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Arts · Peintres et sculpteurs

Le Greco

Le Greco (1541-1614), né Domínikos Theotokópoulos en Crète, formé à Venise et à Rome, s’installe à Tolède. Ses figures étirées et ses couleurs irréelles en font un visionnaire du maniérisme.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le Greco (El Greco, « le Grec » en espagnol), né Domínikos Theotokópoulos en 1541 à Candie (aujourd’hui Héraklion, en Crète, alors possession vénitienne) et mort à Tolède le 7 avril 1614, est l’un des peintres les plus singuliers de l’histoire. Peintre d’icônes à ses débuts, il découvre à Venise la couleur de Titien, à Rome l’art de Michel-Ange, puis s’établit en Espagne où il crée un style inimitable : corps allongés, lumières surnaturelles, couleurs acides. Incompris après sa mort, il est redécouvert au XIXe siècle et devient une référence pour les peintres modernes.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1541Naissance à Candie, en Crète vénitienne
1563Mentionné comme maître peintre d’icônes à Candie
vers 1567Part pour Venise ; découvre Titien, Tintoret, Véronèse
1570S’installe à Rome, protégé du cardinal Alexandre Farnèse
1577Arrive à Tolède ; L’Expolio (Le Partage de la tunique du Christ) pour la cathédrale
1580 – 1582Le Martyre de saint Maurice pour Philippe II, qui le refuse pour l’Escurial
1586 – 1588L’Enterrement du comte d’Orgaz, église Santo Tomé, Tolède
vers 1599 – 1600Vue de Tolède
1608 – 1614L’Ouverture du cinquième sceau
7 avril 1614Mort à Tolède

De la Crète à Tolède

En Crète, Theotokópoulos se forme dans la tradition byzantine des icônes : fond d’or, figures stylisées. Vers 26 ans, il part pour Venise, capitale de la peinture de couleur, et adopte la peinture à l’huile et la touche libre de Titien. À Rome, il fréquente le cercle humaniste des Farnèse mais se heurte, selon une anecdote, aux admirateurs de Michel-Ange en critiquant sa peinture.

En 1577, il part en Espagne, espérant travailler pour Philippe II sur le chantier de l’Escurial. Le roi n’apprécie pas son Martyre de saint Maurice, et le Greco s’installe définitivement à Tolède, ville religieuse et intellectuelle. Il y mène une vie aisée, entouré de lettrés, avec sa compagne Jerónima de las Cuevas et leur fils Jorge Manuel, lui-même peintre et architecte. Il travaille surtout pour les églises, les couvents et l’aristocratie locale.

Le style du Greco

Des corps étirés

Ses figures sont allongées, avec de petites têtes et des membres fins, comme tirées vers le ciel. Ces déformations, longtemps attribuées à tort à un défaut de la vue, sont un choix expressif : elles traduisent l’élan spirituel.

Une couleur irréelle

Il emploie des couleurs vives et froides — jaunes acides, verts, roses, bleus intenses — posées en larges touches, sur des fonds de nuées tourbillonnantes. La lumière ne vient pas d’une source naturelle : elle semble émaner des corps et du ciel.

L’espace mystique

Il abandonne souvent la perspective classique : le ciel et la terre se superposent, les figures flottent, l’espace se resserre. Ce style relève du maniérisme tardif, mais poussé à un degré visionnaire propre à l’Espagne de la Contre-Réforme.

Le portrait

Le Greco est aussi un remarquable portraitiste : visages graves, fonds sombres, regard intense, comme dans le Gentilhomme à la main sur la poitrine du Prado.

L’Enterrement du comte d’Orgaz

Peint pour l’église Santo Tomé de Tolède, où il se trouve toujours, ce grand tableau illustre une légende locale : à l’enterrement du seigneur d’Orgaz, mort en 1323, saint Étienne et saint Augustin seraient descendus du ciel pour déposer eux-mêmes le corps dans la tombe. Le tableau est coupé en deux. En bas, la scène terrestre, avec une rangée de gentilshommes tolédans en noir, véritables portraits de contemporains. En haut, la gloire céleste où l’âme du comte est présentée au Christ. Le petit garçon au premier plan est probablement le fils du peintre.

Œuvres majeures du Greco

TitreDateLieu de conservation
L’Expolio (Le Partage de la tunique)1577 – 1579Cathédrale de Tolède
Le Martyre de saint Maurice1580 – 1582Monastère de l’Escurial
Le Gentilhomme à la main sur la poitrinevers 1580Musée du Prado, Madrid
L’Enterrement du comte d’Orgaz1586 – 1588Église Santo Tomé, Tolède
Le Christ en croix adoré par deux donateursvers 1590Musée du Louvre, Paris
Vue de Tolèdevers 1599 – 1600Metropolitan Museum of Art, New York
Laocoonvers 1610 – 1614National Gallery of Art, Washington
L’Ouverture du cinquième sceau1608 – 1614Metropolitan Museum of Art, New York

L’héritage

Jugé bizarre aux XVIIe et XVIIIe siècles, le Greco est réhabilité par les romantiques puis par les avant-gardes. Manet et Cézanne l’admirent ; l'Ouverture du cinquième sceau inspire à Picasso des éléments des Demoiselles d’Avignon. Les expressionnistes allemands voient en lui un ancêtre. Tolède possède aujourd’hui un musée qui lui est consacré.

Questions fréquentes

Pourquoi l’appelle-t-on le Greco ?

Parce qu’il était grec, né en Crète. En Italie on l’appelait déjà « il Greco » ; en Espagne, le surnom est devenu El Greco. Il signait pourtant ses tableaux de son nom complet, en lettres grecques.

Pourquoi ses personnages sont-ils si allongés ?

Par choix artistique : l’allongement relève du maniérisme et sert à exprimer la spiritualité. L’hypothèse d’un astigmatisme, souvent répétée, n’est pas retenue par les historiens.

Où voir des tableaux du Greco ?

À Tolède (église Santo Tomé, cathédrale, musée du Greco), au Prado à Madrid et au monastère de l’Escurial. En France, le Louvre possède un Christ en croix.

Le Greco est-il un peintre espagnol ?

Il est né grec et s’est formé en Italie, mais il a fait l’essentiel de sa carrière à Tolède et il est rattaché à l’école espagnole, dont il est l’un des grands maîtres avec Velázquez et Goya.

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