Philosophie · Grands philosophes
Karl Popper
Karl Popper (1902-1994) est un philosophe des sciences austro-britannique. Selon lui, une théorie est scientifique si elle peut être réfutée par l’expérience : c’est le critère de falsifiabilité.
Mis à jour le 4 min de lecture
Karl Raimund Popper, né à Vienne le 28 juillet 1902 et mort à Londres le 17 septembre 1994, est l’un des grands noms de l'épistémologie du XXe siècle. Sa thèse centrale renverse une idée reçue : la science ne progresse pas en accumulant des preuves qui vérifient ses théories, mais en proposant des hypothèses audacieuses et en cherchant à les réfuter. Une théorie qui ne peut être contredite par aucune observation possible n’est pas scientifique. Ce « critère de démarcation » est aujourd’hui l’un des repères les plus cités de la méthode scientifique. Popper fut aussi un défenseur de la démocratie libérale contre les totalitarismes.
Repères biographiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1902 | Naissance à Vienne, dans une famille bourgeoise d’origine juive convertie au protestantisme |
| 1919 | Brève adhésion au marxisme, qu’il abandonne après des affrontements meurtriers à Vienne |
| 1919 | Assiste à une conférence d’Einstein ; frappé par la confirmation de la relativité lors de l’éclipse de mai 1919 |
| 1928 | Doctorat de philosophie à Vienne ; enseigne dans le secondaire |
| 1934 | Logik der Forschung (Logique de la découverte scientifique) |
| 1937-1945 | Exil en Nouvelle-Zélande, au Canterbury College de Christchurch, face à la menace nazie |
| 1945 | La Société ouverte et ses ennemis |
| 1946-1969 | Professeur à la London School of Economics |
| 1959 | Édition anglaise augmentée de la Logique de la découverte scientifique |
| 1965 | Anobli par la reine Elizabeth II |
| 1994 | Mort à Londres |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Apport |
|---|---|---|
| Logique de la découverte scientifique | 1934 (anglais 1959) | Falsifiabilité, critère de démarcation |
| La Société ouverte et ses ennemis | 1945 | Critique de Platon, Hegel et Marx ; défense de la démocratie |
| Misère de l’historicisme | 1944-1945 (livre en 1957) | Impossible de prédire le cours de l’histoire |
| Conjectures et réfutations | 1963 | Recueil sur la croissance de la connaissance |
| La Connaissance objective | 1972 | Épistémologie évolutionniste ; théorie des trois mondes |
| La Quête inachevée | 1976 | Autobiographie intellectuelle |
Les idées clés
Le problème de l’induction
Hume avait montré qu’aucun nombre d’observations ne permet de prouver une loi générale. Popper accepte cette conclusion : l’induction n’existe pas comme méthode de preuve. Mais il en tire une conséquence nouvelle : il existe une asymétrie logique entre vérification et réfutation. Mille cygnes blancs observés ne prouvent pas que « tous les cygnes sont blancs » ; un seul cygne noir suffit à réfuter cette proposition.
La falsifiabilité, critère de démarcation
Une théorie est scientifique si elle est falsifiable (ou réfutable) : si l’on peut concevoir une observation qui la contredirait. Ce critère distingue la science de ce qui n’en est pas (métaphysique, pseudo-sciences), sans dire que ce qui n’est pas science est dénué de sens ou de valeur.
Einstein contre Freud, Adler et Marx
Popper raconte que son critère lui est venu en 1919, en comparant deux types de théories. La relativité générale d’Einstein prédisait une déviation précise de la lumière par le Soleil : elle prenait le risque d’être démentie par l’observation de l’éclipse. À l’inverse, la psychanalyse de Freud, la psychologie d’Adler et le marxisme pouvaient tout expliquer, y compris des comportements opposés : ce qui passait pour leur force était en réalité leur faiblesse.
Conjectures et réfutations
La connaissance scientifique progresse par essais et erreurs : on propose des conjectures audacieuses, puis on tente sérieusement de les réfuter. Une théorie qui résiste aux tests est corroborée, jamais prouvée : elle reste provisoire. Les meilleures théories sont celles qui disent beaucoup et prennent le plus de risques. L’histoire des sciences est une suite de théories réfutées et remplacées par de meilleures.
Les trois mondes
Dans La Connaissance objective, Popper distingue le monde 1 (les objets physiques), le monde 2 (les états mentaux) et le monde 3 (les produits de l’esprit humain : théories, problèmes, arguments, œuvres). La connaissance scientifique appartient au monde 3 : elle a une existence objective, indépendante de ceux qui l’ont produite.
La société ouverte
Écrite pendant la guerre, La Société ouverte et ses ennemis applique le faillibilisme à la politique. Les « ennemis » sont Platon, Hegel et Marx, accusés d'historicisme (croire que l’histoire obéit à des lois qui permettent de la prédire) et de holisme. À la question « qui doit gouverner ? », Popper substitue une autre : comment organiser les institutions pour pouvoir se débarrasser des mauvais gouvernants sans violence ? Il formule aussi le paradoxe de la tolérance : une tolérance illimitée envers les intolérants conduit à la disparition de la tolérance.
Critiques
- Thomas Kuhn (La Structure des révolutions scientifiques, 1962) objecte que les savants ne rejettent pas une théorie dès la première réfutation : ils travaillent à l’intérieur de paradigmes qui ne changent que lors de crises.
- Imre Lakatos propose de juger des programmes de recherche plutôt que des théories isolées.
- Paul Feyerabend conteste l’existence d’une méthode scientifique unique.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le critère de falsifiabilité ?
Le critère selon lequel une théorie est scientifique si elle peut en principe être réfutée par une observation. Une théorie compatible avec tous les faits possibles n’est pas scientifique.
Pourquoi Popper dit-il que la psychanalyse n’est pas une science ?
Parce qu’elle peut interpréter n’importe quel comportement, et son contraire, comme une confirmation. Aucune observation ne pourrait la contredire : elle n’est donc pas falsifiable.
Une théorie scientifique peut-elle être vraie selon Popper ?
Elle peut l’être, mais on ne peut jamais le savoir avec certitude. On peut seulement dire qu’elle a résisté jusqu’ici aux tentatives de réfutation. La vérité reste un idéal régulateur dont on s’approche.