Philosophie · Grands philosophes
Thomas Hobbes
Thomas Hobbes (1588-1679) est un philosophe anglais. Dans le Léviathan, il soutient que les hommes, pour sortir de la guerre de tous contre tous, doivent confier tout le pouvoir à un souverain.
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Thomas Hobbes est né en 1588 à Westport (Malmesbury), dans le Wiltshire, l’année de l’Invincible Armada : sa mère, effrayée par l’annonce de l’invasion espagnole, aurait accouché prématurément, d’où sa formule : « la peur et moi sommes nés jumeaux ». Il meurt en 1679 à Hardwick Hall, à 91 ans. Témoin des guerres civiles anglaises, il fait de la peur et de la sécurité les clés de la politique. Il est le fondateur de la philosophie politique moderne du contrat social.
Repères biographiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1588 | Naissance à Westport, près de Malmesbury |
| 1603-1608 | Études à Oxford |
| 1608 | Précepteur dans la famille Cavendish, à laquelle il restera lié |
| 1629 | Traduction de Thucydide |
| années 1630 | Voyages en Europe ; rencontre Galilée (1636), fréquente le cercle de Mersenne |
| 1640-1651 | Exil en France pendant la guerre civile |
| 1642 | De cive (Du citoyen) |
| 1651 | Léviathan, publié à Londres ; retour en Angleterre |
| 1655, 1658 | De corpore, De homine |
| 1679 | Mort à Hardwick Hall |
Il participe aussi aux Objections aux Méditations métaphysiques de Descartes (troisièmes objections, 1641).
Un matérialisme mécaniste
Inspiré par la géométrie d’Euclide et la physique de Galilée, Hobbes veut construire une science de l’homme et de la société more geometrico. Pour lui, tout ce qui existe est corps en mouvement. Les sensations sont des mouvements produits dans nos organes par les objets ; la pensée est un calcul (« raisonner, c’est calculer ») ; les passions sont des mouvements d’attraction (désir) ou de répulsion (aversion). Ce matérialisme s’applique à l’âme elle-même.
L’état de nature : la guerre de tous contre tous
Hobbes imagine ce que serait la condition humaine sans pouvoir commun : l'état de nature. Les hommes y sont à peu près égaux : le plus faible peut tuer le plus fort, par ruse ou en s’alliant. Chacun a un droit naturel sur toutes choses, c’est-à-dire la liberté d’user de tout moyen pour se conserver. De là naissent trois causes de conflit :
- la compétition, pour le profit ;
- la défiance, pour la sécurité (attaquer avant d’être attaqué) ;
- la gloire, pour la réputation.
Il en résulte une « guerre de chacun contre chacun » (bellum omnium contra omnes), où la vie humaine est « solitaire, besogneuse, pénible, quasi animale et brève » (traduction Tricaud) (Léviathan, chap. XIII). La formule « l’homme est un loup pour l’homme » (homo homini lupus) vient de Plaute ; Hobbes la cite dans l’épître dédicatoire du De cive, en l’opposant à « l’homme est un dieu pour l’homme ».
Les lois de nature et le contrat
La raison découvre des lois de nature, préceptes qui interdisent de faire ce qui détruit sa propre vie. La première : rechercher la paix tant qu’on peut l’obtenir. La deuxième : consentir, si les autres y consentent aussi, à se dessaisir de son droit sur toutes choses. Mais ces lois sont sans effet sans un pouvoir qui les fasse respecter : « les conventions sans le glaive ne sont que des mots ».
Les hommes passent donc un pacte : chacun renonce à son droit de se gouverner lui-même au profit d’un tiers, homme ou assemblée, qui n’est pas partie au contrat. Ce tiers devient le souverain, et la multitude unie en une personne s’appelle État ou Civitas : c’est le Léviathan, « dieu mortel ».
Un souverain absolu
Le pouvoir du souverain est absolu et indivisible : il fait les lois, juge, décide de la guerre et de la paix, contrôle les doctrines enseignées et la religion publique. Les sujets ne peuvent ni le déposer ni lui désobéir au nom de leur conscience. Une seule limite : le droit de se défendre si le souverain menace directement leur vie, car c’est pour la conserver qu’ils ont contracté. L’obligation d’obéir cesse quand le souverain n’est plus capable de protéger.
Hobbes, Locke et Rousseau
| Hobbes | Locke | Rousseau | |
|---|---|---|---|
| État de nature | Guerre de tous contre tous | Paix relative, droits naturels déjà présents | Homme isolé, bon, sans morale |
| But du contrat | La sécurité | Protéger la vie, la liberté, la propriété | Préserver la liberté |
| Souverain | Absolu, homme ou assemblée | Limité, révocable | Le peuple (volonté générale) |
| Droit de résistance | Presque nul | Oui, contre le tyran | Le peuple est souverain |
Questions fréquentes
Hobbes était-il favorable à la monarchie absolue ?
Il préfère la monarchie, qu’il juge plus stable, mais sa théorie vaut aussi pour une assemblée. L’essentiel est que la souveraineté soit absolue et non partagée. Sa justification est rationnelle (le contrat), non le droit divin.
Hobbes a-t-il inventé « l’homme est un loup pour l’homme » ?
Non. La formule vient du dramaturge latin Plaute (La Comédie des ânes). Hobbes la reprend dans la dédicace du De cive pour décrire les relations entre États.
Pourquoi Hobbes est-il considéré comme moderne ?
Parce qu’il fonde l’autorité politique non sur Dieu ou la nature, mais sur le consentement d’individus égaux cherchant leur conservation. Cette idée de contrat est au point de départ de toute la philosophie politique moderne.