Arts · Peintres et sculpteurs
Guernica
Guernica est un tableau de Pablo Picasso peint en 1937 après le bombardement de la ville basque de Guernica pendant la guerre d’Espagne. Immense toile en noir et blanc, il est devenu un symbole universel contre la guerre.
Mis à jour le 4 min de lecture
Guernica est une huile sur toile de Pablo Picasso, peinte à Paris en mai et juin 1937 et conservée au musée national centre d’art Reina Sofía, à Madrid. Elle mesure 3,49 × 7,77 mètres. Commandée par le gouvernement de la République espagnole pour son pavillon à l’Exposition internationale de Paris, elle répond au bombardement de la petite ville basque de Guernica, le 26 avril 1937. Par son ampleur, ses figures déchirées et sa palette réduite au noir, au blanc et au gris, elle est devenue l’œuvre antiguerre la plus célèbre du XXe siècle.
| Fiche de l’œuvre | |
|---|---|
| Artiste | Pablo Picasso (1881-1973) |
| Date | 1er mai – début juin 1937 |
| Technique | Huile sur toile |
| Dimensions | 349,3 × 776,6 cm |
| Commanditaire | Gouvernement de la Seconde République espagnole |
| Conservation | Museo Reina Sofía, Madrid (depuis 1992) |
Le contexte : la guerre d’Espagne
En juillet 1936, une partie de l’armée, menée notamment par le général Franco, se soulève contre la République espagnole. La guerre civile oppose les républicains aux nationalistes, soutenus par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste (voir la montée des totalitarismes).
Le 26 avril 1937, jour de marché, la ville de Guernica (Gernika), symbole historique des libertés basques, est bombardée pendant plusieurs heures par la légion Condor allemande, appuyée par l’aviation italienne. La ville est en grande partie détruite par les bombes explosives et incendiaires. Le nombre de victimes reste discuté : le gouvernement basque annonça plus de 1 600 morts, les historiens actuels retiennent plutôt quelques centaines. C’est l’un des premiers bombardements massifs d’une population civile en Europe.
La création du tableau
En janvier 1937, la République espagnole commande à Picasso, alors directeur honoraire du musée du Prado, une grande œuvre pour son pavillon à l’Exposition internationale de Paris. Le peintre n’a pas encore choisi de sujet. Le bombardement, rapporté par la presse française à la fin d’avril, le décide. Il commence les premières esquisses le 1er mai 1937 et achève la toile en environ cinq semaines, dans son atelier de la rue des Grands-Augustins.
Sa compagne, la photographe Dora Maar, photographie les étapes successives du travail : c’est l’un des premiers tableaux dont on connaît ainsi toute la genèse. Picasso réalise aussi des dizaines de dessins préparatoires, conservés avec la toile.
Description et symboles
La composition, organisée en triangle central, se lit de droite à gauche.
| Élément | Place | Interprétations courantes |
|---|---|---|
| Femme les bras levés dans une maison en flammes | À droite | Victimes civiles prises au piège des incendies |
| Femme se précipitant | En bas à droite | La fuite, la panique |
| Femme tenant une lampe | Au centre droit, par une fenêtre | Le témoin, la vérité qui éclaire le crime |
| Cheval transpercé, hennissant | Au centre | Le peuple martyrisé ou la souffrance de la population |
| Ampoule dans un œil rayonnant | En haut au centre | Jeu de mots possible entre bombilla (ampoule) et bomba (bombe), lumière crue, œil qui voit tout |
| Soldat démembré, épée brisée et fleur | En bas | La défaite, avec un fragile espoir |
| Mère hurlant, son enfant mort dans les bras | À gauche | Rappel de la Pietà, douleur des mères |
| Taureau | En haut à gauche | Brutalité, Espagne, ou force indifférente ; Picasso refusa d’en fixer le sens |
| Colombe | Entre le taureau et le cheval | La paix brisée |
Picasso s’est toujours refusé à donner une explication définitive : « Ce taureau est un taureau, ce cheval est un cheval », aurait-il répondu à un interlocuteur, laissant chacun interpréter.
Analyse
- Le noir et blanc évoque les photographies de presse et la sidération ; il exclut tout effet décoratif.
- Le langage cubiste et expressionniste : corps disloqués, visages vus de face et de profil, espaces intérieur et extérieur mêlés, héritages du cubisme et du surréalisme.
- L’absence de l’ennemi : ni avion ni bombe ne sont représentés ; le tableau montre seulement les victimes, ce qui lui donne une portée universelle.
- Les références à la tradition : Le Massacre des Innocents, les Pietà, Le 3 mai 1808 de Goya.
Un tableau en exil
| Date | Étape |
|---|---|
| Juillet 1937 | Exposé au pavillon espagnol de l’Exposition internationale de Paris |
| 1938 – 1939 | Tournée en Scandinavie et au Royaume-Uni pour soutenir les républicains |
| 1939 | Arrive à New York ; confié au Museum of Modern Art |
| 1939 – 1981 | Picasso refuse que la toile aille en Espagne tant que la démocratie n’y est pas rétablie |
| 10 septembre 1981 | Arrivée à Madrid, huit ans après la mort de Picasso et six ans après celle de Franco ; exposé au Casón del Buen Retiro |
| 1992 | Transfert au musée Reina Sofía |
Depuis, le musée refuse de prêter la toile, jugée trop fragile pour voyager. Les habitants de Guernica et le gouvernement basque ont demandé à plusieurs reprises qu’elle soit présentée à Bilbao, sans succès.
Questions fréquentes
Où voir Guernica de Picasso ?
Au musée Reina Sofía de Madrid, salle 206, avec les dessins préparatoires et les photographies de Dora Maar. Une reproduction en céramique se trouve à Guernica même.
Pourquoi Guernica est-il en noir et blanc ?
Picasso a choisi une palette de noir, blanc et gris pour l’effet dramatique, l’évocation de la photographie de presse et du deuil, et pour concentrer l’attention sur les formes et la souffrance.
Que représente le taureau dans Guernica ?
Son sens est discuté : force brutale, fascisme, peuple espagnol ou figure du peintre lui-même, comme le Minotaure dans d’autres œuvres. Picasso n’a jamais tranché.