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Les peuples autochtones du Canada
Les peuples autochtones du Canada (Premières Nations, Inuit et Métis) occupent le territoire depuis des millénaires. Leur histoire mêle alliances, traités, assimilation et luttes pour leurs droits.
Mis à jour le 5 min de lecture
La Constitution canadienne de 1982 reconnaît trois groupes de peuples autochtones : les Premières Nations, les Inuit et les Métis. Ensemble, ils comptaient environ 1,8 million de personnes au recensement de 2021, soit 5 % de la population du Canada. Présents sur le territoire depuis au moins une douzaine de milliers d’années, ils ont été les alliés indispensables de la Nouvelle-France et de l’Empire britannique, avant de subir, après la Confédération, des politiques d’assimilation dont les pensionnats sont le symbole. Depuis la fin du XXe siècle, la reconnaissance de leurs droits et la réconciliation sont au cœur de la vie politique canadienne.
Les trois groupes
| Groupe | Description | Population (recensement 2021, environ) |
|---|---|---|
| Premières Nations | Peuples autochtones autres que les Inuit et les Métis ; plus de 600 communautés | 1 050 000 |
| Métis | Peuple issu des unions entre Autochtones et Européens, surtout dans les Prairies, avec une culture et une langue propres (le michif) | 625 000 |
| Inuit | Peuple de l’Arctique (Nunavut, Nunavik au Québec, Nunatsiavut, Inuvialuit) | 70 000 |
Les langues autochtones appartiennent à une douzaine de familles (algonquienne, iroquoienne, inuit, athapascane ou dénée, salish…), soit plusieurs dizaines de langues dont le cri, l’ojibwé et l’inuktitut sont les plus parlées. Le Québec reconnaît onze nations autochtones, dont les Innus, les Cris, les Mohawks, les Hurons-Wendats et les Inuit (voir Québec).
Avant le contact européen
Les données archéologiques attestent une présence humaine en Amérique du Nord depuis au moins 12 000 à 15 000 ans. Les sociétés autochtones sont très diverses :
- chasseurs-cueilleurs nomades des forêts boréales et de la toundra (Cris, Innus, Inuit) ;
- agriculteurs sédentaires des Grands Lacs et du Saint-Laurent, cultivant les « trois sœurs » (maïs, courge, haricot), comme les Hurons-Wendats et les nations de la Confédération iroquoise (Haudenosaunee) ;
- sociétés de pêcheurs de la côte Pacifique, organisées en chefferies, célèbres pour leurs mâts totémiques et le potlatch ;
- chasseurs de bisons des Prairies.
Contact, alliances et épidémies (XVIe-XVIIIe siècles)
Les Européens rencontrés par Jacques Cartier puis Champlain dépendent des Autochtones pour la traite des fourrures, la connaissance du territoire et la survie. Les Français nouent des alliances avec les Innus, les Algonquins et les Hurons-Wendats, tandis que la Confédération iroquoise s’allie aux Hollandais puis aux Anglais. La Grande Paix de Montréal (1701) réunit une quarantaine de nations. Les épidémies (variole, rougeole, grippe), contre lesquelles les Autochtones n’ont pas d’immunité, déciment des populations entières au XVIIe siècle.
La Proclamation royale de 1763 reconnaît que les terres autochtones non cédées leur appartiennent et que seule la Couronne peut les acquérir, par traité. Ce principe fonde le système des traités.
Traités et Loi sur les Indiens (XIXe siècle)
Après la Confédération, Ottawa conclut avec les Premières Nations de l’Ouest les traités numérotés (1 à 11, de 1871 à 1921), par lesquels de vastes territoires sont cédés en échange de réserves, d’annuités et de promesses (outils, écoles, droits de chasse). Les interprétations de ces traités divergent encore aujourd’hui.
La Loi sur les Indiens (1876) fait des Premières Nations des pupilles de l’État fédéral : elle définit qui est « Indien inscrit », encadre la vie dans les réserves, impose des conseils de bande élus et interdit pendant des décennies certaines cérémonies, comme le potlatch (1884-1951). Les femmes qui épousaient un non-Indien perdaient leur statut, discrimination corrigée en 1985.
Louis Riel et les Métis
En 1869-1870, les Métis de la rivière Rouge, menés par Louis Riel, s’opposent au transfert de leurs terres au Canada sans consultation et obtiennent la création du Manitoba. En 1885, la rébellion du Nord-Ouest, en Saskatchewan, est écrasée ; Riel est pendu à Regina le 16 novembre 1885. Son exécution provoque une vive indignation au Québec.
Les pensionnats autochtones
De la fin du XIXe siècle à 1996, date de fermeture du dernier établissement, environ 150 000 enfants des Premières Nations, inuit et métis sont retirés à leur famille et placés dans des pensionnats, financés par l’État fédéral et dirigés par des Églises. Objectif affiché : les assimiler. Il leur est souvent interdit de parler leur langue ; beaucoup subissent des sévices, et des milliers y meurent de maladie et de mauvais traitements.
La Commission de vérité et réconciliation (2008-2015) qualifie ce système de « génocide culturel » et formule 94 appels à l’action. Le premier ministre Stephen Harper présente des excuses officielles le 11 juin 2008, et le pape François en juillet 2022. Depuis 2021, le 30 septembre est la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
Luttes et reconnaissance (depuis 1960)
| Date | Étape |
|---|---|
| 1960 | Droit de vote fédéral pour les Indiens inscrits sans perte de statut |
| 1969 | Le « livre blanc » propose d’abolir le statut d’Indien ; il est retiré face à l’opposition autochtone |
| 1973 | Arrêt Calder : la Cour suprême reconnaît l’existence d’un titre ancestral |
| 1975 | Convention de la Baie-James et du Nord québécois, avec les Cris et les Inuit |
| 1982 | L’article 35 de la Loi constitutionnelle reconnaît les droits ancestraux et issus de traités |
| 1990 | Crise d’Oka : affrontement de 78 jours entre Mohawks, police et armée au Québec |
| 1999 | Création du Nunavut, territoire à majorité inuit |
| 2002 | « Paix des braves » entre le Québec et les Cris |
| 2008 | Excuses du gouvernement fédéral pour les pensionnats |
| 2019 | Rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées |
| 2021 | Le Canada adopte une loi de mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones |
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre Premières Nations, Inuit et Métis ?
Les Premières Nations regroupent la plupart des peuples autochtones au sud de l’Arctique ; les Inuit sont le peuple de l’Arctique ; les Métis sont un peuple distinct né du métissage entre Autochtones et Européens, principalement dans l’Ouest. Les trois sont reconnus par la Constitution de 1982.
Pourquoi ne dit-on plus « Indiens » ou « Amérindiens » ?
Le terme « Indien », issu de l’erreur de Christophe Colomb, subsiste dans la loi (Loi sur les Indiens, « Indien inscrit »), mais il est jugé inapproprié dans l’usage courant. On parle de Premières Nations, d’Autochtones ou du nom de chaque nation.
Que sont les pensionnats autochtones ?
Des établissements scolaires où, de la fin du XIXe siècle à 1996, environ 150 000 enfants autochtones ont été placés de force pour être assimilés. La Commission de vérité et réconciliation y a vu un « génocide culturel ».