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Littérature · Auteurs

Madame de La Fayette

Madame de La Fayette (1634-1693) est une romancière française du Grand Siècle, autrice de La Princesse de Clèves (1678). Ce récit de la passion et du renoncement est considéré comme le premier roman d’analyse psychologique.

Mis à jour le 4 min de lecture

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette, baptisée à Paris le 18 mars 1634 et morte dans la même ville le 25 mai 1693, est la grande romancière du classicisme. Femme de salon, amie de Madame de Sévigné et de La Rochefoucauld, proche de la cour de Louis XIV, elle publie ses œuvres sans les signer. La Princesse de Clèves, parue anonymement en 1678, rompt avec les longs romans héroïques de l’époque : un récit bref, sobre, centré sur les mouvements intérieurs d’une jeune femme qui lutte contre sa passion.

Biographie

DateÉvénement
1634Naissance dans une famille de petite noblesse ; son père, Marc Pioche, est écuyer
1650Mort de son père ; sa mère épouse le chevalier Renaud de Sévigné, oncle par alliance de la future marquise de Sévigné
Vers 1651Demoiselle d’honneur de la reine Anne d’Autriche ; élève du grammairien Ménage, qui lui enseigne le latin et l’italien
1655Épouse François Motier, comte de La Fayette, de dix-huit ans son aîné, qui vit surtout en Auvergne ; deux fils
À partir de 1659Tient salon rue de Vaugirard ; amie d’Henriette d’Angleterre, belle-sœur du roi
1662La Princesse de Montpensier, nouvelle historique
Vers 1665Début d’une longue amitié avec La Rochefoucauld, l’auteur des Maximes, jusqu’à la mort de celui-ci (1680)
1669-1671Zaïde, roman publié sous le nom de son ami Segrais
1678La Princesse de Clèves
1693Mort à Paris, après des années de retraite et de dévotion

Œuvres

TitreDateRemarque
La Princesse de Montpensier1662Nouvelle située sous Charles IX, pendant les guerres de Religion
Zaïde, histoire espagnole1669-1671Roman d’aventures sentimentales, encore proche du roman baroque
La Princesse de Clèves1678Chef-d’œuvre, publié anonymement chez Claude Barbin
Histoire de Madame Henriette d’Angleterreposthume, 1720Témoignage sur la cour et la mort brutale de la princesse (1670)
La Comtesse de Tendeposthume, 1724Nouvelle sur une passion coupable
Mémoires de la cour de France pour les années 1688 et 1689posthume, 1731Chronique de la cour

La Princesse de Clèves

L’intrigue

L’action se déroule à la cour d’Henri II, en 1558-1559. Le roman s’ouvre sur une phrase célèbre : « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. » Mademoiselle de Chartres, seize ans, élevée par une mère vertueuse, épouse sans amour le prince de Clèves. Elle rencontre au bal le duc de Nemours, le plus séduisant gentilhomme de la cour, et naît entre eux une passion réciproque. Pour se protéger, elle fait à son mari un aveu inouï : elle en aime un autre. Rongé par la jalousie, le prince meurt. Libre, la princesse refuse pourtant d’épouser Nemours et se retire, partageant sa vie entre un couvent et ses terres.

L’aveu, une scène qui fit scandale

L’aveu de la princesse à son mari fut jugé invraisemblable ou admirable. Le Mercure galant lança en 1678 une enquête auprès de ses lecteurs : une femme doit-elle avouer à son mari une passion qu’elle combat ? Ce fut l’un des premiers débats littéraires publics.

Pourquoi le refus final ?

La princesse invoque son devoir envers la mémoire de son mari, mais aussi la certitude que la passion de Nemours ne durerait pas : épouser l’homme aimé, ce serait s’exposer à la jalousie et à la souffrance. C’est le repos, la maîtrise de soi, qu’elle choisit.

Style et thèmes

  • Le roman d’analyse : le récit s’attache moins aux événements qu’aux sentiments, à leur naissance et à leurs contradictions. La narration est à la troisième personne, avec un narrateur qui explique les cœurs.
  • La concision classique : phrases mesurées, vocabulaire abstrait (« inclination », « repos », « devoir »), litotes, peu de descriptions.
  • La passion comme danger, vision proche du pessimisme janséniste et des Maximes de La Rochefoucauld ; on la rapproche souvent des tragédies de Racine.
  • La cour, lieu de l’apparence : tout s’y voit, s’y dit et s’y interprète, ce qui rend l’intimité impossible.
  • Le cadre historique : de vrais personnages (Henri II, Diane de Poitiers, Marie Stuart) entourent des héros fictifs.

Postérité

La Princesse de Clèves est regardée comme le premier roman moderne français, ancêtre du roman psychologique de Stendhal, de Proust ou de Radiguet (Le Bal du comte d’Orgel, 1924). Le roman a été adapté au cinéma par Jean Delannoy (1961, dialogues de Jean Cocteau) et transposé par Christophe Honoré dans un lycée parisien (La Belle Personne, 2008).

Questions fréquentes

Pourquoi Madame de La Fayette n’a-t-elle pas signé son roman ?

Au XVIIe siècle, publier un roman sous son nom ne convenait pas à une femme de la noblesse, et le roman passait pour un genre mineur. Elle a toujours nié en public en être l’autrice, même si ses contemporains le savaient.

La Rochefoucauld a-t-il écrit La Princesse de Clèves ?

On l’a parfois supposé, ainsi que la collaboration de Segrais. Les spécialistes attribuent aujourd’hui le roman à Madame de La Fayette, qui a pu soumettre son texte à ses amis.

À quel mouvement appartient La Princesse de Clèves ?

Au classicisme : recherche de la clarté, de la vraisemblance, de la bienséance et de l’analyse morale.

Quelle est la morale de La Princesse de Clèves ?

Le roman montre que la passion apporte plus de trouble que de bonheur et valorise le renoncement lucide. Mais il laisse au lecteur le soin de juger le choix final de l’héroïne.

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