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Arts · Peintres et sculpteurs

Georges de La Tour

Georges de La Tour (1593-1652) est un peintre lorrain du XVIIe siècle, célèbre pour ses scènes nocturnes éclairées à la chandelle. Oublié pendant trois siècles, il a été redécouvert au XXe siècle.

Mis à jour le 4 min de lecture

Georges de La Tour, baptisé le 14 mars 1593 à Vic-sur-Seille, en Lorraine, et mort à Lunéville le 30 janvier 1652, est l’un des peintres français les plus fascinants du XVIIe siècle. Ses tableaux silencieux, où une flamme de bougie éclaire dans la nuit des visages recueillis, comptent parmi les plus reconnaissables de la peinture. Célèbre de son vivant, puis totalement oublié, il n’a été identifié qu’au début du XXe siècle : on ne lui attribue aujourd’hui qu’une quarantaine de tableaux.

Repères chronologiques

DateÉvénement
14 mars 1593Baptême à Vic-sur-Seille, fils d’un boulanger
1617Épouse Diane Le Nerf, fille d’une famille noble de Lunéville
1620S’installe à Lunéville, dans le duché de Lorraine
années 1620 – 1630Scènes diurnes : Le Vielleur, La Diseuse de bonne aventure, Le Tricheur
1633 – 1638Guerre de Trente Ans : la Lorraine est envahie et ravagée ; Lunéville incendiée en 1638
1639Mentionné à Paris comme « peintre ordinaire du roi » Louis XIII
années 1640Grands nocturnes : Le Nouveau-Né, Saint Joseph charpentier, Le Reniement de saint Pierre (1650)
30 janvier 1652Mort à Lunéville, lors d’une épidémie, quelques jours après sa femme
1915L’historien d’art allemand Hermann Voss lui rend ses premiers tableaux
1934Exposition « Les Peintres de la réalité » à Paris : révélation au public

Un peintre de province prospère

Fils de boulanger, La Tour fait un beau mariage qui lui ouvre la noblesse lorraine. À Lunéville, il obtient des privilèges fiscaux, reçoit des commandes du duc de Lorraine et devient riche. Les archives le décrivent aussi comme un homme dur et procédurier, en conflit avec ses voisins et les paysans.

On ignore où il s’est formé. Son art suppose une connaissance du Caravage et de ses suiveurs, peut-être par un voyage à Rome ou, plus probablement, par les caravagesques d’Utrecht et de Lorraine. La guerre de Trente Ans ravage la région ; La Tour se rend à Paris, où Louis XIII aurait tant aimé un de ses Saint Sébastien qu’il fit retirer les autres tableaux de sa chambre. À sa mort, son fils Étienne, lui-même peintre, poursuit son atelier.

Le style de Georges de La Tour

Deux manières

On distingue ses tableaux diurnes, en pleine lumière : musiciens de rue, scènes de tricherie, d’un réalisme parfois cru (rides, haillons, pieds sales), aux couleurs vives. Et ses tableaux nocturnes, plus nombreux à la fin de sa vie, éclairés par une seule source lumineuse : bougie, lanterne, torche.

La lumière

Dans les nocturnes, la flamme est souvent visible, ou cachée par une main dont les doigts deviennent translucides. Le clair-obscur est d’origine caravagesque, mais La Tour l’adoucit : pas de violence, une lumière chaude et immobile.

La géométrie et le silence

Ses formes sont simplifiées jusqu’à l’abstraction : visages ovales lisses, drapés en volumes purs, fonds nus. Les gestes sont suspendus, les personnages méditent. Cette simplification géométrique explique la fascination des modernes, qui y ont vu un écho du cubisme.

Le sacré au quotidien

Les scènes religieuses ressemblent à des scènes de la vie ordinaire : Saint Joseph charpentier montre un artisan et un enfant tenant une chandelle ; Le Nouveau-Né peut se lire comme une simple mère veillant son bébé, ou comme une Nativité.

Le Tricheur à l’as de carreau

Au Louvre, un jeune homme richement vêtu joue aux cartes avec une courtisane, une servante et un tricheur qui tire de sa ceinture un as de carreau caché. Les regards obliques des trois complices se croisent, tandis que la victime, naïve, fixe ses cartes. Le tableau est une leçon morale contre les trois tentations du jeu, du vin et de la luxure. Une autre version, Le Tricheur à l’as de trèfle, est conservée à Fort Worth.

Œuvres majeures de Georges de La Tour

TitreDateLieu de conservation
Le Vielleur au chienvers 1620 – 1625Musée du Mont-de-Piété, Bergues
Le Tricheur à l’as de trèflevers 1630 – 1634Kimbell Art Museum, Fort Worth
La Diseuse de bonne aventurevers 1630 – 1634Metropolitan Museum of Art, New York
Le Tricheur à l’as de carreauvers 1635 – 1638Musée du Louvre, Paris
La Madeleine à la veilleuse (Madeleine Terff)vers 1640 – 1645Musée du Louvre, Paris
Saint Joseph charpentiervers 1642Musée du Louvre, Paris
Le Nouveau-Névers 1645 – 1648Musée des Beaux-Arts, Rennes
Saint Sébastien soigné par Irène (version verticale)vers 1649Musée du Louvre, Paris
Le Reniement de saint Pierre1650Musée d’Arts de Nantes

L’héritage

Oublié après la mort de son fils, La Tour voit ses œuvres attribuées à Zurbarán, aux Le Nain ou à des peintres hollandais. Sa redécouverte, commencée en 1915, culmine avec l’exposition de l’Orangerie en 1972, qui rassemble l’essentiel de son œuvre. Le département de la Moselle a ouvert un musée à Vic-sur-Seille, sa ville natale. Il est aujourd’hui considéré, avec Poussin, comme l’un des plus grands peintres français de son siècle.

Questions fréquentes

Pourquoi Georges de La Tour a-t-il été oublié ?

Parce qu’il a fait carrière en Lorraine, loin de Paris, que ses tableaux ont été dispersés par la guerre et que le goût classique de la fin du XVIIe siècle s’est détourné de la peinture caravagesque. Ses œuvres ont été attribuées à d’autres.

Où voir des tableaux de Georges de La Tour ?

Au musée du Louvre, qui en possède le plus grand nombre, et dans les musées de Rennes, Nantes, Nancy, Bergues, Épinal et Vic-sur-Seille.

Georges de La Tour est-il caravagesque ?

Oui, au sens large : il reprend le réalisme et l’éclairage contrasté du Caravage. Mais il les transforme en un art calme, géométrique et méditatif, très éloigné de la violence du maître italien.

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