Littérature · Auteurs
Joachim du Bellay
Joachim du Bellay (1522-1560) est un poète français de la Renaissance, cofondateur de la Pléiade avec Ronsard. Auteur de la Défense et illustration de la langue française et des Regrets, il a imposé le sonnet en France.
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Joachim du Bellay, né vers 1522 au château de la Turmelière, près de Liré (Anjou), et mort à Paris le 1er janvier 1560, est avec Ronsard le principal poète de la Pléiade. Son manifeste de 1549, la Défense et illustration de la langue française, veut faire du français une langue littéraire égale au latin et à l’italien. Ses Regrets (1558), écrits pendant un séjour décevant à Rome, contiennent le sonnet le plus récité de la poésie française : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ».
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| Vers 1522 | Naissance en Anjou dans une branche cadette d’une grande famille ; orphelin jeune, enfance solitaire et maladive |
| Vers 1545-1547 | Études de droit à Poitiers ; rencontre de Ronsard (selon la tradition, dans une auberge) |
| 1547-1549 | Études au collège de Coqueret à Paris, sous la direction de l’helléniste Jean Dorat, avec Ronsard et Baïf : c’est la « Brigade », future Pléiade |
| 1549 | Défense et illustration de la langue française ; L’Olive, premier recueil de sonnets amoureux en français |
| 1553-1557 | Séjour à Rome comme intendant de son cousin le cardinal Jean du Bellay, diplomate auprès du pape |
| 1558 | De retour en France, publie Les Antiquités de Rome, Les Regrets, Divers Jeux rustiques et des poèmes latins |
| 1560 | Meurt à 37 ans, sans doute d’une crise d’apoplexie ; il était devenu presque sourd |
La Défense et illustration de la langue française (1549)
Parue la même année que L’Olive, la Défense est le manifeste de la nouvelle école. Du Bellay y soutient trois idées :
- Le français peut égaler les langues anciennes, à condition d’être « illustré », c’est-à-dire enrichi et mis en lumière par des œuvres ambitieuses.
- Il faut imiter les Anciens et les Italiens (Pétrarque) plutôt que les traduire : l'innutrition consiste à se nourrir des modèles pour créer une œuvre propre.
- Il faut abandonner les formes médiévales (rondeaux, ballades, chants royaux, qu’il appelle des « épiceries ») au profit de l’ode, de l’élégie, de l’épopée, de la satire et surtout du sonnet.
Il recommande aussi d’enrichir le vocabulaire par des néologismes, des emprunts aux dialectes et aux métiers, et des mots composés. Le texte est replacé dans son contexte dans la fiche sur l'humanisme.
L’œuvre poétique
| Recueil | Date | Contenu |
|---|---|---|
| L’Olive | 1549 (augmenté en 1550) | 115 sonnets amoureux dans la manière de Pétrarque ; « Olive » serait l’anagramme d’un nom de femme (Viole) |
| Les Antiquités de Rome | 1558 | 32 sonnets sur les ruines de Rome, méditation sur la grandeur passée et la fragilité des empires |
| Les Regrets | 1558 | 191 sonnets en alexandrins : nostalgie de la France, satire de la cour pontificale, retour décevant |
| Divers Jeux rustiques | 1558 | Poèmes légers, dont « D’un vanneur de blé aux vents » |
| Poemata | 1558 | Poèmes latins |
Les Regrets
Les Regrets tournent le dos au pétrarquisme : le poète ne chante plus une femme idéale mais sa propre vie, son ennui et sa colère. Le recueil suit trois mouvements : l'élégie de l’exil (sonnets 1-49), la satire des mœurs romaines (prélats ambitieux, courtisanes, intrigues) et le retour en France, où il retrouve aussi la flatterie et les envieux.
Le sonnet IX invoque la patrie : « France, mère des arts, des armes et des lois ». Le sonnet XXXI est le plus célèbre :
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d’usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Il oppose terme à terme Rome et l’Anjou et se clôt sur : « Plus mon petit Liré que le mont Palatin, / Et plus que l’air marin la douceur angevine. »
Style et thèmes
- Le sonnet en alexandrins : du Bellay contribue à fixer ce vers et cette forme en France (voir le sonnet).
- La simplicité voulue : dans les Regrets, il revendique une poésie « en prose », proche de la conversation.
- La nostalgie et l’exil, grand thème lyrique repris par les romantiques.
- La vanité des grandeurs : Rome, « proie au temps, qui tout consomme », annonce la poésie des ruines.
- La satire, mordante mais rarement nominative.
Questions fréquentes
Qui a écrit « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » ?
Joachim du Bellay, dans le sonnet XXXI des Regrets (1558), écrit pendant son séjour à Rome.
Quelle est la différence entre du Bellay et Ronsard ?
Tous deux fondent la Pléiade. Du Bellay en écrit le manifeste et privilégie une poésie personnelle de l’exil et de la satire ; Ronsard, plus prolifique, domine la poésie amoureuse et officielle de son temps.
Pourquoi du Bellay est-il allé à Rome ?
Pour servir son cousin, le cardinal Jean du Bellay, chargé d’une mission auprès du pape. Il y gère la maison et les finances du cardinal de 1553 à 1557, tâche qu’il juge ingrate.
Qu’est-ce que la « douceur angevine » ?
Le dernier vers du sonnet XXXI oppose la douceur du climat et de la vie en Anjou, sa région natale, à l’air marin de Rome. L’expression est devenue proverbiale.