Arts · Peintres et sculpteurs
William Turner
Joseph Mallord William Turner (1775-1851) est le plus grand paysagiste anglais. Ses tempêtes, ses couchers de soleil et ses tableaux de vapeur dissolvent les formes dans la lumière et annoncent l’impressionnisme.
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Joseph Mallord William Turner, né le 23 avril 1775 à Londres (date traditionnelle) et mort à Chelsea le 19 décembre 1851, est le peintre de la lumière et des éléments. Enfant prodige admis à l’Académie royale à 14 ans, il commence en topographe minutieux pour finir en visionnaire : dans ses dernières toiles, le ciel, la mer, le feu et la vapeur se fondent en tourbillons de couleur. Figure majeure du romantisme, il est un précurseur de l'impressionnisme et même de l'art abstrait.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 23 avril 1775 | Naissance à Covent Garden, Londres, fils d’un barbier |
| 1789 | Entre à l’école de la Royal Academy |
| 1796 | Première huile exposée à la Royal Academy : Pêcheurs en mer |
| 1802 | Élu membre de la Royal Academy à 26 ans ; premier voyage sur le continent |
| 1807 | Professeur de perspective à la Royal Academy |
| 1812 | Tempête de neige : Hannibal et son armée traversant les Alpes |
| 1819 | Premier voyage en Italie ; Venise et Rome |
| 1834 – 1835 | L’Incendie du Parlement, peint d’après l’incendie de 1834 |
| 1839 | Le Dernier Voyage du « Téméraire » |
| 1842 | Tempête de neige — bateau à vapeur au large d’un port |
| 1844 | Pluie, vapeur et vitesse |
| 19 décembre 1851 | Mort à Chelsea, sous un nom d’emprunt ; inhumé à la cathédrale Saint-Paul |
Une ascension rapide
Fils d’un barbier de Covent Garden, Turner vend ses premières aquarelles dans la boutique de son père. Il entre à l’école de la Royal Academy à 14 ans et parcourt la Grande-Bretagne pour dessiner abbayes, châteaux et paysages, gravés ensuite pour des recueils. Ses huiles imitent d’abord les maîtres hollandais et Claude Lorrain, qu’il vénère. Très tôt reconnu, il est élu académicien à 26 ans.
Toute sa vie, il voyage : Alpes, Rhin, Loire, Seine, Italie, Venise surtout, où la lumière sur l’eau le fascine. Il remplit des centaines de carnets. Excentrique, secret, travailleur acharné, il ne se marie jamais. À la fin de sa vie, il vit à Chelsea sous le nom de « Mr Booth », avec sa compagne Sophia Booth.
Le style de Turner
Le sublime
Turner est le peintre du sublime romantique : la nature déchaînée, plus forte que l’homme. Avalanches, tempêtes de neige, naufrages, incendies : l’homme y paraît minuscule.
La lumière
Le véritable sujet de ses toiles est la lumière : soleil voilé, brume, reflets sur l’eau. Il utilise des fonds clairs, des jaunes éclatants (on le surnomme le peintre du jaune), des glacis transparents et des grattages.
La dissolution des formes
À partir des années 1830, les contours disparaissent ; la composition devient un vortex de couleur. Les critiques de l’époque se moquent de ces « tableaux de mousse de savon » ; le critique John Ruskin, au contraire, le défend avec passion dans Modern Painters (1843).
L’aquarelle
Turner a fait de l’aquarelle un art majeur. Ses milliers d’études, souvent sur papier coloré, saisissent en quelques taches un ciel ou une ville.
La modernité
Il peint aussi le monde industriel : bateaux à vapeur, trains, usines. Pluie, vapeur et vitesse montre une locomotive lancée sur un pont à travers la pluie, avec, dit-on, un lièvre qui court devant.
Le Dernier Voyage du « Téméraire »
En 1838, le Téméraire, vaisseau de ligne qui s’était illustré à Trafalgar, est remorqué vers le chantier de démolition par un petit remorqueur à vapeur noir. Turner peint le vieux navire fantomatique devant un coucher de soleil flamboyant : la fin de l’ère de la voile et de la gloire passée. Le tableau, à la National Gallery de Londres, a été élu en 2005 tableau préféré des Britanniques lors d’un sondage de la BBC.
Œuvres majeures de Turner
| Titre | Date | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| Pêcheurs en mer | 1796 | Tate Britain, Londres |
| Le Naufrage | 1805 | Tate Britain, Londres |
| Tempête de neige : Hannibal traversant les Alpes | 1812 | Tate Britain, Londres |
| Didon construisant Carthage | 1815 | National Gallery, Londres |
| L’Incendie de la Chambre des lords et des communes | 1834 – 1835 | Philadelphia Museum of Art |
| Le Dernier Voyage du « Téméraire » | 1839 | National Gallery, Londres |
| Le Négrier | 1840 | Museum of Fine Arts, Boston |
| Tempête de neige — bateau à vapeur au large d’un port | 1842 | Tate Britain, Londres |
| Pluie, vapeur et vitesse | 1844 | National Gallery, Londres |
| Paysage avec une rivière et une baie au loin | vers 1845 | Musée du Louvre, Paris |
L’héritage
Turner lègue à la nation britannique près de 300 huiles et quelque 30 000 dessins et aquarelles : le legs Turner, conservé surtout à la Tate Britain, dans la galerie Clore. Monet et Pissarro découvrent ses toiles à Londres en 1870 – 1871. Au XXe siècle, on voit en lui un ancêtre de l’abstraction lyrique et de Rothko. Le prix Turner, créé en 1984, récompense chaque année un artiste contemporain britannique.
Questions fréquentes
Pourquoi Turner est-il appelé le peintre de la lumière ?
Parce que la lumière — soleil, brume, reflets, feu — est le vrai sujet de ses tableaux, au point que les formes s’y dissolvent.
Turner est-il impressionniste ?
Non, il appartient au romantisme et meurt vingt ans avant la naissance de l’impressionnisme. Mais sa liberté de touche et son travail sur la lumière en font un précurseur.
Où voir des tableaux de Turner ?
À Londres surtout : Tate Britain (legs Turner) et National Gallery. Le Louvre en possède un, et quelques musées américains en conservent d’importants.
Qu’est-ce que le prix Turner ?
Un prix d’art contemporain créé en 1984 et organisé par la Tate, décerné chaque année à un artiste britannique ou travaillant en Grande-Bretagne.