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Arts · Peintres et sculpteurs

Antoine Watteau

Antoine Watteau (1684-1721) est un peintre français, inventeur de la « fête galante ». Ses scènes de comédiens et d’amoureux dans des parcs rêvés ouvrent la peinture rococo et le XVIIIe siècle.

Mis à jour le 4 min de lecture

Antoine Watteau, baptisé le 10 octobre 1684 à Valenciennes et mort le 18 juillet 1721 à Nogent-sur-Marne, à 36 ans, est le peintre qui fait passer l’art français de la solennité du règne de Louis XIV à la légèreté du XVIIIe siècle. Il invente un genre nouveau, la fête galante : des couples élégants, des musiciens et des comédiens réunis dans des parcs, entre rêverie amoureuse et mélancolie. Sa carrière, très brève, ouvre l’âge du rococo.

Repères chronologiques

DateÉvénement
10 octobre 1684Baptême à Valenciennes, ville tout juste rattachée à la France
vers 1702Arrive à Paris ; copie des tableaux de dévotion à la chaîne
vers 1704 – 1708Travaille chez Claude Gillot, peintre de scènes de théâtre
vers 1708 – 1709Collabore avec Claude Audran, décorateur, conservateur du palais du Luxembourg
1709Deuxième prix de Rome
1712Agréé à l’Académie royale de peinture
1717Reçu à l’Académie avec Le Pèlerinage à l’île de Cythère, comme « peintre de fêtes galantes »
1719 – 1720Séjour à Londres, peut-être pour consulter le médecin Richard Mead
1720L’Enseigne de Gersaint
18 juillet 1721Mort de la tuberculose à Nogent-sur-Marne

Une vie brève

Fils d’un couvreur de Valenciennes, Watteau monte à Paris vers dix-huit ans. Il passe par des ateliers modestes, puis entre chez Claude Gillot, qui lui fait découvrir le monde du théâtre et de la commedia dell’arte, puis chez le décorateur Claude Audran. Au palais du Luxembourg, il étudie le grand cycle de Rubens consacré à Marie de Médicis, dont la couleur le marque profondément.

Soutenu par des amateurs comme le banquier et collectionneur Pierre Crozat, chez qui il loge un temps, il connaît vite le succès auprès d’une clientèle privée. Atteint de tuberculose, d’humeur inquiète, il change souvent de logement. Il meurt chez un ami à Nogent, à 36 ans. Le marchand Edme-François Gersaint et le collectionneur Jean de Jullienne, qui fait graver toute son œuvre, assurent sa postérité.

Le style de Watteau

La fête galante

Watteau n’est pas un peintre de récit : ses tableaux ne racontent pas d’histoire précise. Ils montrent des moments suspendus — une conversation, une promenade, un départ — dans une nature idéale, avec des personnages vêtus de soie, parfois de costumes de théâtre. L’Académie a dû créer pour lui la catégorie de « fête galante ».

Le théâtre

Arlequin, Pierrot, Mezzetin, Colombine : les personnages de la comédie italienne, chassée de Paris en 1697 puis rappelée en 1716, peuplent ses toiles. Le monde de Watteau oscille entre réalité et représentation.

La couleur et la touche

Héritier de Rubens et des Vénitiens, il peint d’une touche légère et vibrante, avec des tons chatoyants : roses, verts tendres, reflets de satin. Sa technique, rapide et parfois peu soigneuse, a rendu certains tableaux fragiles.

Le dessin

Watteau est un dessinateur exceptionnel. Il remplit des carnets de croquis à la technique des trois crayons (sanguine, pierre noire, craie blanche) et y puise ensuite ses figures pour composer ses tableaux.

La mélancolie

Sous la grâce perce une tristesse : les fêtes vont finir, l’amour est fugitif. Cette ambiguïté distingue Watteau de ses imitateurs et le rend très moderne.

Le Pèlerinage à l’île de Cythère

Le morceau de réception à l’Académie (1717, Louvre) montre des couples sur le point de quitter, ou de rejoindre, l’île de Vénus, déesse de l’amour. De droite à gauche, on lit une progression : un couple encore en conversation près de la statue de Vénus, un autre qui se relève, d’autres qui descendent vers une barque dorée entourée d’amours. Le sens exact — arrivée ou départ — est discuté. Une seconde version, plus chargée, se trouve au château de Charlottenburg à Berlin.

Œuvres majeures de Watteau

TitreDateLieu de conservation
La Proposition embarrassantevers 1715 – 1716Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg
Les Fêtes vénitiennesvers 1718 – 1719Scottish National Gallery, Édimbourg
Le Pèlerinage à l’île de Cythère1717Musée du Louvre, Paris
L’Embarquement pour Cythère (seconde version)vers 1718 – 1719Château de Charlottenburg, Berlin
Pierrot (dit autrefois Gilles)vers 1718 – 1719Musée du Louvre, Paris
Mezzetinvers 1718 – 1720Metropolitan Museum of Art, New York
Les Comédiens-Italiensvers 1720National Gallery of Art, Washington
L’Enseigne de Gersaint1720Château de Charlottenburg, Berlin

L’Enseigne de Gersaint

Peint en quelques jours pour la boutique de son ami marchand d’art sur le pont Notre-Dame, ce long tableau montre l’intérieur d’une galerie où des clients examinent des toiles. À gauche, des commis emballent un portrait de Louis XIV dans une caisse : image de la fin d’une époque. Le tableau, acheté par Frédéric II de Prusse, est aujourd’hui à Berlin.

L’héritage

Watteau a des continuateurs directs, Nicolas Lancret et Jean-Baptiste Pater, et influence toute la peinture du siècle, de Boucher à Fragonard. Passé de mode avec le néoclassicisme, il est réhabilité au XIXe siècle par les Goncourt, les poètes — Verlaine intitule un recueil Fêtes galantes (1869) — et les peintres, de Renoir à Debussy en musique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une fête galante ?

Un genre pictural créé par Watteau et reconnu par l’Académie en 1717 : des scènes de divertissement élégant en plein air, conversations amoureuses, musique, danse, dans un paysage idéal.

Embarquement ou pèlerinage pour Cythère ?

Le titre officiel du tableau du Louvre est Le Pèlerinage à l’île de Cythère. L’Embarquement pour Cythère est le titre traditionnel, souvent réservé à la version de Berlin.

Qui est Gilles ?

Le grand tableau du Louvre longtemps appelé Gilles représente en réalité Pierrot, personnage de la comédie italienne ; c’est le titre retenu aujourd’hui. On ignore pour quel usage il a été peint, peut-être une enseigne de théâtre.

Watteau est-il rococo ?

Il en est le précurseur et l’une des figures fondatrices : sa légèreté, sa couleur et ses sujets galants annoncent le rococo, même si sa mélancolie dépasse le genre.

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