Arts · Mouvements artistiques
L’art grec antique
L’art grec antique se développe du IXe au Ier siècle av. J.-C. Il invente la représentation idéalisée du corps humain, le canon des proportions et la plupart des formes reprises par l’art occidental.
Mis à jour le 4 min de lecture
L’art grec antique couvre près de neuf siècles, de la renaissance du monde grec après les « siècles obscurs » (vers 900 av. J.-C.) jusqu’à la conquête romaine de l’Égypte en 31 av. J.-C. Sa grande conquête est le naturalisme idéalisé : un corps humain observé avec précision, mais corrigé selon des proportions jugées parfaites. Rome l’a copié, la Renaissance l’a redécouvert, le néoclassicisme en a fait un modèle absolu.
Les quatre grandes périodes
| Période | Dates (av. J.-C.) | Caractères principaux | Exemples |
|---|---|---|---|
| Géométrique | v. 900 – 700 | Décor de méandres, cercles, figures schématiques | Grands vases funéraires du Dipylon (Athènes) |
| Archaïque | v. 700 – 480 | Statues frontales et raides, « sourire archaïque » | Kouroï, korês, Moschophore |
| Classique | 480 – 323 | Équilibre, contrapposto, idéal de mesure | Parthénon, Doryphore, Aurige de Delphes |
| Hellénistique | 323 – 31 | Mouvement, émotion, réalisme, virtuosité | Victoire de Samothrace, Laocoon |
Les bornes correspondent à des événements politiques : la fin des guerres médiques (480) ouvre l’époque classique, la mort d’Alexandre le Grand (323) l’époque hellénistique.
La sculpture : la conquête du corps humain
L’époque archaïque : kouros et korè
Le kouros (jeune homme nu) et la korè (jeune fille vêtue) sont les deux types de statues de l’époque archaïque. Inspirés de l’Égypte, ils se tiennent debout, de face, une jambe légèrement avancée, les bras le long du corps. Le visage porte le sourire archaïque, une convention pour signifier la vie plutôt qu’une émotion.
L’époque classique : l’idéal de mesure
Au Ve siècle av. J.-C., les sculpteurs rompent avec la frontalité. Le contrapposto fait reposer le poids du corps sur une jambe, ce qui fait basculer hanches et épaules en sens contraire : la statue semble vivante et au repos à la fois.
- Myron fige le mouvement dans le Discobole (vers 450 av. J.-C.).
- Polyclète fixe dans un traité, le Canon, les proportions idéales du corps, qu’il illustre par le Doryphore (porteur de lance).
- Phidias dirige le décor sculpté du Parthénon (447-432 av. J.-C.), sur l’Acropole d’Athènes : frontons, métopes et la longue frise des Panathénées.
- Au IVe siècle, Praxitèle adoucit les formes et ose le premier grand nu féminin, l'Aphrodite de Cnide ; Lysippe allonge les proportions et devient le sculpteur d’Alexandre.
L’époque hellénistique : émotion et mouvement
Après Alexandre, le monde grec s’étend jusqu’à l’Égypte et l’Asie. Les ateliers de Pergame, Rhodes ou Alexandrie recherchent le drame, la torsion des corps, l’expression de la douleur ou de la vieillesse. La Victoire de Samothrace, le Laocoon et la Vénus de Milo en sont les exemples les plus célèbres.
La céramique peinte
La peinture murale grecque a presque entièrement disparu ; les vases peints sont la principale source pour connaître la peinture grecque.
| Technique | Apparition | Principe |
|---|---|---|
| Figures noires | VIIe siècle av. J.-C. (Corinthe, puis Athènes) | Silhouettes noires sur fond d’argile rouge, détails incisés |
| Figures rouges | vers 530 av. J.-C. (Athènes) | Fond peint en noir, figures laissées couleur argile, détails au pinceau |
| Fond blanc | Ve siècle av. J.-C. | Engobe blanc, dessin au trait, usage funéraire (lécythes) |
Le peintre athénien Exékias est le maître de la figure noire. La figure rouge, plus souple, permet de dessiner musculature, drapés et raccourcis.
Œuvres majeures à connaître
| Œuvre | Date | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| Aurige de Delphes (bronze) | v. 478-474 av. J.-C. | Musée archéologique de Delphes |
| Guerriers de Riace (bronzes) | Ve siècle av. J.-C. | Musée national de Reggio de Calabre |
| Frise et sculptures du Parthénon | 447-432 av. J.-C. | British Museum (Londres) et musée de l’Acropole (Athènes) |
| Victoire de Samothrace | v. 190 av. J.-C. | Musée du Louvre, Paris |
| Vénus de Milo | IIe siècle av. J.-C. | Musée du Louvre, Paris |
| Laocoon et ses fils | IIe-Ier siècle av. J.-C. (datation discutée) | Musées du Vatican |
Les sculptures du Parthénon conservées à Londres, rapportées par Lord Elgin au début du XIXe siècle, font l’objet d’une demande de restitution de la Grèce.
L’héritage de l’art grec
Rome importe et copie massivement l’art grec à partir du IIe siècle av. J.-C. (voir Empire romain). La découverte du Laocoon à Rome en 1506 bouleverse Michel-Ange. Au XVIIIe siècle, l’historien allemand Winckelmann fait de l’art grec le sommet de la beauté, inspirant le néoclassicisme. Les notions d’ordre, de proportion et de beauté idéale, discutées aussi par Platon et Aristote, structurent encore la façon dont l’Occident pense l’art. Pour situer cette période dans l’ensemble, voir la frise de l’histoire de l’art.
Questions fréquentes
Les statues grecques étaient-elles blanches ?
Non. Les analyses de pigments ont confirmé que sculptures et temples étaient peints (yeux, cheveux, vêtements, motifs). Les couleurs ont disparu avec le temps, et la Renaissance puis le néoclassicisme ont fait du marbre blanc un idéal.
Qu’est-ce que le contrapposto ?
Une pose où le corps repose sur une jambe tandis que l’autre est fléchie. Le bassin et les épaules s’inclinent en sens opposés, ce qui donne une impression de naturel et de vie. Elle apparaît au début du Ve siècle av. J.-C.
Pourquoi tant de statues grecques n’ont-elles pas de bras ?
Les parties qui dépassent du bloc (bras, nez, attributs) sont les plus fragiles et se sont brisées lors des chutes, des pillages ou de l’enfouissement. La Vénus de Milo a été découverte sans ses bras en 1820.
Quelle différence entre art grec et art romain ?
Rome reprend les formes grecques mais développe ses propres points forts : le portrait réaliste, le relief historique (colonne Trajane), la peinture murale (Pompéi) et une architecture d’ingénieurs (arc, voûte, béton).