Littérature · Genres et analyse
Le conte
Le conte est un récit bref, souvent d’origine orale, qui raconte des événements imaginaires situés hors du temps réel, avec des personnages typés et une fin souvent morale. Il va du conte de fées au conte philosophique.
Mis à jour le 4 min de lecture
Le conte est l’un des plus anciens genres narratifs. Transmis oralement pendant des siècles, il a été recueilli et réécrit par des auteurs comme Charles Perrault, les frères Grimm ou Hans Christian Andersen. Il se reconnaît à ses formules (« Il était une fois »), à son merveilleux et à ses personnages typés. Mais le genre est large : Voltaire en a fait un instrument de critique philosophique. Pour le situer parmi les récits, voir les genres littéraires.
Les caractéristiques du conte
- Un cadre indéterminé : « Il était une fois », « Dans un royaume lointain » ; ni date ni lieu précis.
- Des personnages typés : le roi, la princesse, la marâtre, l’ogre, le cadet malin, la fée. Ils ont rarement un nom propre ou portent un surnom (le Petit Poucet, Cendrillon).
- Le merveilleux : objets magiques, animaux qui parlent, métamorphoses, acceptés sans étonnement.
- Une structure claire : situation initiale, épreuves, retour à l’ordre ; les épreuves vont souvent par trois.
- Des formules d’ouverture et de clôture : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».
- Une morale explicite ou implicite.
Les types de contes
| Type | Caractéristiques | Exemples |
|---|---|---|
| Conte populaire | Transmis oralement, anonyme, variantes multiples | Contes recueillis par les folkloristes |
| Conte merveilleux (conte de fées) | Magie, fées, épreuves, fin heureuse | Perrault, « Cendrillon » ; Grimm, « Blanche-Neige » |
| Conte philosophique | Récit plaisant au service d’une critique d’idées | Voltaire, Zadig (1747), Candide (1759) |
| Conte fantastique | Irruption inquiétante du surnaturel dans le réel | Hoffmann, Maupassant |
| Conte étiologique | Explique l’origine d’une chose | Kipling, Histoires comme ça (1902) |
| Conte moral | Leçon de conduite à l’usage des enfants | Mme Leprince de Beaumont, « La Belle et la Bête » (1757) |
Les grands auteurs de contes
| Auteur | Œuvre | Date | Contes célèbres |
|---|---|---|---|
| Les Mille et Une Nuits | Recueil oriental, traduit par Antoine Galland | 1704-1717 | « Aladin », « Ali Baba » |
| Charles Perrault | Histoires ou contes du temps passé | 1697 | « Le Petit Chaperon rouge », « La Belle au bois dormant », « Cendrillon », « Le Petit Poucet », « Barbe bleue », « Le Chat botté » |
| Mme d’Aulnoy | Les Contes des fées | 1697 | « L’Oiseau bleu » ; on lui attribue l’expression « conte de fées » |
| Jacob et Wilhelm Grimm | Contes de l’enfance et du foyer | 1812-1815 | « Hansel et Gretel », « Blanche-Neige », « Raiponce » |
| Hans Christian Andersen | Contes | 1835-1872 | « La Petite Sirène », « Le Vilain Petit Canard », « La Petite Fille aux allumettes » |
| Voltaire | Contes philosophiques | 1747-1768 | Zadig, Micromégas, Candide, L’Ingénu |
Perrault, académicien, ajoute à chaque conte une moralité en vers. Celle du « Petit Chaperon rouge » met en garde les jeunes filles contre les « loups » séducteurs. Les Grimm, philologues, cherchaient à recueillir le patrimoine populaire allemand ; leurs versions sont souvent plus cruelles.
Le conte philosophique
Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières utilisent le conte pour critiquer la société sans s’exposer directement à la censure. Personnages naïfs, voyages imaginaires, pays exotiques, ironie : le conte devient une arme. Candide combat l’optimisme de Leibniz, Micromégas relativise la place de l’homme dans l’univers. Le conte philosophique est une forme d’apologue, comme la fable.
Le schéma du conte
Le folkloriste russe Vladimir Propp, dans Morphologie du conte (1928), a montré que les contes merveilleux russes reposent sur 31 fonctions qui se succèdent toujours dans le même ordre (l’éloignement, l’interdiction, la transgression, le méfait, le départ du héros, l’épreuve, l’objet magique, le combat, la victoire, le retour, la reconnaissance, le mariage…), et sur sept types de personnages (le héros, l’agresseur, le donateur, l’auxiliaire, la princesse et son père, le mandateur, le faux héros). Ces travaux ont inspiré le schéma narratif et le schéma actantiel enseignés à l’école.
Les lectures du conte
Le psychanalyste Bruno Bettelheim, dans Psychanalyse des contes de fées (1976), a soutenu que les contes aident l’enfant à surmonter ses angoisses en les mettant en scène symboliquement. D’autres lectures, historiques ou féministes, y lisent le reflet des sociétés rurales anciennes ou des modèles de rôles sexués.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un conte et une nouvelle ?
Le conte se situe hors du temps et accepte le merveilleux ; la nouvelle se déroule généralement dans un monde vraisemblable, précisément situé, et se termine souvent par une chute.
Quelle est la différence entre un conte et une fable ?
La fable est un court récit, souvent en vers, qui met en scène des animaux et se termine par une morale explicite. Le conte est plus long, plus varié, et sa morale est souvent implicite.
Qui a écrit les premiers contes de fées ?
Les contes existaient oralement depuis longtemps. En France, Perrault et Mme d’Aulnoy les ont fixés par écrit en 1697 ; on attribue à Mme d’Aulnoy l’expression « conte de fées ».
Qu’est-ce qu’un conte philosophique ?
Un récit plaisant, souvent ironique, qui sert à exposer et critiquer des idées. Voltaire en est le maître, avec Zadig et Candide.