et du jugement d’autrui pour nous connaître ; quand ces relations sont viciées, comme entre les trois damnés, autrui devient un supplice. Ce n’est pas un rejet de tous les rapports humains.
Pourquoi Garcin ne sort-il pas quand la porte s’ouvre ?
Parce qu’il a besoin qu’Inès, qui le juge lâche, change d’avis. Partir serait renoncer à cette reconnaissance : il choisit de rester.
Pourquoi la pièce s’appelle-t-elle Huis clos ?
« À huis clos » signifie « toutes portes fermées », en particulier pour un procès sans public. Les trois personnages sont enfermés et se jugent mutuellement.
Combien y a-t-il d’actes dans Huis clos ?
Un seul acte, composé de cinq scènes : les quatre premières, brèves, montrent l’arrivée de Garcin puis d’Inès ; la cinquième, de loin la plus longue, commence avec l’arrivée d’Estelle et contient l’essentiel du drame.