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Histoire · XIXe siècle

La condition ouvrière au XIXe siècle

Au XIXe siècle, l’industrialisation crée un monde ouvrier nombreux qui travaille 12 à 15 heures par jour pour de bas salaires, dans des logements insalubres. Peu à peu, les ouvriers s’organisent et obtiennent des lois sociales.

Mis à jour le 4 min de lecture

Avec la révolution industrielle, une nouvelle classe sociale se développe en Europe : les ouvriers de l’industrie, qui travaillent dans les usines, les mines et les ateliers contre un salaire. Au XIXe siècle, leurs conditions de vie sont très difficiles : journées de 12 à 15 heures, salaires faibles, travail des enfants, logements insalubres, absence de protection en cas de maladie, d’accident ou de vieillesse. Cette situation, appelée alors la « question sociale », pousse les ouvriers à s’organiser (grèves, syndicats, partis socialistes) et conduit progressivement l’État à voter les premières lois sociales. Le roman Germinal de Zola (1885) en a donné une image saisissante.

Qui sont les ouvriers ?

En France, l’industrialisation est plus lente qu’au Royaume-Uni. Le nombre d’ouvriers d’industrie passe d’environ 1 à 2 millions vers 1840 à plus de 4 millions vers 1900. Le monde ouvrier est divers :

GroupeExemples
Ouvriers d’usineFilatures et tissages du Nord (Lille, Roubaix, Tourcoing), de Normandie, d’Alsace
MineursBassin houiller du Nord - Pas-de-Calais, Saint-Étienne, Carmaux
MétallurgistesLe Creusot (famille Schneider), Lorraine
Artisans et ouvriers de métierParis : imprimeurs, menuisiers, bijoutiers
Ouvriers-paysansTravaillent à l’usine et gardent un lopin de terre

Beaucoup viennent des campagnes, avec l'exode rural, ou de l’étranger (Belges, Italiens, Polonais).

Les conditions de travail

  • La durée : 12 à 15 heures par jour, six jours sur sept, parfois sept.
  • Le règlement d’usine : horaires stricts, amendes pour retard ou bavardage, surveillance par des contremaîtres. Le livret ouvrier, obligatoire de 1803 à 1890, permet aux patrons et à la police de contrôler les déplacements des ouvriers.
  • Les dangers : machines sans protection, coups de grisou dans les mines (la catastrophe de Courrières, en 1906, fait 1 099 morts), poussières, maladies professionnelles.
  • Les salaires sont bas et irréguliers ; le chômage frappe en cas de crise. Les femmes gagnent environ la moitié du salaire des hommes.
  • Aucune protection : pas d’assurance maladie, pas de retraite, pas d’indemnité d’accident avant 1898.

Le travail des enfants

Les enfants travaillent dès 6 ou 8 ans dans les filatures (pour rattacher les fils, se glisser sous les machines) et dans les mines (pour pousser les wagonnets). Le médecin Louis-René Villermé publie en 1840 un Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, qui révèle leur épuisement.

DateLoi sur le travail des enfants
1841Interdiction du travail avant 8 ans dans les entreprises de plus de 20 ouvriers ; 8 heures par jour de 8 à 12 ans (peu appliquée faute d’inspecteurs)
1874Âge minimum porté à 12 ans ; création d’un corps d’inspecteurs du travail
1882Les lois Jules Ferry rendent l’école obligatoire de 6 à 13 ans
1892Âge minimum de 13 ans ; journée limitée pour les enfants et les femmes

La vie quotidienne

  • Le logement : dans les villes industrielles, les ouvriers s’entassent dans des taudis, des caves, des courées (Lille, Roubaix), souvent sans eau ni lumière. Le choléra (1832, 1849) y fait des ravages.
  • L’alimentation : pain, pommes de terre, soupe ; la viande est rare. Le pain représente une grande partie du budget.
  • La santé : l’espérance de vie dans les quartiers ouvriers est très inférieure à celle des quartiers bourgeois ; l’alcoolisme et la tuberculose sont répandus.
  • Le paternalisme : certains patrons, comme les Schneider au Creusot ou les Menier à Noisiel, construisent des cités ouvrières, des écoles, des dispensaires, des églises. Ils améliorent les conditions de vie, mais contrôlent aussi la vie des ouvriers.

Les luttes ouvrières

DateÉtape
1831 et 1834Révoltes des canuts (ouvriers de la soie) de Lyon, durement réprimées
1848Révolution de février ; ateliers nationaux, puis journées de Juin, écrasées (voir révolution de 1848)
1864Droit de grève reconnu (loi Ollivier, sous le Second Empire) ; fondation à Londres de l’Association internationale des travailleurs
1871Commune de Paris
1884Loi Waldeck-Rousseau : liberté des syndicats
1886Manifestations de Chicago pour la journée de 8 heures, origine du 1er Mai
1891Fusillade de Fourmies le 1er mai : 9 morts
1895Fondation de la CGT
1905Fondation de la SFIO, parti socialiste unifié

Les penseurs socialistes, comme Karl Marx (Manifeste du parti communiste, 1848, avec Engels), analysent l’exploitation des ouvriers par les propriétaires des moyens de production et appellent à leur union. D’autres, catholiques sociaux ou républicains, défendent des réformes progressives.

Les premières lois sociales sous la IIIe République

  • 1898 : loi sur les accidents du travail : le patron est responsable et doit indemniser.
  • 1900 : journée de 10 heures pour une partie des ouvriers (loi Millerand), progressivement.
  • 1906 : repos hebdomadaire obligatoire (le dimanche, en principe).
  • 1910 : retraites ouvrières et paysannes, peu efficaces.
  • 1919 : journée de 8 heures.

Exercice corrigé

Cite trois difficultés de la vie d’un ouvrier vers 1850 et une solution obtenue plus tard.

  • Difficultés : journées de 12 à 15 heures, salaires bas, logements insalubres (ou travail des enfants, accidents).
  • Solution : la liberté syndicale en 1884, qui permet aux ouvriers de s’organiser pour défendre leurs droits (ou la loi de 1898 sur les accidents du travail).

Questions fréquentes

Combien d’heures travaillaient les ouvriers au XIXe siècle ?

Le plus souvent 12 à 15 heures par jour, six jours par semaine. La journée de 10 heures se généralise lentement vers 1900, et celle de 8 heures n’est votée qu’en 1919.

Quand le droit de grève a-t-il été reconnu en France ?

En 1864, par la loi Ollivier, qui supprime le délit de coalition. Les syndicats ne sont légalisés qu’en 1884.

Qu’est-ce que le paternalisme ?

C’est l’attitude de patrons qui prennent en charge la vie de leurs ouvriers (logement, école, soins, loisirs) pour les fixer, les moraliser et éviter les grèves, en échange de leur fidélité.

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