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Philosophie · Théorie de la connaissance

Dogmatisme

Le dogmatisme est l’attitude qui affirme posséder des vérités certaines sans avoir examiné les limites et les conditions de notre pouvoir de connaître.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le dogmatisme vient du grec dogma, « opinion, décision, ce qui paraît bon », dérivé du verbe dokein, « sembler, penser ». Dans l’Antiquité, les sceptiques appelaient dogmatiques tous les philosophes qui affirmaient des thèses (platoniciens, aristotéliciens, stoïciens, épicuriens), par opposition à ceux qui suspendaient leur jugement. Le mot a pris ensuite deux sens : un sens technique en théorie de la connaissance, et un sens courant, péjoratif, qui désigne une attitude d’esprit fermée à la discussion.

Les trois sens du dogmatisme

Le dogmatisme antique : affirmer contre le sceptique

Pour Sextus Empiricus, le dogmatique est celui qui croit avoir trouvé la vérité, l’académicien celui qui affirme qu’elle est introuvable, le sceptique celui qui continue de chercher. En ce sens, le dogmatisme n’a rien de péjoratif : c’est la position de quiconque soutient une thèse philosophique. Voir scepticisme.

Le dogmatisme selon Kant

Dans la Critique de la raison pure (1781), Kant définit le dogmatisme comme « la marche dogmatique de la raison pure sans critique préalable de son propre pouvoir ». Le dogmatique (la métaphysique rationaliste de Leibniz et Wolff) prétend connaître Dieu, l’âme et le monde par concepts purs, sans se demander si la raison en est capable. Kant écrit, dans les Prolégomènes (1783), que la lecture de Hume a interrompu son « sommeil dogmatique ».

Kant ne rejette pas toute affirmation : il distingue le dogmatisme (vice) de la méthode dogmatique (démonstration rigoureuse à partir de principes sûrs), légitime en science. Sa solution est le criticisme : examiner d’abord ce que la raison peut connaître.

Le dogmatisme au sens courant

C’est le refus d’examiner ses propres certitudes : affirmer sans preuve, ignorer les objections, considérer toute critique comme une attaque. On parle de dogmatisme religieux, politique, idéologique ou même scientifique (quand une théorie est défendue contre les faits par autorité).

SensOpposé àConnotation
AntiqueScepticismeNeutre
KantienCriticismePéjorative (erreur de méthode)
CourantEsprit critique, tolérancePéjorative (fermeture d’esprit)

Dogme et dogmatisme

Un dogme est, dans une religion, une vérité de foi définie par une autorité et tenue pour indiscutable par les croyants (par exemple la Trinité dans le christianisme). Avoir des croyances religieuses n’est pas en soi du dogmatisme au sens philosophique : le dogmatisme commence quand on prétend que ces croyances relèvent du savoir démontré ou qu’on refuse toute discussion rationnelle. Voir science et croyance et la religion.

Pourquoi le dogmatisme est-il un problème ?

  • Il confond opinion et savoir : il tient pour certain ce qui n’est que probable ou cru. Voir vérité et opinion.
  • Il bloque la recherche : si l’on a déjà la vérité, il est inutile de chercher. Popper oppose ainsi la pensée dogmatique, qui cherche des confirmations, à la pensée critique, qui cherche des réfutations (voir falsifiabilité).
  • Il favorise l’intolérance : celui qui croit détenir la vérité absolue peut se croire autorisé à l’imposer.
  • Il s’appuie sur des mécanismes psychologiques : biais de confirmation, besoin de certitude, appartenance au groupe (voir biais cognitifs).

Le dogmatisme est-il évitable ?

Plusieurs philosophes soutiennent qu’un certain « dogmatisme » est inévitable :

  • Pascal : « Nous avons une impuissance de prouver, invincible à tout le dogmatisme. Nous avons une idée de la vérité, invincible à tout le pyrrhonisme » (Pensées). L’homme est pris entre les deux.
  • Wittgenstein (De la certitude, publié en 1969) : certaines certitudes forment le socle de nos jeux de langage ; on ne peut les mettre toutes en doute en même temps.
  • Kuhn : la science normale suppose une adhésion relativement « dogmatique » à un paradigme, sans laquelle aucune recherche n’est possible.

Le contraire du dogmatisme n’est donc pas l’absence de toute conviction, mais la disposition à réviser ses convictions face aux arguments et aux faits.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre dogmatisme et scepticisme ?

Le dogmatique affirme avoir trouvé la vérité ; le sceptique doute qu’on puisse la trouver et suspend son jugement. Kant renvoie les deux dos à dos et propose le criticisme.

Que signifie le « sommeil dogmatique » chez Kant ?

L’expression des Prolégomènes désigne l’état d’esprit de Kant lorsqu’il adhérait à la métaphysique rationaliste sans en interroger les fondements ; la lecture de Hume l’en a tiré.

Peut-on être dogmatique en science ?

Oui, quand on défend une théorie par principe ou par autorité contre des faits contraires. La science se veut au contraire révisable, mais les historiens des sciences montrent que les chercheurs tiennent souvent à leurs paradigmes.

Quel est le contraire de dogmatique ?

Selon le contexte : sceptique (sens antique), critique (sens kantien), ouvert, tolérant ou nuancé (sens courant).

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