Langue française · Origine des expressions
Langue de bois
La langue de bois est une manière de parler figée et convenue, qui permet de parler longtemps sans rien dire de précis. Le terme vient de l’Europe de l’Est et du jargon soviétique.
Mis à jour le 3 min de lecture
La langue de bois désigne un discours stéréotypé, fait de formules toutes faites et d’abstractions, qui sert à masquer la réalité ou à éviter de répondre : Interrogé sur les licenciements, le porte-parole a répondu par de la langue de bois. Le terme vise surtout les discours politiques, administratifs et d’entreprise.
Sens et emploi
L’expression est péjorative. On pratique ou manie la langue de bois, on parle la langue de bois, on sort de la langue de bois. Elle s’oppose au franc-parler : appeler un chat un chat. Pas de trait d’union.
Origine de l’expression
Le russe et le polonais
L’expression vient des pays du bloc soviétique. En russe, on parlait de « langue de chêne » (doubovyï iazyk) pour désigner le style lourd et pesant de l’administration, d’abord à l’époque tsariste, puis pour le jargon idéologique du régime soviétique. En polonais, drętwa mowa (« parole engourdie, raide ») désignait le discours officiel du parti. Le français langue de bois reprend cette image d’une langue rigide, sans vie.
L’entrée en français
Le terme se répand dans la presse française dans les années 1970 et 1980, d’abord pour parler des discours des régimes communistes, en particulier au moment des événements de Pologne (1980–1981), puis pour tout discours creux, quel que soit son camp (voir l'URSS et la guerre froide).
Un sens vétérinaire plus ancien
Avant cet emploi, langue de bois existait en français dans le vocabulaire vétérinaire : c’est le nom courant de l’actinobacillose, une maladie des bovins qui durcit la langue de l’animal. Ce sens technique n’a pas de lien direct avec l’expression politique.
Les procédés de la langue de bois
| Procédé | Exemple |
|---|---|
| Euphémisme | plan de sauvegarde de l’emploi pour des licenciements |
| Abstraction | mettre en œuvre des dynamiques structurantes |
| Nominalisation | la mise en place d’une réflexion au lieu de nous réfléchissons |
| Formules toutes faites | dans un esprit de responsabilité, rester mobilisés |
| Voix passive sans agent | des erreurs ont été commises (par qui ?) |
| Réponse à côté | répondre à une autre question que celle posée |
Ces procédés permettent souvent de noyer le poisson ou de tourner autour du pot. Voir aussi la voix passive, dont l’emploi sans complément d’agent permet de taire l’auteur d’une action.
Exemples
Équivalents étrangers
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | doublespeak, double-talk | double langage |
| Anglais | waffle, spin | bavardage creux, présentation orientée |
| Allemand | Phrasendrescherei | battage de phrases |
| Espagnol | lenguaje de madera (calque), hablar sin decir nada | langage de bois, parler sans rien dire |
Le mot anglais doublespeak s’inspire des néologismes de George Orwell dans 1984 (newspeak, doublethink), sans figurer tel quel dans le roman. Au Québec, langue de bois est d’usage courant dans les médias.
Questions fréquentes
Qui a inventé l’expression « langue de bois » ?
Personne en particulier : c’est une adaptation de formules russe et polonaise, diffusée par la presse française dans les années 1970–1980.
Langue de bois et jargon, est-ce la même chose ?
Non. Le jargon est un vocabulaire technique propre à un métier ; il peut être précis. La langue de bois vise à ne rien dire ou à masquer : elle peut employer un jargon, mais pas nécessairement.
Comment éviter la langue de bois ?
Employer des verbes actifs avec un sujet clair, des chiffres et des faits, des mots concrets, et répondre directement à la question posée.
Voir aussi les registres de langue et la liste des expressions françaises et leur origine.