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Philosophie · Théorie de la connaissance

Positivisme

Le positivisme est la doctrine qui limite la connaissance valable aux faits observables et aux lois qui les relient, en renonçant à chercher les causes premières et les essences.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le positivisme est fondé par le philosophe français Auguste Comte (1798-1857), notamment dans le Cours de philosophie positive (six volumes, 1830-1842). Le mot « positif » y signifie à la fois réel (par opposition à chimérique), utile, certain, précis et constructif. Le positivisme affirme que l’esprit humain doit renoncer à connaître le « pourquoi » ultime des choses pour se consacrer au « comment » : découvrir, par l’observation et le raisonnement, les lois des phénomènes. Au XXe siècle, le positivisme logique du Cercle de Vienne en propose une version radicalement nouvelle.

La loi des trois états

Selon Comte, chaque branche de nos connaissances et l’humanité tout entière passent successivement par trois états :

ÉtatExplication des phénomènesExemple : la foudre
Théologique (ou fictif)Par la volonté d’êtres surnaturels (fétichisme, polythéisme, monothéisme)La colère de Zeus
Métaphysique (ou abstrait)Par des entités abstraites, des forces, des essencesUne « vertu » ou une force cachée de la nature
Positif (ou scientifique)Par des lois établies par l’observationUne décharge électrique entre nuage et sol

L’état positif renonce à l’absolu et cherche des lois qui permettent de prévoir : « science, d’où prévoyance ; prévoyance, d’où action » (Cours, 2e leçon). Le savoir sert à anticiper et à agir.

La classification des sciences

Comte classe les sciences fondamentales de la plus simple et la plus générale à la plus complexe : mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie, sociologie. Chaque science dépend des précédentes et atteint l’état positif après elles. La dernière, la sociologie (mot que Comte popularise, d’abord appelée « physique sociale »), doit permettre de réorganiser la société après la Révolution. La psychologie introspective n’a pas de place dans ce tableau : on ne peut, selon Comte, s’observer penser.

Le positivisme comme mouvement

  • Émile Littré, auteur du Dictionnaire de la langue française, diffuse le positivisme en France.
  • John Stuart Mill s’y intéresse en Angleterre, tout en s’en écartant.
  • Comte fonde dans ses dernières années une religion de l’Humanité, avec un calendrier positiviste, ce qui divise ses disciples.
  • La devise « Ordre et Progrès » du drapeau du Brésil (adopté en 1889) vient de la formule positiviste.
  • Plus largement, au XIXe siècle, le positivisme se mêle au scientisme : confiance dans la science pour résoudre tous les problèmes humains. Voir science et croyance.

Le positivisme logique (Cercle de Vienne)

Dans les années 1920-1930, à Vienne, des philosophes et des savants (Moritz Schlick, Rudolf Carnap, Otto Neurath, Hans Hahn), en lien avec le Cercle de Berlin (Hans Reichenbach), fondent l'empirisme logique ou positivisme logique. Leur manifeste, La Conception scientifique du monde, paraît en 1929. Ils s’inspirent du Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein (1921).

Leurs thèses :

  1. Critère de signification : un énoncé n’a de sens que s’il est soit analytique (logique, mathématiques), soit vérifiable par l’expérience.
  2. Élimination de la métaphysique : « le néant néantit » (Heidegger) ou « l’Absolu est parfait » ne sont ni vrais ni faux, mais dénués de sens. Carnap le soutient dans « Le dépassement de la métaphysique par l’analyse logique du langage » (1931).
  3. Unité de la science : toutes les sciences peuvent s’exprimer dans un langage commun fondé sur l’observation.

Après l’annexion de l’Autriche en 1938, la plupart de ses membres émigrent, surtout aux États-Unis, où ils influencent durablement la philosophie analytique. Voir empirisme.

Les critiques du positivisme

  • Popper : le critère de vérifiabilité est trop fort (aucune loi universelle n’est vérifiable) et confond sens et scientificité. Il propose la falsifiabilité comme critère de démarcation, non de sens.
  • L’autoréfutation : le critère de vérifiabilité n’est lui-même ni analytique ni vérifiable ; selon ses propres règles, il serait dénué de sens.
  • Quine (1951) : la distinction analytique / synthétique ne tient pas, et les énoncés ne sont pas testés isolément.
  • Kuhn et Bachelard : la science ne progresse pas par accumulation de faits ; les faits sont construits et chargés de théorie.
  • L’École de Francfort (Horkheimer, Adorno, Habermas) : le positivisme réduit la raison à un instrument technique et renonce à interroger les fins.

Positivisme et positivisme juridique

En droit, le positivisme juridique (Hans Kelsen, Théorie pure du droit, 1934) est une doctrine différente : il étudie le droit tel qu’il est posé par les institutions (droit positif), indépendamment de toute morale ou droit naturel. Le point commun avec Comte est le refus de chercher un fondement métaphysique.

Questions fréquentes

Qui est le fondateur du positivisme ?

Auguste Comte, philosophe français, dans le Cours de philosophie positive (1830-1842). Le mot « positif » avait déjà été employé par Saint-Simon, dont Comte fut le secrétaire.

Qu’est-ce que la loi des trois états ?

La thèse de Comte selon laquelle l’esprit humain passe de l’explication théologique (par des dieux) à l’explication métaphysique (par des entités abstraites), puis à l’explication positive (par des lois).

Quelle est la différence entre positivisme et positivisme logique ?

Le positivisme de Comte est une philosophie de l’histoire des sciences et de la société. Le positivisme logique du Cercle de Vienne est une théorie du sens fondée sur la logique moderne et le critère de vérifiabilité.

Le positivisme est-il encore défendu ?

Sous sa forme stricte, très peu. Mais son exigence de s’en tenir aux faits vérifiables et de se méfier des spéculations invérifiables reste très présente dans la culture scientifique.

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