Histoire · XIXe siècle
L’empire colonial français
Le second empire colonial français se construit de la conquête d’Alger en 1830 à 1914. Avec l’Algérie, l’Afrique occidentale et équatoriale, l’Indochine et Madagascar, il devient le deuxième empire du monde après l’Empire britannique.
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Après la perte de la plus grande partie de son premier empire colonial entre 1763 et 1815, la France se constitue au XIXe siècle un second empire colonial. Il commence avec la conquête d’Alger en 1830, s’étend sous le Second Empire et surtout sous la IIIe République, dans les années 1880-1900. À la veille de 1914, il couvre environ 11 millions de km² et compte près de 50 millions d’habitants : c’est le deuxième empire du monde, après l'Empire britannique. Cette fiche traite du cas français ; la fiche colonisation présente le mouvement européen dans son ensemble.
Les étapes de la conquête
| Date | Territoire |
|---|---|
| 1830 | Prise d'Alger ; conquête de l’Algérie jusqu’en 1847, puis de la Kabylie (1857) |
| 1842-1853 | Tahiti (protectorat en 1842), Nouvelle-Calédonie (1853) |
| 1854-1865 | Sénégal, sous le gouverneur Faidherbe |
| 1858-1867 | Cochinchine (sud du Vietnam) |
| 1863 | Protectorat sur le Cambodge |
| 1881 | Protectorat sur la Tunisie (traité du Bardo) |
| 1883-1885 | Protectorat sur l'Annam et le Tonkin |
| 1887 | Création de l'Union indochinoise (le Laos y est intégré en 1893) |
| 1880-1900 | Conquête de l’Afrique de l’Ouest (Soudan, Guinée, Côte d’Ivoire, Dahomey) et du Congo (explorateur Savorgnan de Brazza) |
| 1895 | Création de l'Afrique-Occidentale française (AOF), capitale Dakar à partir de 1902 |
| 1896 | Annexion de Madagascar |
| 1898 | Crise de Fachoda avec le Royaume-Uni |
| 1910 | Création de l'Afrique-Équatoriale française (AEF), capitale Brazzaville |
| 1912 | Protectorat sur le Maroc (traité de Fès) |
Après 1918, la France reçoit aussi des mandats de la Société des Nations sur la Syrie, le Liban, une partie du Togo et du Cameroun.
Les différents statuts
| Statut | Exemples | Fonctionnement |
|---|---|---|
| Départements | Algérie (trois départements à partir de 1848) | Rattachée au ministère de l’Intérieur, considérée comme partie de la France |
| Colonies | Sénégal, Cochinchine, Madagascar, colonies de l’AOF et de l’AEF | Administrées directement par un gouverneur |
| Protectorats | Tunisie, Maroc, Annam, Tonkin, Cambodge | Le souverain local reste en place, mais un résident général français détient le pouvoir réel |
| Anciennes colonies | Antilles, Guyane, Réunion | Héritées du premier empire ; leurs habitants sont citoyens depuis 1848 |
Pourquoi coloniser ?
Les partisans de la colonisation avancent plusieurs arguments :
- Économiques : trouver des matières premières (coton, caoutchouc, arachide, riz, minerais) et des débouchés pour l’industrie française.
- Politiques et stratégiques : après la défaite de 1870 face à la Prusse, restaurer la puissance et le prestige de la France, rivaliser avec le Royaume-Uni, disposer de ports et de bases navales.
- Idéologiques : la prétendue « mission civilisatrice » de la France, fondée sur la croyance en une hiérarchie des « races », diffuser la langue, l’école, la médecine et le christianisme.
- Scientifiques : explorer et cartographier.
Le grand débat de 1885
Le 28 juillet 1885, à la Chambre des députés, Jules Ferry, qui a lancé les conquêtes de la Tunisie et du Tonkin, défend la colonisation : il affirme que les « races supérieures » ont un devoir de civiliser les « races inférieures », et que les colonies offrent des débouchés. Georges Clemenceau lui répond en dénonçant cette prétendue supériorité et le coût humain des conquêtes, et estime que la priorité doit être la revanche contre l’Allemagne. Ce débat est un document classique du programme de 4e.
Les sociétés coloniales
- Une société inégale : les colonisateurs européens dominent. En Algérie, on compte environ 750 000 Européens vers 1911 pour près de 5 millions d’Algériens musulmans.
- Le Code de l’indigénat (appliqué en Algérie à partir de 1881, puis étendu à d’autres colonies) soumet les « indigènes » à des sanctions particulières sans jugement et à des restrictions de circulation.
- Le travail forcé et l’impôt de capitation servent à construire routes et chemins de fer, notamment en Afrique équatoriale, au prix de nombreuses morts (chemin de fer Congo-Océan, 1921-1934).
- Des aménagements : ports, routes, voies ferrées, quelques écoles et hôpitaux, l’Institut Pasteur outre-mer. Ils servent d’abord les intérêts de la métropole, et peu de colonisés en bénéficient.
- Les résistances : Abd el-Kader en Algérie, Samory Touré en Afrique de l’Ouest, la reine Ranavalona III et des insurrections à Madagascar, le mouvement Cần Vương en Indochine, révolte kanak de 1878 en Nouvelle-Calédonie.
L’empire dans la culture
La colonisation est célébrée par la propagande : manuels scolaires, cartes murales coloriant l’empire en rose, affiches, produits (« Banania »), expositions. L'Exposition coloniale de Vincennes, en 1931, attire des millions de visiteurs et marque l’apogée de l’idée impériale. Les « zoos humains », où des colonisés sont exhibés, se multiplient de la fin du XIXe siècle aux années 1930 (voir aussi les expositions universelles).
La fin de l’empire
L’empire fournit des soldats et des travailleurs lors des deux guerres mondiales. Après 1945, la décolonisation passe par des guerres en Indochine (1946-1954) et en Algérie (1954-1962), et par des indépendances négociées en Afrique (1956-1960).
Exercice corrigé
Cite deux arguments de Jules Ferry en faveur de la colonisation et un argument de Clemenceau contre.
- Ferry : les colonies offrent des débouchés à l’industrie ; la France doit tenir son rang de grande puissance (et il invoque un prétendu devoir de civiliser).
- Clemenceau : il refuse l’idée de races supérieures et juge que les conquêtes détournent la France de la revanche contre l’Allemagne.
Questions fréquentes
Quelle était la taille de l’empire colonial français ?
Environ 11 à 12 millions de km² dans l’entre-deux-guerres, soit plus de vingt fois la France métropolitaine, avec plus de 60 millions d’habitants à son apogée.
Quelle est la différence entre une colonie et un protectorat ?
Dans une colonie, la France administre directement le territoire. Dans un protectorat, le souverain local reste en place, mais la France contrôle la politique étrangère, l’armée et en pratique le gouvernement.
Quand l’empire colonial français a-t-il pris fin ?
Pour l’essentiel entre 1954 et 1962, avec l’indépendance de l’Indochine, de la Tunisie et du Maroc (1956), de l’Afrique subsaharienne (1960) et de l’Algérie (1962).