Histoire · XIXe siècle
Le suffrage universel masculin
Le suffrage universel masculin, qui donne le droit de vote à tous les hommes majeurs sans condition de fortune, est instauré définitivement en France par le décret du 5 mars 1848. Le corps électoral passe de 250 000 à 9 millions d’hommes.
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Le suffrage universel masculin est le droit de vote accordé à tous les hommes majeurs, sans condition de fortune ni d’instruction. En France, il est instauré une première fois en 1792 pour élire la Convention, puis abandonné. Il est établi définitivement par le décret du gouvernement provisoire du 5 mars 1848, après la révolution de février 1848. Le nombre d’électeurs passe alors d’environ 250 000 à plus de 9 millions. Il n’est vraiment « universel » qu’en 1944, quand les femmes obtiennent à leur tour le droit de vote.
Du suffrage censitaire au suffrage universel
| Période | Régime | Qui vote ? | Nombre d’électeurs (environ) |
|---|---|---|---|
| 1791 | Monarchie constitutionnelle | Citoyens « actifs » payant une contribution égale à trois journées de travail ; élection à deux degrés | 4,3 millions de citoyens actifs |
| 1792 | Convention | Presque tous les hommes de 21 ans (suffrage universel masculin, deux degrés) | Plus de 7 millions d’électeurs potentiels, faible participation |
| 1795-1799 | Directoire | Suffrage censitaire | Restreint |
| 1799-1814 | Consulat et Empire | Suffrage universel vidé de son sens, plébiscites | Plusieurs millions |
| 1815-1830 | Restauration | Hommes de 30 ans payant 300 francs d’impôts directs | Environ 90 000 à 100 000 |
| 1830-1848 | Monarchie de Juillet | Hommes de 25 ans payant 200 francs | Environ 170 000, puis 250 000 |
| Depuis 1848 | IIe République, puis suivants | Tous les hommes de 21 ans | Plus de 9 millions |
| Depuis 1944 | Ordonnance d’Alger | Hommes et femmes de 21 ans | Plus de 20 millions |
| Depuis 1974 | Ve République | Majorité à 18 ans | — |
Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, le pouvoir appartient aux plus riches. Le ministre Guizot répond aux partisans de l’élargissement : « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne », formule souvent raccourcie.
La révolution de 1848
À partir de 1847, l’opposition républicaine et libérale organise une campagne des banquets pour réclamer l’abaissement du cens. L’interdiction d’un banquet à Paris provoque l’insurrection de février 1848 : le roi Louis-Philippe abdique, la République est proclamée. Le gouvernement provisoire (Lamartine, Ledru-Rollin, Louis Blanc, l’ouvrier Albert…) adopte aussitôt plusieurs mesures, dont :
- le suffrage universel masculin (décret du 5 mars 1848) ;
- l'abolition de l’esclavage dans les colonies (27 avril 1848), défendue par Victor Schœlcher ;
- la liberté de la presse et de réunion ;
- l’abolition de la peine de mort en matière politique.
Les premières élections
Le 23 avril 1848 (dimanche de Pâques), les Français élisent une Assemblée constituante. La participation atteint environ 84 %. Les électeurs, souvent des paysans encore peu instruits, se rendent au chef-lieu de canton, parfois en cortège derrière le maire et le curé. Ils élisent une majorité de républicains modérés et de notables conservateurs, et peu de socialistes.
Le 10 décembre 1848, la première élection présidentielle au suffrage universel masculin donne une victoire écrasante à Louis-Napoléon Bonaparte, avec environ 74 % des voix, devant le général Cavaignac. Il deviendra l’empereur Napoléon III après son coup d’État du 2 décembre 1851.
Un suffrage contesté et encadré
- 1850 : la loi du 31 mai impose trois ans de domicile au même endroit : environ 3 millions d’électeurs, surtout des ouvriers mobiles, perdent le droit de vote.
- 1851-1852 : Louis-Napoléon rétablit le suffrage universel après son coup d’État et l’utilise dans des plébiscites. Sous le Second Empire, les candidatures officielles soutenues par les préfets faussent les élections.
- Sous la IIIe République, le suffrage universel masculin devient la base du régime parlementaire. L’apprentissage du vote progresse avec l’école de Jules Ferry.
- 1913 : l'isoloir et l'enveloppe sont rendus obligatoires pour garantir le secret du vote.
Qui est exclu du suffrage « universel » de 1848 ?
- Les femmes, malgré les demandes de féministes comme Jeanne Deroin, qui se présente aux élections législatives de 1849 alors qu’elle n’y a pas droit.
- Les militaires en activité, privés du droit de vote de 1872 à 1945.
- Les condamnés à certaines peines.
- Les populations colonisées, à l’exception de certaines colonies anciennes (Antilles, Réunion, Sénégal) où les hommes libres ou affranchis deviennent électeurs.
Exercice corrigé
Explique la différence entre le vote de 1846 et celui de 1848.
- En 1846, seuls les hommes payant au moins 200 francs d’impôts directs votent : environ 250 000 électeurs (suffrage censitaire). En 1848, tous les hommes de 21 ans votent, sans condition de fortune : plus de 9 millions d’électeurs (suffrage universel masculin).
Questions fréquentes
Quand le suffrage universel a-t-il été instauré en France ?
Le suffrage universel masculin a été adopté une première fois en 1792, puis définitivement par le décret du 5 mars 1848. Le suffrage réellement universel, incluant les femmes, date de 1944.
Pourquoi parle-t-on de suffrage universel « masculin » ?
Parce qu’en 1848, il ne concerne que les hommes. Les femmes n’obtiennent le droit de vote qu’en 1944 et votent pour la première fois en 1945.
Quand l’isoloir a-t-il été introduit en France ?
Par la loi du 29 juillet 1913, appliquée à partir des élections de 1914. Avant, le vote n’était pas vraiment secret, ce qui facilitait les pressions.