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Philosophie · Grands philosophes

Hannah Arendt

Hannah Arendt (1906-1975) est une philosophe politique germano-américaine. Elle a analysé le totalitarisme, forgé la notion de « banalité du mal » et pensé l’action politique comme cœur de la liberté.

Mis à jour le 4 min de lecture

Hannah Arendt, née le 14 octobre 1906 à Linden, près de Hanovre, et morte le 4 décembre 1975 à New York, refusait le titre de philosophe : elle se disait « théoricienne politique ». Juive allemande contrainte à l’exil en 1933, apatride pendant dix-huit ans, elle a consacré son œuvre à comprendre ce qui était arrivé au XXe siècle : l’effondrement de la tradition politique européenne, le totalitarisme nazi et stalinien, les camps. Sa formule de la banalité du mal, issue du procès Eichmann, reste l’une des plus discutées de la pensée contemporaine.

Repères biographiques

DateÉvénement
1906Naissance à Linden, dans une famille juive laïque ; enfance à Königsberg
1924-1929Études à Marbourg (Heidegger), Fribourg (Husserl), Heidelberg (Karl Jaspers)
1929Thèse : Le Concept d’amour chez Augustin
1933Arrêtée brièvement par la Gestapo ; s’exile à Paris, où elle travaille pour des organisations sionistes
1940Internée au camp de Gurs, dont elle s’échappe
1941Gagne New York avec son mari Heinrich Blücher
1951Les Origines du totalitarisme ; obtient la nationalité américaine
1958Condition de l’homme moderne
1961Assiste au procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem pour The New Yorker
1963Eichmann à Jérusalem, violente polémique
1963-1975Enseigne à Chicago puis à la New School for Social Research de New York
1975Mort à New York ; La Vie de l’esprit reste inachevée

Œuvres principales

ŒuvreDateApport
Les Origines du totalitarisme1951Antisémitisme, impérialisme, totalitarisme
Condition de l’homme moderne1958Travail, œuvre, action ; vie active
La Crise de la culture1961 (éd. augmentée 1968)Autorité, liberté, éducation, culture, vérité et politique
Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal1963Le mal commis par des hommes ordinaires
Essai sur la révolution1963Révolutions américaine et française
Du mensonge à la violence1972Mensonge en politique, désobéissance civile, violence
La Vie de l’espritposthume, 1978Penser, vouloir, juger

Les idées clés

Le totalitarisme, un régime sans précédent

Le totalitarisme n’est pas une tyrannie plus dure : c’est une forme nouvelle de domination, apparue avec le nazisme et le stalinisme. Il repose sur une idéologie qui prétend expliquer toute l’histoire par une seule idée (la race, la lutte des classes), sur la terreur qui détruit tout espace entre les hommes, et sur la transformation des individus en masses isolées. Les camps de concentration en sont le laboratoire : on y expérimente que « tout est possible », y compris la destruction de la personne humaine.

La banalité du mal

Au procès d’Adolf Eichmann, organisateur de la déportation des Juifs d’Europe, Arendt découvre non un monstre sadique mais un fonctionnaire zélé, médiocre, qui s’exprime par clichés. Son mal ne venait pas d’une profondeur démoniaque, mais d’une absence de pensée : l’incapacité de se mettre à la place d’autrui et de juger par soi-même. Le mal peut être « banal » sans être anodin : il se propage comme un champignon à la surface. La formule a été vivement critiquée, notamment pour la manière dont Arendt évoquait le rôle des Conseils juifs.

Travail, œuvre, action

Condition de l’homme moderne distingue trois activités humaines :

ActivitéCondition humaine correspondanteProduit
Le travailLa vie biologiqueDes biens consommés aussitôt (nourriture) ; cycle sans fin
L'œuvreL’appartenance au mondeDes objets durables (outils, maisons, œuvres d’art)
L'actionLa pluralité des hommesDes événements, des histoires, des institutions

L'action, accompagnée de la parole, est l’activité politique par excellence : elle a lieu entre les hommes, dans un espace public. Elle est imprévisible et irréversible ; ses remèdes sont le pardon et la promesse. Arendt craint que la société moderne réduise toutes les activités au travail et à la consommation.

La natalité

Contre Heidegger, qui pensait l’existence à partir de la mort, Arendt la pense à partir de la naissance : chaque naissance apporte dans le monde la possibilité d’un commencement nouveau. C’est le fondement de la liberté politique, et de l’éducation, qui doit préserver la nouveauté des enfants tout en leur transmettant le monde (« La crise de l’éducation », 1958).

Apport à la théorie de la connaissance

Vérité de fait et politique

Dans « Vérité et politique » (1967, repris dans La Crise de la culture), Arendt distingue les vérités de raison (mathématiques, philosophiques) et les vérités de fait (ce qui s’est passé), plus fragiles, car elles peuvent être effacées par le mensonge organisé. Le mensonge politique moderne ne cache plus seulement des secrets : il réécrit la réalité elle-même. Or la liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie. Les faits, têtus, forment le sol commun du débat démocratique. Voir la vérité.

Penser n’est pas connaître

Dans La Vie de l’esprit, Arendt reprend une distinction de Kant entre la raison et l'entendement : connaître vise la vérité et produit des résultats ; penser vise le sens et ne laisse rien derrière soi. Penser, c’est ce dialogue silencieux de soi avec soi que pratiquait Socrate. Cette activité, accessible à tous, est ce qui manquait à Eichmann.

Questions fréquentes

Que signifie la banalité du mal ?

Que les pires crimes peuvent être commis par des individus ordinaires, sans haine ni intention démoniaque, par conformisme, obéissance et absence de pensée personnelle.

Hannah Arendt était-elle philosophe ?

Elle a été formée par Heidegger, Husserl et Jaspers, mais préférait se définir comme théoricienne politique, car la philosophie s’intéresse à l’homme au singulier, alors qu’elle pensait les hommes au pluriel.

Quel lien entre Arendt et Heidegger ?

Elle a été son étudiante et sa compagne à Marbourg en 1924-1925. Elle a critiqué son engagement nazi, puis renoué avec lui après la guerre, tout en élaborant une pensée politique opposée à la sienne sur des points essentiels.

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