Philosophie · Grands philosophes
Simone Weil
Simone Weil (1909-1943) est une philosophe française. Partie de l’engagement ouvrier, elle a pensé la condition des travailleurs, l’oppression, l’enracinement et une spiritualité fondée sur l’attention.
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Simone Weil est née à Paris en 1909, dans une famille juive agnostique, et morte à Ashford (Angleterre) en 1943, à 34 ans. Sœur cadette du mathématicien André Weil, élève d'Alain au lycée Henri-IV, elle entre à l’École normale supérieure en 1928 et est agrégée de philosophie en 1931. Professeure de lycée, elle milite dans le syndicalisme révolutionnaire. Elle ne doit pas être confondue avec Simone Veil (1927-2017), femme politique, ministre de la Santé et présidente du Parlement européen.
Repères biographiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1909 | Naissance à Paris |
| 1931 | Agrégation ; professeure au Puy-en-Velay, où elle soutient les chômeurs |
| 1934 | Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale |
| 1934-1935 | Ouvrière chez Alsthom, Carnaud, puis Renault |
| 1936 | S’engage dans la colonne anarchiste Durruti en Espagne ; blessée, elle rentre |
| 1938 | Expérience mystique à l’abbaye de Solesmes |
| 1940-1942 | À Marseille ; travaille comme ouvrière agricole en Ardèche |
| 1942 | Départ pour New York, puis Londres, où elle rejoint la France libre |
| 1943 | Rédige L’Enracinement ; meurt de tuberculose et d’épuisement au sanatorium d’Ashford |
Elle s’imposait de ne pas manger plus que les rations des Français sous l’Occupation, ce qui aggrava sa maladie. Presque toute son œuvre a été publiée après sa mort, notamment par Albert Camus chez Gallimard.
L’expérience de l’usine
Pour comprendre la condition ouvrière, Simone Weil prend un congé de l’enseignement et travaille près d’un an en usine (1934-1935). Son Journal d’usine et les textes réunis dans La Condition ouvrière (1951) décrivent ce qu’elle a découvert : non seulement la fatigue et la pauvreté, mais l'humiliation, la soumission au rythme de la machine et à la cadence, l’impossibilité de penser. Le malheur du travailleur est d’être réduit à l’état de chose. Elle en conclut que le travail doit être réorganisé pour que l’ouvrier comprenne ce qu’il fait et y mette sa pensée.
Oppression et liberté
Dans les Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale (1934), qu’elle considérait comme son « grand œuvre », elle critique le marxisme : l’oppression ne vient pas seulement de la propriété privée, mais de la course au pouvoir et de l’organisation même de la production moderne, qui sépare ceux qui commandent et ceux qui exécutent. La liberté véritable est le rapport entre la pensée et l’action : est libre celui qui agit selon ce qu’il a conçu.
L’attention
L’attention est la notion centrale de sa pensée. Elle ne consiste pas à contracter ses muscles ou à froncer les sourcils, mais à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide, pénétrable par l’objet. Dans la lettre « Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu », elle soutient que les exercices scolaires, même ratés, développent cette faculté, qui est aussi la substance de la prière. « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité » (lettre à Joë Bousquet, 1942) : être attentif au malheureux, c’est le reconnaître comme un être humain.
Le malheur et la grâce
Simone Weil distingue la souffrance du malheur, qui est à la fois douleur physique, détresse de l’âme et dégradation sociale : il marque l’âme « comme au fer rouge » et la rend anonyme. Recueillis dans La Pesanteur et la Grâce (1947), ses carnets opposent la pesanteur, loi naturelle qui fait descendre l’âme vers la force et l’égoïsme, à la grâce, qui seule élève. Elle développe une mystique de la décréation : renoncer à son moi pour laisser place à Dieu. Proche du christianisme, elle refuse pourtant le baptême, pour rester solidaire de ceux qui sont hors de l’Église.
L’Enracinement
Écrit à Londres en 1943 à la demande de la France libre, qui lui demandait des réflexions sur la reconstruction du pays, L’Enracinement (publié en 1949) part des besoins de l’âme : ordre, liberté, obéissance, responsabilité, égalité, honneur, sécurité, propriété, vérité... Le plus important est l'enracinement : la participation active à une collectivité qui conserve des trésors du passé. Le déracinement, produit par les conquêtes, l’argent et l’usine moderne, est la maladie la plus grave des sociétés. Le livre s’ouvre sur l’idée que la notion d'obligation prime sur celle de droit.
Œuvres principales
- La Pesanteur et la Grâce (1947)
- L’Enracinement (1949)
- Attente de Dieu (1950)
- La Condition ouvrière (1951)
- L’Iliade ou le poème de la force (écrit en 1939-1940)
- Note sur la suppression générale des partis politiques (1950)
Questions fréquentes
Quelle différence entre Simone Weil et Simone Veil ?
Simone Weil (1909-1943) est une philosophe. Simone Veil (1927-2017), rescapée d’Auschwitz, est une femme politique, connue pour la loi de 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse. Les deux noms se prononcent de la même manière.
Pourquoi Simone Weil a-t-elle travaillé en usine ?
Pour connaître de l’intérieur la condition ouvrière, au lieu d’en parler de l’extérieur comme une intellectuelle. Cette expérience a profondément transformé sa pensée.
Que dit Simone Weil sur les partis politiques ?
Dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques, elle soutient que les partis sont des machines à fabriquer de la passion collective et à soumettre la pensée de leurs membres, et qu’ils devraient être supprimés.