Histoire · Histoire de France
La Révolution tranquille
La Révolution tranquille est la période de réformes rapides que connaît le Québec dans les années 1960, après l’élection de Jean Lesage. L’État prend en charge éducation, santé et économie.
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La Révolution tranquille désigne la période de modernisation accélérée du Québec qui s’ouvre avec l’élection du Parti libéral de Jean Lesage, le 22 juin 1960, et se prolonge jusqu’à la fin de la décennie. En quelques années, l’État québécois se dote d’un ministère de l’Éducation (1964), nationalise l’électricité (1963), crée de grandes sociétés publiques et remplace l’Église catholique dans l’éducation, la santé et les services sociaux. Les Canadiens français du Québec se définissent désormais comme Québécois, et le nationalisme prend un tour nouveau qui conduira aux référendums sur la souveraineté. L’expression aurait été popularisée par un journaliste anglophone (Quiet Revolution).
Avant 1960 : la fin de l’ère Duplessis
De 1944 à 1959, le Québec est gouverné par l’Union nationale de Maurice Duplessis, conservateur, autonomiste face à Ottawa, proche du clergé, hostile aux syndicats, favorable aux investissements étrangers. L’Église catholique contrôle l’essentiel des écoles, des hôpitaux et des œuvres sociales. Cette période, souvent appelée « Grande Noirceur », a été réévaluée par les historiens, qui y voient aussi des signes de modernisation. Des contestations l’annoncent : le manifeste artistique Refus global (1948), la grève de l’amiante (1949), la revue Cité libre (1950), la grève de Murdochville (1957).
Duplessis meurt en septembre 1959. Son successeur, Paul Sauvé, lance un programme de changement résumé par le mot « Désormais », mais il meurt après cent jours, en janvier 1960.
Les grandes réformes
| Domaine | Réforme | Date |
|---|---|---|
| Santé | Assurance-hospitalisation | 1961 |
| Culture | Ministère des Affaires culturelles, Office de la langue française | 1961 |
| Relations internationales | Délégation générale du Québec à Paris | 1961 |
| Éducation | Commission Parent (rapport 1963-1966) | 1961 |
| Économie | Société générale de financement | 1962 |
| Énergie | Nationalisation des compagnies privées d’électricité par Hydro-Québec | 1963 |
| Éducation | Création du ministère de l’Éducation | 1964 |
| Droits des femmes | Loi 16 : fin de l’incapacité juridique de la femme mariée | 1964 |
| Travail | Code du travail ; droit de grève dans la fonction publique | 1964-1965 |
| Finances | Caisse de dépôt et placement du Québec ; Régime de rentes du Québec | 1965 |
| Éducation | Cégeps | 1967 |
| Éducation | Réseau de l’Université du Québec | 1968 |
« Maîtres chez nous » : la nationalisation de l’électricité
Ministre des Ressources naturelles, René Lévesque convainc Jean Lesage de nationaliser les compagnies privées d’électricité. Le gouvernement en fait l’enjeu d’élections anticipées le 14 novembre 1962, sous le slogan « Maîtres chez nous », qu’il remporte. En 1963, Hydro-Québec acquiert onze compagnies et devient l’un des symboles de la fierté québécoise, avec ensuite les grands barrages de la Manicouagan et de la Baie-James.
L’éducation
La commission Parent recommande une refonte complète du système scolaire. Le ministère de l’Éducation, créé en 1964 avec Paul Gérin-Lajoie pour premier titulaire, retire à l’Église la direction de l’enseignement. Les écoles secondaires polyvalentes, les cégeps (collèges d’enseignement général et professionnel, 1967) et l'Université du Québec (1968) démocratisent l’accès aux études. La scolarité devient obligatoire jusqu’à 15 ans puis, plus tard, 16 ans.
Une transformation de la société
- Laïcisation rapide : la pratique religieuse s’effondre, les vocations chutent, l’État remplace les communautés religieuses.
- Démographie : le Québec, qui avait l’une des natalités les plus élevées d’Occident, voit la sienne passer sous la moyenne canadienne.
- Culture : essor de la chanson (Gilles Vigneault, Félix Leclerc, Robert Charlebois), du théâtre (Les Belles-sœurs de Michel Tremblay, 1968), du cinéma et de la littérature, affirmation du français québécois.
- Ouverture au monde : l'Expo 67 à Montréal accueille plus de 50 millions de visites ; la « doctrine Gérin-Lajoie » (1965) affirme le droit du Québec d’agir à l’international dans ses domaines de compétence.
Le nouveau nationalisme
Le nationalisme canadien-français, défensif et religieux, devient un nationalisme québécois, territorial et tourné vers l’État. Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) apparaît en 1960. En 1966, l’Union nationale de Daniel Johnson revient au pouvoir avec le slogan « Égalité ou indépendance » et poursuit les réformes. Le 24 juillet 1967, le « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle (voir Charles de Gaulle) a un grand retentissement. René Lévesque quitte le Parti libéral et fonde en 1968 le Parti québécois. En marge, le Front de libération du Québec (FLQ) choisit la violence, jusqu’à la crise d’Octobre de 1970.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates de la Révolution tranquille ?
On la fait commencer avec l’élection de Jean Lesage le 22 juin 1960. Sa fin est située en 1966 (défaite de Lesage) ou, plus largement, vers 1970.
Pourquoi parle-t-on de révolution « tranquille » ?
Parce que les changements, profonds et rapides, se sont faits par des réformes démocratiques et sans violence de masse, contrairement aux révolutions classiques.
Qui sont les principaux acteurs de la Révolution tranquille ?
Le premier ministre Jean Lesage et son « équipe du tonnerre » : René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie, Georges-Émile Lapalme, ainsi que de hauts fonctionnaires comme Jacques Parizeau et Claude Morin. Daniel Johnson poursuit les réformes à partir de 1966.