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Philosophie · Grands philosophes

Érasme

Érasme de Rotterdam (vers 1466-1536) est le plus célèbre des humanistes de la Renaissance. Auteur de l’Éloge de la Folie, il défend une foi intérieure, la paix et le libre arbitre contre Luther.

Mis à jour le 3 min de lecture

Didier Érasme (Desiderius Erasmus Roterodamus) est né à Rotterdam, sans doute en 1466 ou 1469, fils illégitime d’un prêtre. Orphelin jeune, il entre au monastère augustinien de Steyn et est ordonné prêtre en 1492, mais obtient de vivre hors du cloître. Il passe sa vie à voyager (Paris, Angleterre, Italie, Louvain, Bâle, Fribourg) et meurt à Bâle en 1536. Surnommé le « prince des humanistes », il correspond avec toute l’Europe savante et incarne l’idéal de l'humanisme : retour aux textes anciens, culture des lettres, réforme morale.

Repères

DateŒuvre ou événement
1500Adages, recueil commenté de proverbes antiques (enrichi jusqu’à plus de 4 000)
1503Manuel du soldat chrétien (Enchiridion militis christiani)
1509-1511Éloge de la Folie, écrit chez Thomas More
1516Édition du Nouveau Testament en grec, avec traduction latine
1516Institution du prince chrétien
1517Complainte de la paix
1518-1533Colloques, dialogues satiriques et pédagogiques
1524Du libre arbitre, contre Luther
1536Mort à Bâle

L’Éloge de la Folie

Écrit en 1509 au retour d’Italie, chez son ami Thomas More (le titre latin Moriae Encomium joue sur le nom de More), publié en 1511, ce petit livre est l’un des grands succès de la Renaissance. C’est la Folie elle-même qui prend la parole et fait son propre éloge, à la manière des déclamations antiques.

Le texte avance en deux temps :

  1. La Folie montre d’abord qu’elle est indispensable : sans illusions, amour-propre, oubli, personne ne se marierait, n’aurait d’enfant ni ne supporterait la vie.
  2. Elle passe ensuite à la satire : théologiens qui disputent de questions absurdes, moines ignorants, princes et papes guerriers, marchands de reliques et d’indulgences.

Le livre s’achève sur une « folie » d’un autre ordre : celle de la Croix, la folie chrétienne qui renonce aux biens du monde, éloge sincère qui retourne l’ironie.

La philosophie du Christ

Érasme oppose à la théologie scolastique une philosophie du Christ (philosophia Christi) : un christianisme simple, intérieur, fondé sur l’Évangile et la charité plutôt que sur les rites, les pèlerinages et les disputes. Pour revenir à la source, il établit une édition critique du Nouveau Testament grec (1516), qui servira notamment à Luther pour sa traduction allemande.

La querelle du libre arbitre

Érasme critique les abus de l’Église et beaucoup voient d’abord en lui un allié de Luther ; on disait qu'« Érasme a pondu l’œuf que Luther a couvé ». Mais il refuse la rupture. En 1524, il publie Du libre arbitre (De libero arbitrio), où il soutient que l’homme, aidé par la grâce, garde une capacité de choisir le bien ou le mal : sans elle, exhortations et commandements de l’Écriture n’auraient pas de sens. Luther répond violemment en 1525 par Du serf arbitre (De servo arbitrio) : la volonté humaine, corrompue par le péché, est esclave, et seule la grâce sauve. La rupture est consommée (voir libre arbitre et Réforme protestante).

Pacifisme et éducation

Érasme est l’un des premiers grands penseurs de la paix. Dans l’adage Dulce bellum inexpertis (« la guerre est douce à ceux qui ne l’ont pas faite ») et dans la Complainte de la paix, il dénonce la guerre entre chrétiens comme contraire à l’Évangile et à la raison. Dans L’Institution du prince chrétien, il veut un prince éduqué, au service du bien commun, à l’opposé du Prince de Machiavel écrit à la même époque. Ses traités pédagogiques (De pueris, 1529) défendent une éducation précoce, douce, sans châtiments brutaux : « on ne naît pas homme, on le devient » (homines non nascuntur, sed finguntur).

Postérité

Mis à l’Index au XVIe siècle par l’Église catholique, critiqué par les luthériens, Érasme est resté le symbole d’un esprit tolérant, critique et européen. Le programme d’échanges universitaires européen Erasmus, créé en 1987, porte son nom. Sa manière d’unir culture antique et sagesse chrétienne annonce Montaigne.

Questions fréquentes

Pourquoi l’Éloge de la Folie est-il célèbre ?

Parce qu’il mêle ironie et sagesse : la Folie y critique avec humour les travers de toute la société, et surtout ceux du clergé et des théologiens, tout en révélant que la vraie sagesse chrétienne paraît folie aux yeux du monde.

Érasme était-il protestant ?

Non. Il a critiqué les abus de l’Église catholique mais est resté catholique, refusant le schisme et s’opposant à Luther sur le libre arbitre.

Pourquoi le programme Erasmus porte-t-il son nom ?

Parce qu’Érasme a étudié et enseigné dans plusieurs pays d’Europe et incarne un idéal de culture européenne commune. Le nom est aussi l’acronyme d'EuRopean community Action Scheme for the Mobility of University Students.

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