Philosophie · Théorie de la connaissance
Connaissance du monde
La connaissance du monde désigne en philosophie le savoir que nous pouvons avoir du réel pris comme un tout ; à l’école, c’est le domaine où l’enfant découvre le vivant, la matière, l’espace et le temps.
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L’expression connaissance du monde a deux usages principaux. En philosophie, elle pose une question redoutable : peut-on connaître le monde, c’est-à-dire non pas tel ou tel objet, mais l’ensemble de ce qui existe, et le connaître tel qu’il est ? À l'école primaire, elle désigne un champ d’enseignement — appelé selon les époques et les cycles « découverte du monde », « explorer le monde » ou « questionner le monde » — dans lequel l’enfant construit ses premières connaissances sur le vivant, la matière, les objets, l’espace et le temps. Les deux sens ont un point commun : passer de l’expérience immédiate à un savoir organisé.
Le sens philosophique
Connaître le monde : du cosmos à l’univers
Pour les Grecs, le monde est un kosmos, un tout ordonné, beau et intelligible. Le connaître, c’est en saisir l’ordre par la raison, comme le font les premiers philosophes de la nature (Thalès, Anaximandre) et Aristote. À l’époque moderne, la révolution scientifique (Copernic, Galilée, Newton) remplace ce cosmos clos par un univers infini régi par des lois mathématiques ; l’historien Alexandre Koyré a résumé ce passage par le titre Du monde clos à l’univers infini (1957). La connaissance du monde devient alors l’affaire des sciences de la nature et de la méthode scientifique.
Peut-on connaître le monde comme totalité ?
Pour Kant, non. Nous connaissons des phénomènes dans l’expérience, un par un, mais le monde comme totalité achevée de tous les phénomènes n’est jamais donné dans une expérience. C’est une Idée de la raison. Quand la raison prétend en connaître les propriétés, elle tombe dans des antinomies : on peut « démontrer » aussi bien que le monde a un commencement dans le temps et des limites dans l’espace, que l’inverse. Le monde guide la recherche (chercher toujours plus loin les causes) mais n’est pas un objet de connaissance. Voir criticisme.
Le monde tel qu’il est ou tel qu’il nous apparaît ?
C’est la question du réalisme et de l'idéalisme. Nos sens nous donnent un monde coloré, sonore, chaud ou froid ; la physique décrit des particules, des champs et des ondes. Lequel est le « vrai » monde ? Descartes et Locke distinguent les qualités premières (étendue, mouvement), réelles, des qualités secondes (couleur, saveur), qui dépendent de nos organes. Voir la perception.
Le monde vécu et l’être-au-monde
La phénoménologie renverse la perspective. Husserl (La Crise des sciences européennes, 1936) rappelle que la science s’enracine dans le monde de la vie (Lebenswelt), le monde perçu et vécu avant toute théorie, qu’elle a tendance à oublier. Heidegger (Être et Temps, 1927) définit l’existence humaine comme être-au-monde : nous ne sommes pas d’abord des sujets qui se demandent si le monde existe, nous sommes déjà engagés dans un monde d’outils, de tâches et d’autres personnes. Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception, 1945) montre que c’est par le corps que nous habitons et connaissons le monde.
Vision du monde et connaissance du monde
On distingue la connaissance scientifique du monde d’une vision du monde (en allemand Weltanschauung) : ensemble de croyances, de valeurs et d’interprétations globales propres à une culture, une religion ou une philosophie. Une vision du monde ne se vérifie pas comme une loi physique ; elle donne sens au tout. Voir science et croyance.
| Approche | Ce que l’on connaît du monde | Auteurs |
|---|---|---|
| Cosmologie antique | Un ordre intelligible et fini | Platon, Aristote |
| Science moderne | Des lois mathématiques des phénomènes | Galilée, Newton |
| Criticisme | Les phénomènes, non la totalité ni les choses en soi | Kant |
| Phénoménologie | Le monde vécu, horizon de sens | Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty |
Le sens scolaire : découvrir, explorer et questionner le monde
À l’école primaire française, la connaissance du monde est un domaine d’apprentissage qui prépare aux disciplines scientifiques, à l’histoire et à la géographie.
| Niveau | Intitulé (programmes de 2015-2016) | Contenus principaux |
|---|---|---|
| Cycle 1 (maternelle) | Explorer le monde | Se repérer dans le temps et l’espace ; explorer le monde du vivant, des objets et de la matière |
| Cycle 2 (CP, CE1, CE2) | Questionner le monde | Le vivant, la matière, les objets ; l’espace et le temps ; les organisations du monde |
| Cycle 3 (CM1, CM2, 6e) | Sciences et technologie ; histoire et géographie | Disciplines distinctes |
Dans les programmes de 2008, le même champ s’appelait « Découvrir le monde » à l’école maternelle et « Découverte du monde » au cycle des apprentissages fondamentaux. Les intitulés ont changé, mais l’esprit est le même : partir des questions et des observations de l’enfant pour construire, par l’expérimentation, la manipulation et la comparaison, des connaissances objectives.
Ce que l’enfant y apprend
- Le vivant : caractéristiques des êtres vivants, développement des plantes et des animaux, corps humain et hygiène.
- La matière et les objets : états de l’eau, mélanges, objets techniques simples, circuits électriques.
- L’espace : se repérer, lire un plan, découvrir des paysages, comparer des modes de vie (voir les continents).
- Le temps : repères chronologiques (jour, semaine, saisons), frise, évolution des modes de vie.
- La démarche : observer, questionner, formuler une hypothèse, expérimenter, conclure. C’est une première initiation à la méthode scientifique.
Ailleurs dans la francophonie
En Belgique francophone, ces apprentissages relèvent de l'éveil (initiation scientifique, formation historique et géographique). Au Québec, le programme du primaire comprend notamment les domaines science et technologie et univers social. Les appellations varient, la visée est commune : passer de la curiosité spontanée à la connaissance raisonnée.
Du sens scolaire au sens philosophique
Questionner le monde à six ans et se demander, en terminale, si l’on peut connaître le monde tel qu’il est relèvent du même mouvement : l’étonnement. Platon (Théétète) et Aristote (Métaphysique, A) voient dans l’étonnement le commencement de la philosophie. L’école transforme cet étonnement en méthode ; la philosophie en interroge la portée et les limites. Voir théorie de la connaissance et l’expérience.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que « Questionner le monde » à l’école ?
C’est l’enseignement du cycle 2 (CP, CE1, CE2) consacré au vivant, à la matière, aux objets, à l’espace et au temps. Il prépare les sciences, la technologie, l’histoire et la géographie du cycle 3.
Quelle différence entre « Découverte du monde » et « Questionner le monde » ?
C’est le même champ d’enseignement du cycle 2 : « Découverte du monde » est l’intitulé des programmes de 2008, « Questionner le monde » celui des programmes de 2016, qui insistent davantage sur la démarche d’investigation.
Peut-on connaître le monde tel qu’il est ?
Pour Kant, nous ne connaissons que le monde tel qu’il nous apparaît (les phénomènes). Les réalistes scientifiques soutiennent au contraire que les meilleures théories physiques décrivent, au moins approximativement, la réalité elle-même.
Que signifie « être-au-monde » ?
C’est le concept par lequel Heidegger désigne la manière d’être de l’homme : il n’est pas un sujet isolé face à des objets, mais toujours déjà engagé dans un monde de pratiques et de significations.