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Philosophie · Théorie de la connaissance

Scepticisme

Le scepticisme est la position philosophique qui doute qu’on puisse atteindre une connaissance certaine et recommande de suspendre son jugement.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le scepticisme vient du grec skeptesthai, « examiner, observer ». Le sceptique est d’abord celui qui examine et continue de chercher, sans prétendre avoir trouvé. En philosophie, le scepticisme est la doctrine selon laquelle l’esprit humain ne peut atteindre aucune vérité certaine, ou du moins qu’il n’a pas de critère sûr pour la reconnaître. Il conduit à la suspension du jugement (épochè). C’est l’adversaire permanent de la théorie de la connaissance : toute tentative de fonder le savoir doit répondre à ses arguments.

Le scepticisme antique

Pyrrhon d’Élis (vers 365 - vers 275 av. J.-C.)

Pyrrhon, qui n’a rien écrit, est connu par son disciple Timon de Phlionte. Les choses sont, selon lui, indifférentes, instables et indécidables ; ni nos sensations ni nos opinions ne disent vrai ou faux. Il faut donc rester sans opinion, ce qui procure l'ataraxie, l’absence de trouble. Le scepticisme antique est d’abord une sagesse pratique : renoncer à trancher libère de l’inquiétude.

La Nouvelle Académie

Au IIIe siècle av. J.-C., l’Académie fondée par Platon devient sceptique avec Arcésilas puis Carnéade. Contre les stoïciens, ils soutiennent qu’aucune représentation ne porte la marque infaillible de sa vérité. Carnéade admet toutefois le probable comme guide de l’action.

Sextus Empiricus (IIe-IIIe siècle)

Médecin et philosophe, Sextus Empiricus expose le pyrrhonisme dans les Esquisses pyrrhoniennes. Le sceptique oppose à chaque argument un argument de force égale (isosthénie), ce qui conduit à la suspension du jugement, puis à la tranquillité. Il recense les modes (tropes) du doute.

Les arguments sceptiques classiques

Les cinq modes d’Agrippa

ModeContenu
DésaccordSur toute question, les hommes et les philosophes divergent
Régression à l’infiniToute justification exige une justification, et ainsi de suite
RelativitéLes choses apparaissent différemment selon l’observateur et les circonstances
HypothèseArrêter la régression sur un principe non prouvé est arbitraire
Cercle (diallèle)Justifier A par B et B par A ne prouve rien

Ces modes forment le trilemme d’Agrippa (régression, arbitraire, cercle), qui reste un problème central de la justification.

Les dix modes d’Énésidème

Ils insistent sur la relativité des perceptions : différences entre animaux et hommes, entre individus, entre organes des sens, selon les états (veille, sommeil, maladie, âge), les positions, les mélanges, les quantités, les coutumes. Le même vent paraît froid à l’un et doux à l’autre.

Les arguments modernes

  • Le rêve : rien ne permet de distinguer avec certitude la veille du rêve (Descartes, première Méditation).
  • Le malin génie : un être puissant et trompeur pourrait me faire croire à un monde qui n’existe pas.
  • Le cerveau dans une cuve (Hilary Putnam, 1981) : version contemporaine du malin génie.
  • Le problème de l’induction (Hume) : rien ne garantit que l’avenir ressemblera au passé.

Le scepticisme moderne

Montaigne (1533-1592)

Dans l'« Apologie de Raymond Sebond » (Essais, II, 12), Montaigne reprend les arguments pyrrhoniens pour humilier la présomption humaine. Sa devise « Que sais-je ? », gravée avec l’image d’une balance, résume une attitude de doute serein, qui n’interdit ni de vivre ni de suivre les coutumes.

Descartes : le doute comme méthode

Descartes utilise les arguments sceptiques pour les retourner : le doute méthodique est hyperbolique et volontaire, mais il vise une certitude, le cogito. Il distingue ainsi son doute de celui des sceptiques, « qui ne doutent que pour douter » (Discours de la méthode, III).

Hume : un scepticisme mitigé

Hume juge le pyrrhonisme radical intenable : la nature nous force à croire, manger, jouer au trictrac. Il défend un scepticisme mitigé : modestie intellectuelle, limitation de l’enquête aux objets à notre portée, méfiance envers la métaphysique.

Les réponses au scepticisme

RéponseAuteurArgument
AutoréfutationTradition depuis AristoteDire « rien n’est certain » est une affirmation certaine
Le cogitoDescartesDouter, c’est penser ; je ne peux douter que je pense
Le criticismeKantNous connaissons les phénomènes avec certitude, non les choses en soi
Le sens communThomas Reid, G. E. Moore« Voici une main » est plus certain que tout argument sceptique
Le contextualismeDavid Lewis, Keith DeRoseLes exigences du mot « savoir » varient selon le contexte
L’impossibilité pratiqueHume, Pascal« La nature confond les pyrrhoniens » (Pascal, Pensées)

Les sceptiques antiques répondaient à l’objection d’autoréfutation que leur doute s’applique aussi à lui-même, comme une purge qui s’évacue avec ce qu’elle a chassé (image de Sextus Empiricus).

Scepticisme, relativisme et doute ordinaire

  • Le scepticisme suspend le jugement ; le relativisme affirme que la vérité dépend du point de vue.
  • Le scepticisme philosophique n’est pas le simple esprit critique, qui doute de certaines affirmations pour mieux établir les autres. Il n’est pas non plus le « climatoscepticisme » ou le complotisme, qui sont souvent des certitudes contraires déguisées en doute.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre scepticisme et doute cartésien ?

Le sceptique doute pour suspendre son jugement et trouver la tranquillité. Descartes doute méthodiquement pour atteindre une certitude indubitable sur laquelle reconstruire le savoir.

Que signifie « Que sais-je ? » ?

C’est la devise de Montaigne, qui exprime l’humilité du sceptique : il ne s’agit pas d’affirmer qu’on ne sait rien, mais de s’interroger sur ce qu’on sait vraiment.

Le scepticisme est-il réfutable ?

On peut montrer qu’il est intenable en pratique ou qu’il se contredit s’il se présente comme une thèse. Mais réfuter définitivement ses arguments (rêve, régression) reste un problème ouvert.

Quel est le contraire du scepticisme ?

Le dogmatisme, qui affirme posséder des vérités certaines. Kant propose une troisième voie, le criticisme.

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