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Philosophie · Grands philosophes

Jacques Derrida

Jacques Derrida (1930-2004) est le philosophe français de la déconstruction. Il montre que les grandes oppositions de la pensée occidentale reposent sur des hiérarchies qu’il faut défaire.

Mis à jour le 3 min de lecture

Jacques Derrida est né en 1930 à El Biar, près d’Alger, dans une famille juive, et mort à Paris en 2004. En 1942, il est exclu de son lycée par les lois antisémites du régime de Vichy, qui abrogent le décret Crémieux. Il entre à l’École normale supérieure en 1952, y enseigne de 1964 à 1984, puis à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il est l’un des fondateurs du Collège international de philosophie (1983). Très lu aux États-Unis, il est une figure majeure de la French Theory.

Œuvres principales

DateTitre
1962Introduction à L’Origine de la géométrie de Husserl
1967La Voix et le phénomène ; L’Écriture et la différence ; De la grammatologie
1972Marges de la philosophie ; La Dissémination ; Positions
1974Glas
1993Spectres de Marx
1997De l’hospitalité (avec Anne Dufourmantelle)
2001Foi et savoir

La déconstruction

La déconstruction n’est ni une méthode, ni une destruction. Le mot reprend la Destruktion de Heidegger, qu’il veut traduire de manière moins négative. Il s’agit de lire de près les textes de la tradition pour montrer comment ils reposent sur des oppositions binaires hiérarchisées :

Terme privilégiéTerme dévalorisé
ParoleÉcriture
PrésenceAbsence
EspritCorps
IntelligibleSensible
NatureCulture
MasculinFéminin
SérieuxJeu

Déconstruire, c’est d’abord renverser la hiérarchie, puis déplacer l’opposition elle-même, en montrant que le terme dominant dépend du terme qu’il exclut. La déconstruction se fait de l’intérieur des textes, en repérant leurs tensions, leurs marges, leurs notes de bas de page.

Le logocentrisme

Derrida appelle logocentrisme (ou métaphysique de la présence) la tendance de la philosophie occidentale, depuis Platon, à privilégier la parole vive, censée exprimer directement la pensée présente à elle-même, sur l'écriture, jugée secondaire, dérivée, dangereuse. Dans le Phèdre, Platon présente l’écriture comme un pharmakon, à la fois remède et poison pour la mémoire. Rousseau, Saussure ou Husserl reconduisent ce préjugé.

Dans De la grammatologie, Derrida soutient que toute langue, même parlée, fonctionne déjà comme une « archi-écriture » : un système de traces et de différences, où aucun signe n’a de sens par lui-même, mais seulement par renvoi à d’autres signes. Voir le langage.

La différance

Derrida forge le néologisme différance, avec un a. Il ne s’entend pas à l’oral (on prononce comme « différence ») : seule l’écriture le distingue, ce qui illustre déjà la thèse. Le mot joue sur les deux sens du verbe différer :

  • différer au sens d’être différent : un signe n’a de sens que par sa différence avec les autres ;
  • différer au sens de remettre à plus tard : le sens n’est jamais pleinement présent, il est toujours renvoyé, ajourné.

« Il n’y a pas de hors-texte »

Cette formule de De la grammatologie est souvent mal comprise. Elle ne signifie pas que rien n’existe en dehors des livres, mais que nous n’avons jamais accès à un sens ou à une réalité purs, hors de tout contexte, de toute interprétation, de tout système de signes.

L’éthique et la politique

À partir des années 1990, Derrida aborde des questions éthiques et politiques :

  • Spectres de Marx (1993) : après la chute du communisme, il refuse la thèse de la « fin de l’histoire » et affirme qu’il faut hériter de l’esprit critique de Marx ;
  • L’hospitalité : il distingue l’hospitalité inconditionnelle, accueil absolu de l’étranger sans question, et les lois de l’hospitalité, toujours limitées ; l’une ne va pas sans l’autre ;
  • Le pardon : le pardon véritable pardonne l’impardonnable ; sinon, il n’est qu’un échange ;
  • La justice : dans Force de loi (1994), il oppose le droit, qui est déconstructible, à la justice, qui ne l’est pas et reste toujours « à venir ».

Il s’inspire sur ces points de Levinas, auquel il consacre Adieu à Emmanuel Lévinas (1997).

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la déconstruction en termes simples ?

C’est une manière de lire les textes qui fait apparaître les oppositions sur lesquelles ils reposent (parole/écriture, nature/culture) et montre que ces hiérarchies ne tiennent pas, parce que chaque terme dépend de celui qu’il exclut.

Pourquoi « différance » avec un a ?

Pour désigner à la fois le fait de différer (être différent) et de différer (ajourner), et pour montrer qu’une différence peut exister dans l’écriture sans s’entendre dans la parole.

Derrida est-il relativiste ?

Il s’en défendait. La déconstruction ne dit pas que tout se vaut, mais que le sens n’est jamais fixé une fois pour toutes. Elle est animée par une exigence de justice qui, selon lui, n’est pas déconstructible.

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