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Philosophie · Théorie de la connaissance

Idéalisme

En philosophie, l’idéalisme est la doctrine qui fait de l’esprit, de la pensée ou des idées la réalité première, ou du moins la condition de toute réalité connue.

Mis à jour le 4 min de lecture

L'idéalisme vient du grec idea, « forme, aspect, idée ». Il recouvre plusieurs doctrines différentes qui ont un point commun : elles refusent de considérer la réalité comme une matière existant indépendamment de toute pensée et simplement copiée par l’esprit. Il s’oppose selon les cas au réalisme (en théorie de la connaissance) ou au matérialisme (en métaphysique). Au sens courant, être « idéaliste » signifie poursuivre un idéal, souvent au mépris des réalités : ce sens moral est distinct du sens philosophique.

Les grandes formes d’idéalisme

FormeAuteurThèseŒuvre de référence
Idéalisme platonicienPlatonLes Idées intelligibles sont plus réelles que les choses sensiblesLa République, Phédon
ImmatérialismeGeorge BerkeleyÊtre, c’est être perçu ou percevoirTraité des principes de la connaissance humaine (1710)
Idéalisme transcendantalKantNous ne connaissons que des phénomènes structurés par l’espritCritique de la raison pure (1781)
Idéalisme subjectifFichteLe Moi pose le non-moiDoctrine de la science (1794)
Idéalisme absoluHegelLe réel est l’Esprit qui se réalise dans l’histoirePhénoménologie de l’esprit (1807)

L’idéalisme de Platon

Pour Platon, le monde sensible est changeant et ne donne lieu qu’à des opinions. Le vrai réel est celui des Idées (ou Formes) : le Beau en soi, le Juste en soi, l’Égal en soi, éternels et immuables, que seule l’intelligence saisit. Les choses sensibles n’en sont que des copies imparfaites, qui y « participent ». L'allégorie de la caverne met en scène cette hiérarchie. Paradoxalement, on parle aussi de réalisme des Idées, puisque Platon les tient pour pleinement réelles et indépendantes de nos esprits.

L’immatérialisme de Berkeley

L’évêque irlandais George Berkeley tire de l'empirisme une conclusion radicale : nous ne percevons jamais que des idées (couleurs, formes, sons). Parler d’une « matière » qui existerait hors de toute perception n’a pas de sens. Esse est percipi : l’être des choses sensibles consiste à être perçu. Les choses continuent d’exister quand je ne les perçois pas parce que Dieu les perçoit. Berkeley prétend ainsi défendre le sens commun contre le scepticisme et le matérialisme.

L’idéalisme transcendantal de Kant

Kant refuse l’idéalisme de Berkeley, qu’il appelle « dogmatique », et ajoute même à la 2e édition de la Critique (1787) une « Réfutation de l’idéalisme ». Pour lui, les choses existent hors de nous, mais nous ne les connaissons que comme phénomènes, à travers l’espace, le temps et les catégories. L’idéalisme kantien est donc un idéalisme de la forme de la connaissance, compatible avec un « réalisme empirique ». Voir criticisme.

L’idéalisme allemand : Fichte, Schelling, Hegel

Les successeurs de Kant suppriment la chose en soi inconnaissable. Pour Hegel, la pensée et l’être sont finalement identiques : l’histoire du monde est le développement de l’Esprit qui prend conscience de lui-même. La conscience s’élève, par une série d’expériences, de la certitude sensible au savoir absolu.

Idéalisme et réalisme en théorie de la connaissance

QuestionRéalismeIdéalisme
Le monde existe-t-il indépendamment de l’esprit ?OuiNon, ou nous ne pouvons le savoir
Que connaissons-nous ?Les choses elles-mêmesNos représentations, des phénomènes
Rôle de l’espritRecevoir, refléterConstituer, organiser
Critère de véritéCorrespondance à la réalitéCohérence, conditions de l’expérience

Le réalisme naïf (les choses sont exactement comme nous les percevons) est généralement abandonné depuis la distinction entre qualités premières et secondes. Le débat porte aujourd’hui sur des formes plus subtiles : réalisme scientifique, réalisme critique, antiréalisme, constructivisme.

Idéalisme et matérialisme en métaphysique

Le matérialisme affirme que tout ce qui existe est matière et que la pensée est un produit du cerveau. L’idéalisme soutient au contraire la primauté de l’esprit. Marx et Engels ont fait de cette opposition le clivage fondamental de l’histoire de la philosophie ; Marx se présente comme ayant « remis sur ses pieds » la dialectique de Hegel.

Critiques de l’idéalisme

  • Le sens commun : Samuel Johnson aurait « réfuté » Berkeley en frappant du pied une pierre (anecdote rapportée par Boswell), ce qui manque l’argument.
  • G. E. Moore, « La réfutation de l’idéalisme » (1903) : il faut distinguer l’acte de percevoir de l’objet perçu.
  • La phénoménologie : Husserl part de la conscience, mais toute conscience est conscience de quelque chose ; le débat sur son propre idéalisme reste ouvert.
  • Le matérialisme scientifique : les neurosciences expliquent la pensée par le cerveau, ce qui semble inverser l’ordre idéaliste.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre idéalisme et réalisme ?

Le réalisme affirme que le monde existe et est connaissable indépendamment de l’esprit ; l’idéalisme soutient que la réalité connue dépend, au moins dans sa forme, de l’esprit qui la connaît.

Kant est-il idéaliste ?

Oui, au sens d’un idéalisme transcendantal : l’espace et le temps sont des formes de notre sensibilité. Mais il refuse l’idéalisme qui nie l’existence des choses extérieures.

Que veut dire « esse est percipi » ?

« Être, c’est être perçu » : formule de Berkeley selon laquelle l’existence des objets sensibles se réduit au fait d’être perçus par un esprit.

Platon est-il idéaliste ou réaliste ?

Les deux, selon le sens : idéaliste parce que le vrai réel est celui des Idées, réaliste parce que ces Idées existent indépendamment de nos esprits.

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