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Arts · Peintres et sculpteurs

Caravage

Le Caravage (1571-1610) est un peintre italien qui a révolutionné la peinture vers 1600 par un réalisme cru et un clair-obscur violent. Sa vie, marquée par les rixes et un meurtre, fut aussi brève que tumultueuse.

Mis à jour le 5 min de lecture

Michelangelo Merisi, dit le Caravage (Caravaggio), né le 29 septembre 1571 à Milan et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ercole, en Toscane, est l’un des peintres les plus influents de l’histoire. En quelques années, à Rome, il rompt avec l’idéalisation de la Renaissance tardive : il peint les saints sous les traits de gens du peuple, éclairés par une lumière brutale qui les détache d’un fond obscur. Son style, imité dans toute l’Europe, a donné naissance au caravagisme et ouvert l’ère du baroque.

Repères chronologiques

DateÉvénement
29 septembre 1571Naissance à Milan ; enfance au bourg de Caravaggio, en Lombardie
1584 – 1588Apprentissage chez Simone Peterzano, à Milan
vers 1592Arrivée à Rome
vers 1595Entre au service du cardinal Francesco Del Monte
1599 – 1600Toiles de la chapelle Contarelli (Saint-Louis-des-Français) : la gloire
28 mai 1606Tue Ranuccio Tomassoni lors d’une rixe ; fuite de Rome
1606 – 1607Naples
1607 – 1608Malte ; reçu chevalier de l’ordre de Saint-Jean, puis emprisonné et exclu
1608 – 1609Sicile (Syracuse, Messine, Palerme)
1609 – 1610Retour à Naples ; grièvement blessé dans une agression
18 juillet 1610Mort à Porto Ercole, alors qu’il revenait vers Rome espérant une grâce papale

Une vie de peintre et de fugitif

Orphelin jeune (son père meurt de la peste en 1577), Michelangelo Merisi se forme à Milan puis gagne Rome, où il travaille d’abord pour d’autres peintres en peignant fleurs et fruits. Ses premières toiles personnelles représentent de jeunes garçons, des musiciens, des diseuses de bonne aventure, souvent à mi-corps, peints d’après modèle.

Le cardinal Del Monte, amateur d’art et de musique, l’héberge dans son palais et lui obtient sa première grande commande publique : les trois tableaux de la vie de saint Matthieu pour l’église Saint-Louis-des-Français, l’église des Français à Rome. La Vocation de saint Matthieu (1599-1600), où un rayon de lumière désigne le collecteur d’impôts dans une taverne, fait sensation.

Mais le peintre a un tempérament violent : les archives de police romaines mentionnent de nombreuses plaintes, rixes, insultes et port d’armes illégal. En 1606, il tue Ranuccio Tomassoni au cours d’un duel ou d’une rixe. Condamné à mort par contumace, il fuit et passe les quatre dernières années de sa vie en exil, peignant pour ses protecteurs successifs à Naples, Malte et en Sicile. Sa peinture devient plus sombre, plus dépouillée. Il meurt à 38 ans, sans doute de fièvre, sur la route du retour.

Le style du Caravage

Le ténébrisme

Le Caravage pousse le clair-obscur à l’extrême : ses figures surgissent d’un fond presque noir, éclairées par une source lumineuse unique et latérale, souvent venue d’en haut à gauche. Ce contraste violent, appelé ténébrisme, dramatise l’action et isole l’essentiel (voir le vocabulaire de la peinture).

Le réalisme

Il peint directement d’après des modèles vivants, sans dessin préparatoire connu, et refuse d’embellir : pieds sales, rides, ongles noirs, fruits gâtés. Ses saints sont des ouvriers, ses Vierges des femmes du peuple. Plusieurs de ses tableaux d’église furent refusés par leurs commanditaires pour manque de décence, comme La Mort de la Vierge, dont la Vierge au ventre gonflé choqua les carmes de Santa Maria della Scala.

L’instant dramatique

Il saisit le moment décisif d’une histoire : la conversion de saint Paul tombant de cheval, la décapitation d’Holopherne, l’incrédulité de Thomas enfonçant son doigt dans la plaie du Christ. Les figures, cadrées serré, semblent faire irruption dans l’espace du spectateur.

Œuvres majeures du Caravage

TitreDateLieu de conservation
Le Garçon mordu par un lézardvers 1594 – 1596Fondation Roberto Longhi, Florence (autre version : National Gallery, Londres)
La Diseuse de bonne aventurevers 1595Musée du Louvre, Paris (autre version : Musées du Capitole, Rome)
Les Tricheursvers 1594Kimbell Art Museum, Fort Worth
Corbeille de fruitsvers 1597 – 1600Pinacothèque ambrosienne, Milan
Médusevers 1597Galerie des Offices, Florence
Judith décapitant Holophernevers 1599Galleria Nazionale d’Arte Antica (palais Barberini), Rome
La Vocation de saint Matthieu1599 – 1600Saint-Louis-des-Français, Rome
La Conversion de saint Paul1601Santa Maria del Popolo, Rome
L’Incrédulité de saint Thomasvers 1601 – 1602Palais de Sanssouci, Potsdam
La Mise au tombeau1603 – 1604Pinacothèque vaticane
La Mort de la Viergevers 1601 – 1606Musée du Louvre, Paris
Les Sept Œuvres de miséricorde1607Pio Monte della Misericordia, Naples
La Décollation de saint Jean-Baptiste1608Co-cathédrale Saint-Jean, La Valette (Malte)
David avec la tête de Goliathvers 1609 – 1610Galerie Borghèse, Rome

La Décollation de saint Jean-Baptiste est son plus grand tableau et le seul qu’il ait signé, dans le sang qui s’écoule du cou du saint. Dans David avec la tête de Goliath, la tête coupée du géant serait un autoportrait.

Le caravagisme

Le style du Caravage se diffuse très vite dans toute l’Europe, porté par des peintres qui l’ont vu à Rome :

  • en Italie : Orazio et Artemisia Gentileschi, Bartolomeo Manfredi ;
  • en France : Valentin de Boulogne, Simon Vouet à ses débuts, et Georges de La Tour, qui en tire un ténébrisme intimiste éclairé à la bougie ;
  • aux Pays-Bas : l’école d’Utrecht (Gerrit van Honthorst, Hendrick ter Brugghen), qui transmet sa leçon à Rembrandt ;
  • en Espagne : Ribera, Zurbarán et le jeune Velázquez.

Oublié aux XVIIIe et XIXe siècles, le Caravage est redécouvert au XXe siècle, notamment grâce à l’historien d’art Roberto Longhi et à l’exposition de Milan en 1951.

Questions fréquentes

Pourquoi le Caravage s’appelle-t-il ainsi ?

Son nom de naissance est Michelangelo Merisi. On l’a surnommé d’après Caravaggio, le bourg de Lombardie d’où venait sa famille et où il a passé son enfance.

Qu’est-ce que le clair-obscur du Caravage ?

Un contraste violent entre des figures fortement éclairées et un fond plongé dans l’ombre, appelé ténébrisme. La lumière, venue d’une source unique, dramatise la scène.

Où voir des Caravage à Paris ?

Au musée du Louvre, qui conserve La Diseuse de bonne aventure, La Mort de la Vierge et le Portrait d’Alof de Wignacourt.

Le Caravage a-t-il vraiment tué un homme ?

Oui. Le 28 mai 1606, il tue Ranuccio Tomassoni à Rome lors d’un affrontement armé, ce qui le contraint à l’exil jusqu’à sa mort.

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